23 août 2007
Des policiers français molestés en Guinée lors d'une expulsion
13h06 |
23/08/2007 - © Reuters
A la une | Le
Point
Des policiers français molestés en Guinée
Six
policiers français ont été molestés le 16 août, à leur descente d'avion à
Conakry, en Guinée, où ils escortaient deux sans-papier, un incident qui
suscite l'émotion des syndicats de police.
Les deux
Guinéens faisaient partie des sans-papiers interpellés le 1er août à Lille, où
une soixantaine d'étrangers ont mené jusqu'à leur interpellation mardi une
grève de la faim pour obtenir leur régularisation.
David
Martinon, porte-parole de l'Elysée, a dénoncé les incidents de Conakry,
assurant que Paris n'allait pas pour autant "arrêter de reconduire des
étrangers en situation irrégulière."
A Conakry,
un responsable de la police de l'aéroport a déclaré, sous couvert de
l'anonymat, que l'incident faisait l'objet d'une enquête judiciaire.
Paul Le
Guennic, secrétaire national du syndicat UNSA Police, a souligné que des
policiers guinéens faisaient partie des agresseurs de l'escorte française.
Redoubler d'efforts
Il a ajouté
que des membres des forces de l'ordre guinéennes étaient intervenus en faveur
de leurs ressortissants. "Ils ont été jusqu'à tabasser les fonctionnaires
de chez nous. Tout ça sous le regard d'un de leurs responsables", a-t-il
ajouté.
Pour Saïd
Bouamama, porte-parole du Comité des sans-papiers du Nord (CSP 59), l'incident
de Conakry est "déplorable" mais pas surprenant. "Il est
déplorable que des policiers non-responsables des politiques scandaleuses du
président de la République
et du préfet du Nord soient molestés", a-t-il déclaré. "Mais c'était
aussi à prévoir dans la mesure où ce genre de politiques ne peut que faire
naître l'impression que l'on les (les sans-papiers) traite comme des
sous-hommes", a-t-il ajouté.
Selon Saïd
Bouamama, ce type de réaction risque de se multiplier car "la colère est
forte contre la politique d'immigration de Nicolas Sarkozy en Algérie et en
Guinée", pays d'où sont issus la majorité des sans-papiers lillois.
Dans un
rapport remis à sa hiérarchie et dont Reuters a obtenu copie, un brigadier
français raconte avoir été insulté lors de cet incident à Conakry dans le
bureau d'un commissaire par un policier guinéen en tenue. "Devant cette
grave situation, nous avons demandé une assistance policière pour nous
embarquer pour un vol à destination de Casablanca. Quelques policiers en tenue
nous prêtaient assistance jusqu'à l'avion", écrit-il.
Le ministre
de l'Immigration, Brice Hortefeux, a exhorté mardi les forces de l'ordre à
"augmenter de façon significative le nombre d'interpellations d'étrangers
en situation irrégulière."
Les
associations de défense des immigrés se mobilisent depuis le début de l'été
contre la politique conduite par Brice Hortefeux et des syndicats d'Air France
demandent à la compagnie de cesser d'apporter son concours aux autorités.
21 août 2007
Mission de paix au Darfour : il faut aller au-delà de l'affaire Karenzi Karake !
La désignation du général rwandais Karenzi Karake comme chef
adjoint de la mission de l’ONU au Darfour semble avoir provoqué un mini
scandale dont se sont rapidement emparé les médias
En confirmant l’officier rwandais à un poste aussi
stratégique, l’Union Africaine est en effet tombée dans un piège dont elle aura
beaucoup de mal à se relever. A moins qu'elle ne s'en tienne à répéter ses
erreurs en réitérant le simulacre de groupe d'observateurs militaires
neutres(GOMN) qui avait été mis en place au Rwanda, par le Président Museveni
et Dr Ahmed Salim à l’époque Secrétaire Général de l’OUA et où 90% des éléments
militaires composant ledit groupe étaient complices de l’une des parties
belligérantes, le FPR en l’occurrence.
Mais le véritable scandale est à chercher à des
échelons de décision encore beaucoup plus importants, notamment au niveau du
Conseil de sécurité de l’ONU.
A cet égard et en attendant de faire de plus amples
révélations, le Partenariat- Intwari tient à déclarer ce qui suit en vue
d'informer l’opinion tant nationale que internationale :
1. Pour mieux en saisir les paramètres et en cerner tous les
contours, il conviendrait de placer le conflit du Darfour dans un contexte plus
large, celui de la fameuse "guerre de libération régionale" si chère
aux non moins fameux "nouveaux leaders africains" soutenus par les
Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni au nombre desquels il faut notamment
compter les Présidents Yoweri Kaguta Museveni de l’Ouganda et Paul Kagame du
Rwanda.
