Magazine - critique
G.P.
Mis en ligne le 27/02/2008
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Plongée en RDC, un an après la mise en place du nouveau gouvernement. Dénuement à Kindu, essor économique à Lubumbashi et une même attente de plus d'Etat et de démocratie. Questions à la Une ê ê, La une, 20h20.

 

Le magazine hebdomadaire d'information de la RTBF "Questions à la Une" s'arrête ce mercredi en République démocratique du Congo. Au menu, deux reportages. "Les Congolais meurent-ils pour nos téléphones portables ?" est une production extérieure due à Patrick Forestier qui a remonté la filière de l'extraction du coltan depuis l'est de la RDC jusqu'aux grandes sociétés de téléphonie mobile qui utilisent ce matériau pour fabriquer les GSM. L'autre est une production-maison réalisée par les journalistes Bernard Lepla et Myriam Lanotte avec pour titre "Le Congo est-il devenu une démocratie ?".

 

Question ô combien pertinente un an après l'installation du nouveau gouvernement d'Antoine Gizenga auquel le Président Joseph Kabila avait donné cinq priorités : les infrastructures, l'emploi, l'éducation, la santé, l'eau et l'électricité. Aujourd'hui, quel bilan peut-on d'ores et déjà tirer ?

Intelligence de la démarche, Bernard Lepla et Myriam Lanotte emmènent le téléspectateur d'abord hors de Kinshasa, ensuite dans deux lieux aux destinées fatalement différentes : Kindu, la capitale de la province enclavée du Maniema (300 000 habitants), au centre-est du Congo, et Lubumbashi, la métropole du Katanga, riche province minière du sud, frontalière de la Zambie. Le contraste est donc énorme entre le dénuement, l'isolement, le fatalisme des habitants de Kindu et le développement, l'attractivité, le dynamisme de la ville méridionale... Mais, pour autant, les constats que les réalisateurs tirent de l'exercice de la démocratie dans les deux conjonctures ne sont pas forcément très divergents.

A Kindu, l'approvisionnement erratique en électricité et l'impraticabilité des axes routiers découragent toute initiative industrielle ou commerciale sérieuse. Population et dirigeants sont donc en immense attente d'une intervention de l'Etat et d'une restauration des services publics. Mais les espoirs suscités par le nouveau pouvoir sont jusqu'à présent déçus. L'illustrent, de façon saisissante, l'indigence des infrastructures de l'université et l'arrêt des travaux de construction de nouveaux bâtiments pourtant promis par Kinshasa.

A Lubumbashi, la prospérité renaissante semble principalement le fait du gouverneur, Moïse Katumbi, qui gère la province comme l'homme d'affaires qu'il est, et d'investisseurs, notamment chinois, attirés par les minerais que recèle le sol de la région. La population, même exploitée, semble se réjouir de cet essor. Mais certains responsables n'en sont pas moins inquiets que celui-ci dépende tant d'un homme et de capitalistes chinois que la caméra révèle peu soucieux du respect des lois. Dès lors, là aussi, une demande de plus d'Etat est exprimée car " le système démocratique reste à inventer ".