28 octobre 2007
Enlèvement d’enfants au Tchad : des Belges liés à l’affaire
Cinq Belges membres d'une asbl qui travaille avec
l'association française "L'Arche de Zoé" accusée par les autorités
tchadiennes de tentative d'enlèvement de 103 enfants au Tchad, se trouvent
actuellement au Tchad mais n'ont pas été arrêtés, a indiqué vendredi la chaine
de télévision publique belge francophone.
Par ailleurs, le quotidien français Le Figaro annonce dans
sa version en ligne que deux pilotes belges avaient été recrutés par
l'association de "Children Rescue", créée par "L'Arche de
Noé", pour effectuer le vol entre Abéché (Tchad) et Reims-Vatry en France.
L'un d'eux confie même au journal que l'opération avait été organisée "en
étroite coopération avec un collectif de Français qui désirait adopter des
enfants du Darfour".
"L'autre but (de l'opération) était de faire un coup
médiatique pour attirer l'attention de l'opinion publique sur la situation au
Darfour. Les responsables de 'Children Rescue' m'ont dit qu'ils avaient le
soutien de l'Elysée", a ajouté le Belge.
L'Elysée, de son côté, a cependant catégoriquement démenti
vendredi avoir elle-même ou par l'intermédiaire de Cécilia Sarkozy apporté un
quelconque soutien à l'association.
Les deux pilotes belges savaient que la mission était
secrète et qu'elle se préparait à l'insu des autorités tchadiennes, indique
encore Le Figaro.
Interrogée par l'Agence Belga, le parquet fédéral belge a
indiqué qu'il n'était pas concerné par le dossier français.
De plus, la branche
belge de ‘L’Arche de Zoé’ n’est pas agréée comme organisation d’adoption
La branche en Belgique de l'association "L'Arche de Zoé", dont des
membres français ont été arrêtés, n'est pas agréée comme organisme d'adoption,
a indiqué vendredi la ministre Catherine Fonck.
Le nom de la branche
belge de cette association est "Kiro et Louna - Collectif de soutien aux
familles d'accueil des orphelins du Darfour", précise Mme Fonck, ministre
de l'Enfance de la Communauté française.
"Kiro et Louna" n'est pas agréée par la Communauté
française comme organisme d'adoption, prévient-elle. La ministre cdH, qui dit
comprendre la détresse des familles en attente d'un enfant à adopter, n'en
appelle pas moins à la plus grande vigilance: "rien ne prouve que les
enfants du Darfour soient sans famille", souligne-t-elle.
Et Mme Fonck de rappeler qu'en pleine guerre civile, les
familles du Darfour sont souvent déchirées et séparées, ce qui allonge la durée
de recherche des parents de ces enfants. En outre, Catherine Fonck rappelle que
si des enfants devaient arriver en Belgique dans les conditions prévues par
l'association "L'Arche de Zoé", leur situation juridique ne pourrait
déboucher sur une adoption.
La loi fédérale s'oppose en effet à toute adoption d'enfants
dont on ne dispose pas de toutes les "garanties d'adoptabilité" en
provenance du pays d'origine. Les autorités compétentes en Belgique risquent
donc de s'opposer à l'adoption de ces enfants et leurs parents d'origine
pourraient demander leur restitution.
Enfin, la ministre rappelle que les organisations
humanitaires internationales s'opposent à l'adoption d'enfants en provenance
d'une zone de conflit, comme le confirme l’Unicef ce vendredi.
Dénonciations
multiples
La démarche ‘viole’ toutes les règles internationales
(Unicef)
La tentative "d'enlèvement" d'une centaine
d'enfants originaires du Soudan et du Tchad est à la fois illégal et
irresponsable, en violation de toutes les règles internationales, a déclaré
vendredi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).