2. Déclenchée par la guérilla victorieuse de la NRA de Museveni en Ouganda
contre Milton Obote de 1981 à 1986, cette "guerre de libération
régionale" qui a connu son premier succès avec l'accès au pouvoir en 1986
du " Hitler africain " Museveni en référence à son discours
du 04/04/1997, devait se poursuivre au Rwanda avec l’offensive tragique du
Front patriotique rwandais de Paul Kagame de 1990 à 1994, s’étendre ensuite en
République démocratique du Congo et au Burundi tout en intégrant la Tanzanie, le Kenya, la Somalie, l’Ethiopie,
l’Erythrée et le Soudan. Il s’agit en fait d’un plan de renaissance de la Grande Afrique de
l’Est composée de ces dix pays d’Afrique susmentionnés.
3. Les ambitions démesurées de certains leaders africains
agissant au nom d'intérêts obscurs étrangers et/ou locaux les entraînent très
souvent dans une entreprise d’extermination de leurs propres peuples, peuples
dont ils n’ont pas honte, par ailleurs, de se proclamer les " sauveurs
" et les "libérateurs" comme ce fut le cas au Rwanda.
4. Le projet sinistre d’édification en Afrique de l’Est d’un
grand empire "nilotique" lui-même placé sous protection d’un méga
empire anglo-saxon qui finirait par couvrir tout le continent africain explique
en bonne partie les conflits fratricides qui endeuillent l’Afrique au
quotidien, avec leur cohorte de crimes contre la paix, crimes de guerre, crimes
contre l’humanité et crimes de génocide.
5. Dans pareilles circonstances, il nous semble urgent et
légitime de s’interroger quant aux intentions réelles ou cachées, aux objectifs
avoués ou inavouables, de la part de certains gouvernements dont celui du
Rwanda, par rapport à leurs contributions multiformes aux missions de paix placées
sous l’égide de l’ONU et/ou de l’Union Africaine comme actuellement au Darfour alors
que leur collaboration avec la
SPLA et donc leur absence de neutralité vis-à-vis de l'autre
belligérant soudanais remonte de longue date.
6. Avant de prétendre stabiliser le Soudan ou un quelconque
autre pays africain, le Rwanda devrait, au préalable, balayer devant sa propre
maison. Bien plus que le général Karenzi Karake dont le rôle dans les massacres
est assez bien connu, le général Paul Kagame doit tout d’abord avoir le courage
de faire face à ses très lourdes responsabilité s dans le génocide rwandais
dont la réécriture paraît dorénavant inévitable.
7. Quant à l’ONU, à l’Union Africaine et particulièrement
aux Etats-Unis d’Amérique et au Royaume-Uni dont le rôle est, jusqu'à ce jour,
largement sous-estimé dans le génocide rwandais et ses conséquences fort
dévastatrices notamment en RDC, leur crédibilité pourrait être sérieusement
compromise dans le cadre des tentatives de paix actuellement engagées au Soudan.
8. Enfin au peuple rwandais dans toutes ses composantes et,
par-delà les divisions et déchirures savamment provoquées et cyniquement
entretenues par une dictature impitoyable qui se nourrit de l’état de guerre
permanent, nous lançons un appel pressant pour que, désormais, comme une seule
et même personne, tous nos concitoyens se lèvent pour abattre le mur de
séparation élevé entre eux par des dirigeants indignes et sans le moindre
scrupule.
Fait à Bruxelles, le 21 Août 2007
© Déogratias
Mushayidi(Sé)
Secrétaire Général & Porte-parole
Pour le Partenariat- Intwari
Gén. Maj. Karenzi Karake, un criminel notoire, comme commandant adjoint de la force hybride ONU- UA
Rwanda-Soudan : Un
criminel de guerre rwandais à la tête d’une mission de maintien de la
paix au Soudan
La semaine passée, l’ONU et l’UA ont entériné la nomination
du Gén. Maj. Karenzi Karake, un criminel notoire, comme commandant adjoint de
la force hybride ONU- UA qui doit être déployée au Darfour (Soudan).
De 1992 à 1994, Karenzi était le chef d’un escadron de la
mort opérant à Kigali sous le couvert du GOMN (Groupe d’observateurs
militaires neutres). La force avait été mise en place par l’OUA pour contrôler
l’observation du cessez-le feu signé entre les rebelles du FPR et l’armée
gouvernementale rwandaise.
L’un des forfaits à charge de Karenzi est l’assassinat de
Gapyisi Emmanuel, président du « Forum Paix et Démocratie », un
groupe de pression de l’opposition également hostile à l prise du pouvoir par
les rebelles du FPR. Gapyisi était aussi un membre influent du comité exécutif
du Mouvement Démocratique Républicain, MDR, le plus important parti
d’opposition d’alors.
Karenzi est aussi cité par beaucoup de témoins comme étant
l’instigateur de l’assassinat de Félicien Gatabazi, ministre des travaux
publics et de l’énergie et secrétaire exécutif du parti d’opposition PSD. Les
deux assassinats ont eu lieu peu avant l’attentat contre l’avion présidentiel,
l’élément physique ayant déclenché le génocide rwandais.
