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Blog du CDF/FCD - Afrique

Actualité de la Section Africaine du CDF/FCD (Chrétiens Démocrates Fédéraux / Federale Christen Democraten) de Belgique. Infos : http://cdfliege.lalibreblogs.be/

30 novembre 2008

Au sujet du Congo (RD), de quoi la Belgique politique a-t-elle peur ? (suite et fin)

Kabila__mercenaireNous terminions la première partie de cet article en affirmant que la signification du symbole que représente Joseph Kabila est pauvre et appauvrissante. Le dernier rapport de Human Rigth Watch publié le 25/11/20008 est venu enfoncer le clou en indiquant que Joseph Kabila représente les forces de la mort: il est à la tête d'un réseau des escadrons de la mort décidé à exterminer tous ceux dont les avis contrarient ceux du « jeune tyran ». Est-ce ce symbole que la Belgique politique a peur de perdre ?

I. La Belgique plurielle

Quand nous parlons de la Belgique politique, nous avons tendance à simplifier une réalité complexe: il n'y a pas une seule Belgique politique; celle-ci est plurielle. La Belgique politique de Karel de Gucht n'est pas celle de Charles et Louis Michel. Ni même pas celle de certains membres du Parti Socialiste francophone. Cette Belgique plurielle est palpable du doigt quand, au lieu de se contenter de ce que les médias dominants racontent sur les fissures de la classe politique Belgique, on va à la rencontre des hommes et femmes politiques Belges.

Les mamans Congolaises de Belgique en savent quelque chose. Certaines d'entre elles sont allées rencontrer, il y a quelque temps, les (dames) parlementaires Belges ayant séjourné à l'est de notre pays pour en avoir le coeur net sur la suite réservé à leur voyage au Congo. Nos soeurs et mères voulaient savoir si ces parlementaires s'étaient engagés, après toutes les atrocités vues à l'est du Congo, dans la recherche d'une solution viable à la tragédie congolaise. Elles n'en ont pas cru leurs oreilles quand les Honorables leur ont répondu que la quête de solution à la question congolaise était au-dessus de leurs forces et mêmes de celles de leurs gouvernants. L'un ou l'autre homme politique abordé en aparté n'hésite pas à soutenir qu'une bonne majorité de la classe politique partage les points de vue de Karel De Gucht sur les gouvernants Congolais. Mais que si celui-ci inspire une certaine peur, c'est parce qu'il est un atlantiste convaincu. Ses points de vue sur l'avenir du Congo sont très proches de ceux du soutien de Kagame: Washington.

Kabila_Louis_MichelDe plus en plus d'hommes et femmes politiques Belges s'alignent derrière Louis Michel parce que ce dernier partage le point de vue de l'Union Européenne: veiller à l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Parmi ces politiques, certains critiquent le soutien aveugle et/ ou intéressé de Louis Michel à Joseph Kabila. Il y en a même qui avouent que M. Michel les a induits en erreur en présentant Joseph Kabila comme « l'espoir du Congo ». Le dernier rapport de Human Rigth Watch est venu mettre de l'huile sur le feu même s'il revient, à quelques détails près, sur une réalité congolaise connue de « la communauté internationale ».

Il est intéressant de savoir que ce débat existe. Que le projet de la balkanisation du Congo au profit du Rwanda n'est pas une fiction. Que le soutien américain à Kagame n'est pas une invention congolaise.

Donc, il y a d'une part la peur de la balkanisation du pays et un soutien à un certain discours décriant les abus des gouvernants Congolais. D'autre part, il y a un appel à sauvegarder les frontières héritées de la colonisation, même si cela exige un soutien à Joseph Kabila en tant que symbole de la souveraineté du Congo. Mais l'examen de la signification de ce symbole révèle qu'il est dangereux pour le vivre-ensemble congolais.

Que faire? Une certaine opinion belge prône le respect de la légitimité issue des urnes. Cette opinion a du mal à répondre à cette double question: « La légitimité issue des urnes accorde-t-elle aux gouvernants le droit de vie ou de mort sur les gouvernés? Est-elle une voie légale donnant accès aux « privilèges fabuleux » pour quelques membres de la communauté congolaise ? »

Cette opinion tient au respect des institutions issues des élections de 2006 sans aucune considération sur leur qualité. Elle préfère « ne pas jeter le bébé et l'eau du bain » pour éviter que le Congo ne sombre dans un éternel recommencement.

Une révision de la constitution serait envisageable pour corriger et sanctionner les gouvernants abusant de leur pouvoir.

Les Belges déçus du kabilisme ne semblent pas avoir une proposition de rechange. Un certain nombre d'entre eux estiment que c'est aux Congolais qu'il appartient de s'organiser pour changer le cours des choses.

II. En marge de la classe politique

En marge de la classe politique, une certaine société civile organise des manifestations pour dénoncer le viol, le vol et les pillages dont souffre l'Est de notre pays tout en refusant de désigner les responsables réels de cette tragédie. Ainsi partage-t-elle une certaine hypocrisie et/ou un certain cynisme des « cosmocrates » dont un bon nombre d'hommes politiques ne sont que « les petites mains ».

Mais, au sein de cette société civile, certains Belges travaillent autrement. Ils n'apparaissent pas beaucoup sur la scène médiatique. Ils ont réussi à créer des interstices où Belges et Congolais, Belgo-congolais et Congolo-belges se rencontrent et coopèrent comme des égaux. Ils réfléchissent sur l'avenir du lien Congo-Belgique,organisent des débats, créent de petits projets communs (une école, un dispensaire, une église, une petite et moyenne entreprise, etc.)

C'est peut-être de ces tiers-lieux où le dialogue, le respect et l'amitié l'emportent sur le partenariat asymétrique des experts « belges » du Congo et/ou sur « la haine (qu'éprouvent certains compatriotes à l'endroit) de l'Occident » que naîtra une autre relation belgo-congolaise.

Les relations officielles réduites à l'apport politico-diplomatique de l'un ou l'autre homme politique cachent souvent un désir inassouvi de néocolonialisme, un abus de copinage ou une complicité souvent nuisible aux intérêts bien compris de nos deux pays. N'est-il pas temps que la Belgique abandonne son rôle d'expert-commissionnaire du Congo ou le revisite en vue de définir une politique étrangère claire ? Est-elle éternellement obligée de s'aligner sur l'un ou l'autre « grand-frère » ou ami pour mener sa politique au Congo ?

Aux dernières nouvelles, nous apprenons que la Belgique pourrait envoyer une force militaire à l'Est de notre pays. Cela provoque un certain questionnement chez les empêcheurs de penser en rond.

Si le drame humanitaire que connaît notre pays peut inciter « les pays amis » à nous venir au secours militairement, dire dans quelle mesure cela ne pourrait pas être interprété comme un soutien à la tyrannie de Joseph Kabila demeure une préoccupation sérieuse. Ne sont-ce pas les armées « des pays amis » qui ont, tant soit peu, aider à la consolidation de la dictature de Mobutu ?

Comment peut-on aider militairement un pays dont les vues souverainistes des oligarques au pouvoir rejettent toute remise en question de « leurs privilèges fabuleux , condamnent à la mort les opposants politiques et clochardisent leurs propres populations ? La Belgique qui a peur de perdre Joseph Kabila se prépare-t-elle à demander pardon aux générations futures des Congolais qui lui reprocheront d'avoir soutenu, après Mobutu, un pouvoir fondé sur le sang ?

L'avenir nous le dira.

J.-P. Mbelu

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