"Ce qui s'est passé au Tchad et la manière dont ça
s'est passé est à la fois illégal et irresponsable. Ca s'est passé en violation
de toutes les règles internationales", a souligné la porte-parole de
l'Unicef, Véronique Taveau, devant la presse à Genève. Selon la Convention de
La Haye sur l'adoption internationale de 1993, "dans le cas où des enfants
seraient séparés de leurs parents à cause d'une guerre ou d'une catastrophe
naturelle, on ne peut tenir pour acquis qu'ils n'ont plus aucun proche ni
parents vivants", a rappelé la représentante de l'Unicef. "Ils ne
peuvent donc pas être pris en compte pour l'adoption internationale et la
priorité devrait être donnée à la recherche de leurs familles", a-t-elle
souligné.
L'Unicef, qui a eu accès au centre social où se trouvent
actuellement les enfants, essentiellement des garçons âgés d'un à huit ans
selon l'organisation, a noté qu'ils portaient tous un bracelet avec un numéro
d'identification. "Nous ne savons pas à quoi cela correspond", a
relevé la porte-parole, qui a indiqué que des recherches étaient en cours,
conjointement avec le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés
(HCR), la Croix-Rouge internationale et des organisations non gouvernementales
sur place, pour retrouver leurs familles.
"Même si leur père ou leur mère sont décédés, il se
peut qu'ils soient en mesure de trouver des proches encore en vie ainsi qu'une
communauté et un foyer où ils pourront retourner à la fin du conflit", a
souligné la représentante de l'Unicef.
La ‘plupart’ des
enfants sont Tchadiens
La "plupart" des 103 enfants concernés par une opération avortée
visant à les emmener en France sont "originaires du Tchad", et non du
Darfour, au Soudan, comme l'affirme l'ONG à l'origine de ce projet, a déclaré
ce vendredi une responsable de l'Unicef.
"Il semble que la plupart de ces enfants soient
originaires du Tchad. Certains viennent du Darfour, mais la grande majorité
sont originaires du Tchad", a affirmé la représentante de l'Unicef dans ce
pays Mariam Ndiaye. "Rien ne nous permet de dire qu'ils sont
orphelins", a-t-elle ajouté, jointe au téléphone à N'Djamena depuis
Libreville. Elle a précisé que les "enquêtes" pour leur
"identification" se poursuivaient vendredi.
Les enfants, accueillis depuis jeudi dans un centre social
de cette ville, sont "en excellente santé" et sont actuellement
"en train de jouer", a poursuivi Mariam Ndiaye. "Les bandages
qu'ils portaient (lorsque la police les a récupérés alors qu'ils allaient
embarquer à bord d'un avion pour être transportés en France) ne recouvraient
aucune blessure", a-t-elle expliqué.
Le groupe de 103 enfants, âgés de un à huit ans, est composé
de 81 garçons et 22 petites filles, selon l'Unicef, qui a envoyé une équipe au
centre social en partenariat avec le Haut Commissariat des Nations unies pour
les réfugiés (HCR), la Croix-Rouge et le gouvernement tchadien. "Leurs
besoins en nourriture sont couverts, et on leur a donné des matelas et des
jouets", a ajouté la représentante de l'agence de l'ONU.
L’affaire va également
à l’encontre des convictions musulmanes
L'affaire des enfants du Tchad, qu'une ONG voulait convoyer
illégalement vers la France, renvoie à la fois à la difficulté d'adopter des
enfants en pays musulman, aux règles du droit international en matière
d'assistance humanitaire et à celles contre les "déplacements
illicites" de mineurs.
Le Soudan et le Tchad sont des pays musulmans, et le Coran
rejette l'adoption plénière (totale). Dans ces pays, les règles d'autorité sur
les enfants qui ont perdu leurs parents naturels sont régies par la
"kafala", un système comparable à la tutelle ou à la délégation
d'autorité parentale. Ce système n'est pas comparable au système de l'adoption,
qui crée un vrai lien de filiation entre l'enfant et l'adoptant, ce qui est
proscrit par la charia.
Une adoption d'enfants de ce pays est donc impossible.