Après la prise du pouvoir par le FPR en juillet 1994,
Karenzi, en tant que chef des renseignements militaires, ordonna ou supervisa
plusieurs exécutions extrajudiciaires. L’une de ces exécutions est l’assassinat
du Dr Rwangabo Pierre Claver, leader du parti PSD qui avait été nommé préfet de
préfecture de Butare, durant le premier gouvernement du FPR. Karenzi participa
aussi à l’assaut du camp de déplacés de guerre de Kibeho qui coûta la vie,
selon les casques bleus de la
MINUAR qui étaient sur place, à plus de 8.000 personnes.
Karenzi est aussi responsable de l’assassinant de Joseph Nsengumuremyi
Ntivunwa, afin d’occuper illégalement les biens de son père feu Vincent Ntivunwa.
Il élimina aussi son frère Bizimana après son retour d’exil du Kenya en 1995.
En tant que chef des opérations durant l’invasion de
l’ex-Zaïre, Karenzi supervisa les massacres de réfugiés rwandais de 1996 à
1997. En tant que chef de la 2ème division couvrant les préfectures de
Gisenyi et Ruhengeri, Karenzi participa également aux disparitions de nombreux
réfugiés rescapés de l’ex-Zaïre qui avaient été forcés de retourner au Rwanda
en passant par des camps de transit à Gisenyi, entre 1998 et 2000.
Tous ces crimes bien documentés restent impunis. Le
gouvernement du FPR n’a, en effet, jamais mené d’enquêtes sur ces crimes. Au
contraire, Karenzi a reçu, en reconnaissance de ses loyaux services, une bourse
d’étude d’abord au Kenya, puis en Afrique du Sud. De retour, il fut nommé
commandant de la 4ème division couvrant les préfectures de Cyangugu, Gikongoro
et Butare, poste qu’il cumulait avec celui de Président de la Cour Militaire, la
plus haute juridiction militaire du régime.
En effet, en dépit du fait que le TPIR soit compétent pour
entendre de ces crimes, toutes les tentatives ont été bloquées par le FPR et
ses sponsors étrangers.
Sa nomination en tant que commandant adjoint d’une force de
maintien de la paix au Darfour (Soudan) est une insulte à l’Afrique, au Soudan
en tant qu’Etat, aux Soudanais du Darfour ainsi qu’à la mémoire des victimes
rwandais de ses forfaits.
Bruxelles, le 13 Août 2007
© Dr Jean-Baptiste
MBERABAHIZI
Secrétaire Général des FDU
Théophile Obenga : "Appel à la jeunesse africaine"
Samedi 28
juillet 2007
© Vitraulle Mboungou
Source
Rencontre avec le célèbre
intellectuel africain à l’occasion de la sortie de son livre
Dans son dernier livre,
le Professeur Théophile Obenga sort de son registre habituel en lançant un
grand Appel à la jeunesse africaine,
paru ce vendredi aux Editions Ccinia Communication. Face aux nombreuses
tragédies qui touchent le continent africain, celui qui a été l’assistant de
Cheikh Anta Diop appelle cette jeunesse à se réveiller, à sortir de son état de
désoeuvrement et à agir pour la
Renaissance africaine.
Appel à la jeunesse africaine est la dernière œuvre de
l’historien, égyptologue et linguiste congolais, le Professeur Théophile
Obenga. Persuadé que les Africains trouveront leur salut non en Occident, comme
semblent le penser bon nombre d’entre eux, mais chez eux, il invite la jeunesse
africaine à une meilleure connaissance de son Histoire. Théophile Obenga a
étudié la philosophie à l’université de Bordeaux, l’histoire au Collège de
France à Paris et l’égyptologie à Genève (Suisse). Il a également suivi une
formation en sciences de l’éducation à Pittsburgh aux Etats-Unis. Docteur
d’Etat ès lettres, ancien directeur général du Centre international des
civilisations bantu à Libreville, au Gabon, il a participé à la rédaction de
l’encyclopédie Histoire générale de
l’Afrique réalisée sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour
l’éducation, la science et la culture. Aujourd’hui, il est directeur du
département d’études des civilisations africaines à l’université de San
Francisco en Californie (Etats-Unis) et co-directeur de la revue d’égyptologie
et des civilisations africaines Ankh
éditée en France.
Afrik : Pourquoi Appel à la jeunesse africaine est il aussi différent de vos
autres écrits ?
Théophile Obenga : C’est vrai, je m’occupe
habituellement d’autres champs de recherche tels que l’histoire linguistique,
l’anthropologie… Mais j’ai senti comme une nécessité d’écrire ce livre car nous
vivons actuellement de grandes tragédies comme les pandémies, les jeunes qui
meurent en mer dans les îles Canaries, le taux élevé de chômeurs dans les
capitales africaines…La jeunesse est quasiment désœuvrée. En tant
qu’intellectuel, je ne peux pas fermer les yeux sur tout cela. Je me pose donc
des questions, je tente de comprendre le pourquoi du comment de ce malheur qui
touche tout particulièrement la jeunesse en Afrique.
Afrik : En lisant votre livre, le moins que l’on
puisse dire c’est que vous n’êtes pas tendre avec l’Occident : vous
écrivez : « Dominer, coloniser, détruire, tel est le destin de
l’Occident »...
