09 décembre 2007
L'image ternie des Casques bleus
Visionnez
un extrait du documentaire
Les Casques bleus
Longtemps leur nom a été synonyme de paix.
C'est
ce que dévoile un documentaire intitulé Le Déshonneur des Casques bleus.
La face cachée des missions de paix
Le
film destiné à la télévision se penche sur le côté sombre de la présence des
soldats de l'ONU dans les missions de paix. La réalisatrice Raymonde
Provencher s'est rendue en République démocratique du Congo
(RDC) pour recueillir des témoignages.
Ces
soldats étaient, pour la plupart, sud-africains, marocains et indiens. Quelques
Occidentaux, cependant, ont aussi été reconnus coupables.
D'un documentaire à un autre
La
réalisatrice raconte en entrevue que lors du tournage du documentaire War
Babies, en 2003, les femmes bosniaques ont attiré son attention sur le
comportement des Casques bleus.
Après
avoir fait sa recherche, elle a découvert qu'il y avait eu un crescendo. Au
départ, des cas plus ou moins isolés, que les Nations unies, dit-elle, ont mis
sous le tapis. Les agressions ont continué.
Raymonde
Provencher n'hésite pas à parler de « dérapages énormes » qui ont
atteint un sommet en RDC.
Le
docteur Arnold Kambale parle de plus de 5000 viols de fillettes. « Moi, en
tant que médecin et parent, ça me ronge le coeur. J'en ai marre », dit le
médecin congolais.
Des victimes et encore des victimes
Mme
Provencher ne cache pas qu'elle s'est posé la question de la crédibilité des
témoins. « J'ai été assez fortunée pour travailler avec quelqu'un qui
avait des [relations] dans une église pentecôtiste, là-bas. » Elle a donc
pu rencontrer des victimes.
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Ce n'est pas une, deux ou trois. Il y a en a beaucoup. — Raymonde Provencher, réalisatrice |
Elle
a même dû faire un choix parmi toutes les victimes qu'elle a rencontrées. La
quantité de témoignages des victimes était importante pour la réalisatrice.
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Une, ça peut être un mensonge; deux, on peut encore
douter. Mais cinq, puis dix, tu commences à dire: « Il y a quelque chose
qui ne tourne pas rond ». J'avoue que j'ai été très choquée. — Raymonde Provencher, réalisatrice |
Selon
le Dr Kambale, les Congolais pensaient que les Casques bleus apportaient du
secours. Mais il affirme que, après avoir constaté leur comportement, ils
remettent en cause les idées qu'ils se font des Nations unies.
Raymonde
Provencher ne craint pas qu'on l'accuse de racisme parce qu'elle affirme dans
son film que des contingents de Casques bleus, qu'elle refuse d'identifier
pendant l'entrevue, se sont livrés à des crimes inadmissibles. Selon elle, ces
contingents proviennent de pays:
- qui ont de la difficulté avec
la démocratie;
- qui ont de la difficulté avec
les droits de la personne;
- qui n'ont pas eu la possibilité
de bien former les soldats.
Du
même souffle, elle ajoute que, pendant tout le tournage, elle n'a jamais perdu
de vue le comportement des militaires canadiens en Somalie.
Deux policières de Lévis en RDC
Une
surprise attendait la réalisatrice en RDC. Elle a rencontré deux policières
originaires de Lévis, au Québec, spécialistes des crimes à caractère sexuel.
Les sergents-détectives Julie Filteau et Julie Plante faisaient partie de la
première équipe d'enquêteurs envoyés en RDC par l'ONU. Elles n'ont pas eu la
tâche facile, disent-elles.
Raymonde
Provencher surenchérit en soulignant la complexité de la chose. « On
arrive là-bas avec nos normes à nous. Sauf que, dans des pays où les gens
savent à peine lire et écrire, ne connaissent pas très bien leur date de
naissance, sont déplacés, sont très souvent des enfants, c'est extrêmement
difficile. »
Tolérance zéro, héritage de Kofi Annan
Avec
la tolérance zéro, mise en place par Kofi Annan avant son départ, Raymonde
Provencher pense qu'il y a une possibilité de réaction assez rapide.
Elle
rappelle que quelque 110 soldats sri-lankais viennent d'être rapatriés de Haïti
pour agressions sexuelles.
« Je
pense qu'on réagit, mais on n'agit pas ». Selon elle, il faut agir. Elle
suggère que l'assemblée générale de l'ONU prenne des mesures disciplinaires
sérieuses non seulement contre les soldats qui abusent de leur pouvoir, mais
aussi contre leurs supérieurs.
|
Si le soldat dérape, le commandant doit être tenu
responsable et sévèrement puni. — Raymonde
Provencher, réalisatrice |
Elle conclut en citant le cas de la prison d'Abou Ghraib, en Irak. Les soldats, dit-elle, ont été punis, mais les commandants sont à peine blâmés.
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