L’Arche de Zoé
s’appuie sur les droits de l’enfant …
Mais l'ONG l'Arche de Zoé, mise en cause par les autorités
tchadiennes, a expliqué cette opération d'"évacuation sanitaire" des
enfants par la nécessité de "les sauver d'une mort certaine" dans une
région soudanaise du Darfour ravagé par la guerre. Sur ce point,
l'Arche de Zoé peut s'appuyer sur la Convention internationale des droits de
l'enfant, signée sous l'égide des Nations Unies en 1989, et ratifiée un an plus
tard par le Tchad, le Soudan et la France, les trois pays concernés dans cette
affaire. L'article 38 de ce texte précise que "les Etats parties
s'engagent à respecter et à faire respecter les règles du droit humanitaire
international qui leur sont applicables en cas de conflit armé et dont la
protection s'étend aux enfants". Il ajoute que "les Etats parties
prennent toutes les mesures possibles dans la pratique pour que les enfants qui
sont touchés par un conflit armé bénéficient d'une protection et de
soins". L'article 22 ajoute qu'un enfant "considéré comme réfugié
(...) bénéficie de la protection et de l'assistance humanitaire voulues pour
lui permettre de jouir des droits" reconnues par la convention.
… sans tenir compte de tous ses articles
Pour les autorités tchadiennes toutefois, le déplacement des
103 enfants du Tchad opéré par cette ONG est un "enlèvement". Et
l'article 11 de la même convention précise que les Etats signataires doivent
prendre "des mesures pour lutter contre les déplacements et les
non-retours illicites d'enfants à
l'étranger". Les juridictions qui se
verront confier l'affaire devront donc décider si ce déplacement des enfants
était "illicite" ou justifié à des fins de protection des mineurs.
Pour rappel, le Tchad a annoncé vendredi qu'il
sanctionnerait "sévèrement" les responsables.
Neuf Français au total, des membres de l'ONG Arche de Zoé à
l'origine de cette opération et trois journalistes, interpellés jeudi à Abéché,
principale ville de l'est tchadien, étaient toujours en garde à vue vendredi
matin.
"L'enquête se poursuit", a affirmé un responsable
local. Les autorités de N'Djamena accusent les Français de "trafic
d'enfants".
Un responsable local de l'ONU a indiqué vendredi que
l'association n'a jamais été enregistrée au Soudan, relevant que de nombreuses
mises en garde avaient été émises.
"Cette association n'a jamais été enregistrée
ici", a affirmé à l'AFP Antoine Gérard, chef du Bureau de Coordination des
Affaires humanitaires (BCHA-OCHA) de l'ONU au Soudan.
Ce responsable, qui avait été alerté "il y a quelques
mois" par l'ambassade de France du risque d'un tel projet, a estimé plus
probable qu'il ait été monté à partir du territoire tchadien.
Le président tchadien Idriss Deby Itno a qualifié vendredi
cette opération d'"inhumaine", "impensable" et
"inadmissible". "Les auteurs seront sévèrement
sanctionnés", a-t-il ajouté. Il venait de rendre visite dans la matinée à
Abéché aux 103 enfants âgés d'un à huit ans "récupérés" la veille par
la police tchadienne alors qu'ils allaient être embarqués par l'association
dans un avion à destination de la France.
La guerre au Darfour a fait environ 200.000 morts et 2,1 millions de déplacés depuis février 2003, selon l'ONU, des chiffres que Khartoum conteste.
NDLR : Sous des prétextes humanitaires, plusieurs organisations organisent le trafic d'enfants africains tandis que plusieurs enfants "sans-papiers" sont injustement incarcérés dans des centres fermés ! C'est un véritable commerce inacceptable ! Voir le site de la branche belge de cette ONG : http://www.cofod.be/ -
Parlementaires congolais, africains et d'autres pays en voie de développement, refusez de livrer nos enfants aux réseaux de la prostitution, refusez cet odieux commerce, protégez nos enfants.
Dunia SENDWE
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