Théophile Obenga : Notre couplage avec l’Occident dure
depuis le XIII-XIVe siècle. Cela fait donc presque dix siècles que nous sommes
ensemble. Nous parlons leur langue, leurs missionnaires ont étudié nos langues,
ils sont venus chez nous, nous sommes venus chez eux, etc. Cependant quand nous
faisons le bilan de cette longue cohabitation, que retirons-nous de bon ?
Nous avons subi une longue traite négrière, il y a eu ensuite la découverte de
l’Afrique qu’on a partagée à Berlin selon les intérêts exclusivement européens
et non ceux de l’amitié Europe-Afrique. Puis il y a eu la grande colonisation,
c’est-à-dire qu’on vous impose une culture, une langue, une administration, des
manières de faire, de vivre et de penser qui sont celles du dominateur. On ne
nous a jamais enseigné les langues africaines à l’école primaire mais seulement
celle du colon. Même aujourd’hui, cette habitude perdure, le français reste la
langue officielle dans des pays comme le Congo. C’est donc ce qu’on appelle
l’aliénation culturelle, indépendamment de l’esclavage et de l’exploitation
coloniale. Prenons l’exemple des matière premières comme l’uranium, lorsqu’ils
le prennent au Gabon, ils s’en servent non pour aider au développement de
l’Afrique mais pour construire des centrales nucléaires en France. Ils vident
le continent africain de ses matières premières afin de développer leur propre
continent. Aujourd’hui, ils apprennent la corruption aux chefs d’Etat
africains, comment on vole l’argent destiné au service public. Je peux citer
les exemples de Loïk Le Floch-Prégent qui a fait de la prison à la suite de
l’affaire Elf au Congo, Paul Wolfowitz qui s’est servi dans la caisse de la Banque mondiale au profit
de sa campagne, il a été contraint de quitter son poste de président parce que
là-bas au moins il y a une justice. Je ne parle même pas de l’affaire des
emplois fictifs de la mairie de Paris. Et ce sont ces mêmes personnes qui sont
condamnées pour corruption dans leur propre pays, qui sont pris comme
conseillers auprès des Chefs d’Etat africains.
Afrik : Ne pensez-vous pas justement que ces
chefs d’Etat ont leur responsabilité dans tout cela parce qu’après tout, on ne
leur force pas la main ?
Théophile Obenga : J’affirme juste que le
« mariage » avec l’Europe n’a rien donné, qu’il faut par conséquent
passer à autre chose. Malheureusement, nos dirigeants ne l’ont pas encore
compris. Beaucoup croient encore en l’Occident. Ce n’est pas mon cas, je sais
que mon salut ne viendra pas de l’Occident. Je respecte l’Occident, je fais des
affaires avec elle mais contrairement à d’autres je ne le fais pas comme un
soumis, un nègre esclave incompétent qui a peur de l’Occident, qui est complexé
et qui a un sentiment d’infériorité. C’est fini tout cela, s’il faut traiter
avec elle, nous devons le faire d’égal à égal. Malheureusement en Afrique, au
Congo en particulier, lorsqu’une personne donne son avis sur une situation,
même s’il est bon, il sera toujours moins considéré que celui d’un Occidental.
C’est malheureux que les Noirs soient encore esclaves de la sorte. Voilà
pourquoi je critique ces relations. Je ne critique pas juste pour critiquer,
j’affirme ce que je constate, à savoir la réalité. Concernant nos chefs
d’Etats, ils ne comprennent pas l’importance d’être franc devant l’argent, car
celui-ci représente un pouvoir extraordinaire. Son rôle est avant tout de
permettre le bien-être et le bonheur social d’un pays. Seulement voilà, nos
chefs d’Etat manquent cruellement de cette force morale, cette éthique devant
l’argent. Le résultat est qu’ils gardent tout pour eux et leur clan au détriment
du reste de la population. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’ils ont beau
accumulé des millions dans des comptes cachés en Suisse ou ailleurs, à leur
mort, cet argent ne leur appartient plus. Ni à eux ni à leur famille. Les
héritiers de Mobutu, par exemple, n’ont rien touché des millions de dollars
qu’il a laissé dans ses comptes suisses. Il est normal qu’un président ait un
certain niveau de vie du fait de sa fonction mais il doit aussi penser au
bien-être de son peuple. Ces chefs d’Etat manquent également de patriotisme, ce
lien qui lie ton sang à celui de ton sol natal, ta nation. Il faut aimer son
pays au-dessus de tout, c’est ce que font les Occidentaux. Le patriotisme,
c’est lorsque Sarkozy dit « La
France m’a tout donné et en tant que Président je vais tout
lui donner ». C’est exactement ce qui nous manque. Avez-vous déjà entendu
un leader noir africain dire cela ? A cause de ce manque de patriotisme,
ils restent enfermés dans leur clan de villageois, leurs ethnies tout en
dirigeant la nation. Dans une nation faite d’ethnies, il y aura toujours des
crises et des guerres parce que c’est le Nord qui a le pouvoir, le Sud est
frustré et ainsi de suite. Tout cela n’engendre rien de bon.
Afrik :
Vous avez également des propos très durs envers le Fonds monétaire
international (FMI) et la
Banque mondiale ?
Théophile Obenga : Pour moi, ce sont des malfrats.
Nommez-moi un seul projet de la
Banque mondiale ou du FMI qui a bien marché sur le continent
africain ? Aucun ! Le meilleur élève, c’était le président Rawlings
au Ghana mais qu’en a retiré son pays ? Tout le monde le dit, la
littérature anglophone est encore plus violente à ce propos. Le FMI et la Banque mondiale sont
également coscientes de leurs échecs. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de
pays les quittent, notamment ceux de l’Amérique latine, l’Argentine, le
Venezuela, le Chili, le Brésil, etc. Où avez-vous vu une banque se créer pour
aider quelqu’un à se développer ? L’essence même d’une banque, c’est de ne
penser qu’à ses propres intérêts. Le FMI et la Banque mondiale ont détruit
l’Afrique avec leurs plans qui n’ont ni queue ni tête et leur politique
néo-libérale. On devrait les traduire en justice pour crimes économiques, il
n’y a pas que les crimes de guerre ! Ils prétendent nous inculquer la
bonne gouvernance alors que ce sont eux les plus corrompus, je me réfère encore
au cas de Paul Wolfowitz.
Afrik :
Vous préconisez donc que l’Afrique cesse sa collaboration avec ces institutions
comme l’a fait l’Amérique latine. Seulement, il semblerait qu’elle ait peur de
ne pas s’en sortir sans elles…
Théophile Obenga : C’est juste une décision à prendre,
les autres l’ont bien fait. Ce n’est pas si dur que cela. Seulement une fois
que cette décision a été prise, il ne s’agit pas de rester là à jouer au tam-tam.
Il faut s’organiser. Dans le cas de certains pays comme le Congo, ils ont
l’hydrocarbure, c’est source de beaucoup de richesse, de plus ils ne sont pas
nombreux. En gérant mieux, on peut aider le pays à se développer sans avoir à
s’endetter. Maintenant s’il faut s’endetter, on n’ait pas obligé de passer par la Banque mondiale ou le FMI.
Les Etats-Unis et la France
qui sont des grandes puissances ont des budgets déficitaires. Ils ont une
grosse dette vis à vis des pays comme la Chine. Pourquoi
n’empruntent-
Afrik :
Vous prônez également la
Renaissance africaine, le panafricanisme : « le
futur de l’Afrique est panafricain », dites-vous …
Théophile Obenga : J’ai constaté en étudiant
l’histoire du monde que lorsqu’un peuple a été dans la misère, la souffrance,
il cherche souvent à renaître. C’est arrivé au Japon avec ce qu’on appelle
l’ère Meiji, en Turquie avec la venue d’Atatürk qui a complètement réformé le pays,
aux Juifs avec la naissance de l’Etat d’Israël, l’Europe avec la renaissance
européenne initiée par Churchill…Cette renaissance s’impose aussi en Afrique
car nous avons subi le malheur pendant plusieurs siècles. Que nous reste-t-il,
à part renaître à nouveau, reprendre un nouvel élan, un nouvel essor ? Il
suffit de se servir de ses ressources naturelles, son intelligence pour se
développer. C’est tout à fait normal si l’on suit l’histoire des peuples.
Afrik :
Pensez-vous que cela soit possible à l’heure actuelle ?
Théophile Obenga : C’est tout à fait possible, nous
avons tout ce qu’il faut, les cerveaux, l’imagination. Nous sommes largement
gâtés par la nature avec les différents fleuves africains, les forêts encore
vierges, les animaux sauvages qui n’existent qu’en Afrique, nous avons le
sous-sol le plus riche du monde…. On réunit toutes les forces vives de
l’Afrique, on fait ce qu’on peut faire pour notre génération. Chacun doit
mettre son expérience personnelle et professionnelle au profit du continent. Et
s’il y a des obstacles, il suffit de les contourner.
Afrik :
D’où la phrase « la diversité culturelle africaine est une
force » ?
Théophile Obenga : Bien sûr. L’idée que les différentes
ethnies d’un pays ne peuvent s’unir, c’est n’importe quoi. Plus il y en a, plus
nous sommes riches. Il suffit d’avoir une bonne méthodologie pour exploiter
toute cette richesse. En France, il y a bien des Bretons, des Bourguignons, des
Normands, des Picards, ils sont même plus divers que nous. Et comme ils ont
l’esprit, l’âme française, ils n’ont aucun problème de cohabitation. C’est ce
qui manque au peuple africain.
Afrik :
Vous incitez également dès le début du livre, l’Afrique à se tourner vers
l’Asie. Pourquoi ?
Théophile Obenga : La Chine ne nous a pas colonisés, nous n’avons pas
vécu avec elle pendant des siècles. Ils viennent pour leurs intérêts, ils ont
leur paradigme. Faisons affaire, « tu gagnes, je gagne ». Après, il
suffit d’être vigilant afin de sauver ses intérêts. Alors qu’avec l’Occident,
« c’est je fais, je gagne, si tu blague, je te tue ». Les Chinois
n’ont pas tué Lumumba. Voilà pourquoi l’Europe est en train de perdre son
pré-carré en Afrique. Ils vont perdre le Soudan où il y a du pétrole, le Niger
où il y a l’uranium.
Afrik :
Vous finissez le livre sur quelques orientations panafricaines…
Théophile Obenga : Il est important de s’organiser.
Par exemple, la jeunesse africaine va se réunir à Bamako et créer un bulletin
de liaison de la jeunesse panafricaine, clair et simple que tout le monde
puisse lire et comprendre. Un bulletin qui sera aussi diffusé sur Internet et
qui informera de l’action des jeunes partout sur le continent africain.
Afrik : Vous travaillez depuis plusieurs années
aux Etats-Unis. Pourquoi ce choix et pourquoi pas au Congo par exemple ?
Théophile Obenga : Avant j’avais une grande maison à
Brazzaville, elle a été brûlée pendant la guerre. J’avais l’une des bibliothèques
les plus riches d’Afrique. J’avais par exemple Le Code noir publié au temps de Louis XIV, les notes et les
lettres que m’écrivait à la main Cheik Anta Diop, une bibliothèque que j’ai mis
trente ans à constituer. J’étais complètement anéanti après cela, j’avais
l’impression qu’on avait détruit mon cerveau. Il m’était donc impossible de
rester au pays. J’ai voulu venir enseigner en France, mais ici la fonction
publique ne recrute pas au delà de 50 ans. Ce qui n’est pas le cas aux
Etats-Unis. Ils recrutent n’importe qui tant que tu leur apportes quelque
chose, l’argent ou le savoir.
Afrik :
Qu’espérez-vous concrètement en sortant ce livre ?
Théophile Obenga : Initier un grand débat sur la Renaissance africaine,
ouvrir les yeux à cette jeunesse africaine qui accepte par dépit d’aller mourir
dans la Méditerranée,
et surtout à nos chefs d’Etats.
Théophile Obenga
Appel à la jeunesse africaine
Editions
Ccinia Communication, juillet 2007, 19€
17 août 2007
10 idées reçues sur l’Afrique
© L'INTELLIGENT
| Afrique | 13 août 2007 -
Préjugés, clichés, lieux communs donnent une vision caricaturale du Sud-Sahara.
Comment rétablir la vérité ?
L’Afrique noire est une terre de violence et de sauvagerie. Elle est minée par
le sida et la corruption. Ses habitants ne connaissent que le tribalisme. Ils
sont tous polygames, leurs femmes font trop d’enfants. Qui n’a entendu, en
Europe, déclamer ce genre d’« évidences » ?
Il n’est pas question de nier les difficultés qu’affrontent
les pays subsahariens. Malgré les progrès récents, le processus démocratique
reste un peu partout fragile. Des conflits très meurtriers subsistent. La
pauvreté, le chômage, les bidonvilles sont monnaie courante.
Tout cela est vrai, certes, mais réduire la vie de toute une
région à des situations extrêmes, occulter ce qui marche pour ne retenir que ce
qui cloche est de la désinformation pure et simple. « Les clichés partent de
faits établis pour s’élargir à des constructions imaginaires ou mal étayées. Si
les lieux communs contiennent souvent une part de vérité, tout le problème
vient de leur généralisation. » C’est en partant de ce constat que Georges
Courade, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement
(IRD), professeur associé à l’université de Paris-I, a souhaité offrir une
vision plus juste du continent. Résultat : un livre collectif auquel il a
associé une trentaine d’universitaires et qui, à la lecture, se révèle passionnante.
Si elles expriment une part de la vérité, les idées reçues traduisent surtout
les peurs, les fantasmes, les ignorances de ceux qui les énoncent. En France,
par exemple, quand on pense à l’Afrique, c’est l’Afrique francophone.
L’agriculture, ce sont les villages du Sahel, ceux où s’activent les ONG, ceux
où l’on meurt de faim. Comment s’étonner dès lors que les images de tout un
continent soient aussi schématiques.
L’ouvrage de Georges Courade traite d’une cinquantaine d’idées reçues. Nous en
avons retenu dix, particulièrement significatives, sur lesquelles nous
apportons notre éclairage propre.
1 - « Le tribalisme explique tous les conflits »
Pendant le génocide rwandais de 1994, lorsque les images des massacres ont fait
le tour du monde, certaines bonnes consciences occidentales se sont indignées
en voyant les tueurs se servir de machettes plutôt que d’« armes modernes ».
C’était une réprobation non pas de l’acte de tuer, mais de la manière. Comme si
on pouvait rechercher un degré d’humanité dans l’horreur. L’indignation
véhiculait également une vision du monde réduisant les Africains à une
irrationalité telle qu’ils passent leur temps à s’entre-tuer, empêtrés dans des
logiques d’un autre âge qui mènent à des conflits ethniques, tribaux où
s’expriment leurs instincts primitifs, pardon, premiers. Il ne peut s’agir,
donc, que d’un accès de sauvagerie, de barbarie.
Si l’on en croit certains prétendus spécialistes, l’Afrique est un vaste champ
de bataille dévasté par des guerres sans fin. En regardant les choses de plus
près, l’on se rend compte que toute l’Afrique ne s’est pas embrasée et que les
conflits armés touchent des pays bien précis, presque de manière récurrente.
L’alarmisme ambiant voudrait faire oublier que la formation des nations s’est
toujours faite, à travers l’Histoire, dans le sang. Les nations africaines, en
pleine constitution, peuvent-elles évoluer autrement en s’inspirant simplement
de l’expérience des autres, vieille de plusieurs siècles ? S’étonner de la
persistance des conflits en Afrique, vouloir que ce continent soit plus sage
que ne l’ont été les autres au cours de leur évolution, n’est-ce pas vouloir
dire qu’il ne fait pas partie de cette humanité dont la marche est caractérisée
par le meilleur et par le pire ? La
Compagnie cotonnière ivoirienne (LCCI), à la faveur de la
privatisation de la filière en 2001. Cette initiative a néanmoins débouché sur
un échec, signe que le passage du commerce à l’industrie constitue une étape
périlleuse.
Les bien-pensants, dans leurs expertises, sont devenus myopes au point de voir
dans tout soubresaut sur le continent un retour aux temps de la barbarie. Toute
guerre civile est ethnique, tribale. Cela sous-entend que les Africains,
aujourd’hui comme hier, sont incapables de penser le politique. Ceux qui
prennent les armes ne cherchent qu’à défendre leurs tribus. Il n’y aurait, donc,
aucune préoccupation idéologique, politique, sociale, économique. Aucune
revendication digne d’intérêt. L’Afrique ne serait qu’une superposition de
tribus et d’ethnies irrémédiablement hostiles les unes envers les autres, ne
cherchant qu’à s’entre-tuer à la moindre occasion, prisonnières des ténèbres
des origines.
Les conflits en Afrique, comme partout, sont nés de frustrations, d’espoirs
déçus face à l’impéritie de dirigeants incapables de répondre aux aspirations
du plus grand nombre. Ce ne sont pas des ethnies, des tribus qui s’arment pour
se défendre, mais des groupes déterminés à prendre le pouvoir. Que ceux qui
cherchent à changer le monde se transforment ensuite en bandits, en criminels,
c’est une autre histoire. Au départ, au-delà de toutes les ambitions, il y a
d’abord une démarche politique. Les dérives ethniques ou tribales que l’on peut
constater parfois sont le fait d’hommes politiques qui jouent sur la fibre
identitaire.
Peut-on sérieusement attribuer le qualificatif ethnique à l’irrédentisme
fréquent dans la Corne
de l’Afrique ? À la crise ivoirienne ? Aux guerres civiles en République
démocratique du Congo, au Burundi, au Liberia, en Sierra Leone, en Angola ou au
Mozambique ? Quelles étaient les ethnies en présence ? La guerre du Biafra fut-elle
une opposition des Ibos contre un État fédéral nigérian ou contre les autres
composantes ethniques du pays ?
Des atrocités ont été commises dans beaucoup de conflits. En Sierra Leone, les
rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) ont coupé des bras et des jambes à
des civils. Mais faut-il considérer de tels actes comme une particularité
africaine, quand on sait que l’horreur est le propre de toute guerre, quels que
soient les moyens utilisés ?
Ceux qui accusent l’Afrique d’être singulièrement belliqueuse devraient plutôt
se rappeler que toute l’Histoire de l’humanité n’est qu’une longue série de
massacres. Le sang versé a fini par amener les peuples à rechercher les vertus
de la paix.
2 - « Elle n’est pas prête pour la démocratie »
C’est une antienne, un refrain que certains fredonnent régulièrement depuis des
années par ignorance ou peut-être par condescendance. Par lassitude aussi du
hold-up récurrent des urnes ou des éternels conflits post-électoraux, des
partis politiques aux contours ethniques et régionalistes qui se grippent ou
des opposants qui se vendent au plus offrant. Par méfiance à l’égard de tous
ceux qui restent dans leur fauteuil au prix d’accommodements avec la Constitution ou des
courtisans qui les y exhortent. Par refus d’une démocratie financée de
l’extérieur qui renouvelle si peu ses élites et sa pratique qu’elle passe pour
une greffe qui ne peut pas prendre.
Ce serait donc une affaire entendue : « l’Afrique n’est pas prête pour la
démocratie », et ce quasi culturellement. Elle s’y serait laissé entraîner au
mieux par mimétisme, au pire contrainte et forcée à coups de trique de bonne
gouvernance politique, économique, judiciaire. Sans être pour autant arrivée à
rentrer dans le rang.
Il y avait Gnassingbé Eyadéma au Togo, Moussa Traoré au Mali, Maaouiya Ould
Taya en Mauritanie, Ange-Félix Patassé en Centrafrique et, auparavant, la
plupart des « pères de la nation », de Félix Houphouët-Boigny à Amadou Ahidjo,
de Sékou Touré à Dawda Jawara, de Daniel arap Moi à l’inénarrable Dr Hastings
Kamuzu Banda du Malawi… Il y a encore Robert Mugabe au Zimbabwe, Mélès Zenawi
en Éthiopie, Issayas Afewerki en Érythrée, Yoweri Museveni en Ouganda, Idriss
Déby Itno au Tchad, Lansana Conté en Guinée, Yahya Jammeh en Gambie… à qui nul
ne songerait, naturellement, à donner les clés de la maison-démocratie.
Stephen Smith écrit dans Négrologie : « Certes, entre 1990 et 2000, quatorze
chefs d’État ont quitté le pouvoir à la suite d’une défaite dans les urnes,
contre un seul au cours des trente années précédentes ; cependant, à la fin
2002, encore vingt et un des cinquante-trois chefs d’État africains exerçaient
leur fonction depuis plus de quinze ans, trois d’entre eux - outre le Togolais
Eyadéma, le Gabonais Omar Bongo Ondimba et le Libyen Mouammar Kaddafi - étant
au pouvoir depuis plus de trente ans. L’Afrique, avec le monde arabe, reste le
Jurassic Park des “dinosaures”… »
Pour autant, l’Afrique de la démocratie n’est pas née à la chute du mur de
Berlin, le 9 novembre 1989, et la fin de la guerre froide. Elle n’a pas
davantage complètement rompu puis renoué totalement avec elle à l’aube des
années 1990. À la veille des indépendances, la compétition politique ouverte a
existé un peu partout sur le continent : entre Léopold Sédar Senghor et Lamine
Guèye au Sénégal, Modibo Keita et Fily-Dabo Sissoko au Mali, Hamani Diori et
Zodi Ikhia au Niger, Patrice Lumumba et Joseph Kasavubu au Congo…
C’était là, peu ou prou, l’illustration de la réalité d’une certaine pratique
démocratique. Et celle-ci aurait sans doute continué à exister et à se
développer, au lieu d’être devenue ce kit qu’on a du mal - à moins que ce ne
soit de la mauvaise volonté - à monter. Qu’on la perçoive comme un ressort ou
un ensemble de principes, la démocratie ne peut pas être totalement étrangère
aux Africains. Il y manque, hélas, la prime qui va avec : l’amélioration des
conditions de vie, le sel dont elle se nourrit, car la seule renaissance à la
liberté ne suffit pas. Sinon, sans remonter au matin du monde, qui peut dire
que le continent, à aucun moment et nulle part, n’a forgé une histoire et connu
une culture propices à la démocratie ? Celle-ci fait partie de son patrimoine.
Il l’a seulement exploitée à sa manière, dont on peut légitiment se demander si
elle est bonne ou mauvaise.
Voilà la question qui se pose et à laquelle la classe politique, les dirigeants
en tête, n’apporte pas toujours, loin s’en faut, une réponse appropriée.
Certains se sont, au contraire, évertués à dilapider l’héritage, si modeste
soit-il. Les tenants, hier, du parti unique sont devenus, aujourd’hui, ceux qui
le perpétuent après l’avoir habillé aux couleurs du pluralisme politique. Les
opposants qui accèdent au pouvoir se comportent souvent comme ceux qu’ils
dénonçaient la veille encore. Et c’est ce poker menteur qui entretient l’idée -
reçue - que « l’Afrique n’est pas prête pour la démocratie ».
3 - « Il n’y a pas d’entrepreneurs »
Y a-t-il des entrepreneurs en Afrique ? Ne posez jamais cette question aux
étudiants de l’Institut africain du management (IAM) de Dakar, vous risqueriez
de les froisser. Et si les futurs businessmen du continent sont désormais
formés en Afrique, leurs aînés n’ont pas attendu les années 2000 pour devenir
de véritables patrons. En Afrique du Sud, les golden boys de l’ère Mbeki ont su
profiter de la politique de Black Economic Empowerment pour constituer une
véritable élite économique. Patrice Motsepe, qui préside la compagnie minière
Harmony, Cyril Ramaphosa, qui tient la barre de Shanduka Group, et Tokyo
Sexwale, qui dirige Mvelaphanda Holding, sont présents dans tous les secteurs
d’activité - depuis l’extraction minière jusqu’à la haute finance en passant
par le commerce et les médias - et pèsent plusieurs milliards de dollars.
Au-delà de la réussite exemplaire de ces capitaines d’industrie d’envergure
internationale, force est de constater que chaque pays compte un certain nombre
d’hommes d’affaires qui, avec un capital de départ parfois modeste, sont
parvenus à s’imposer dans leur catégorie. En Afrique de l’Ouest, on trouve leur
origine dans les réseaux marchands qui ont su prospérer en marge des grandes
filières de l’économie coloniale. Cette classe de commerçants a ensuite évolué
avec des fortunes parfois surprenantes. Même si, comme le soulignent les
auteurs du livre L’Afrique des idées reçues, « au lieu de valoriser les
négociants débrouillards dans un univers très incertain et un maquis de
tracasseries, on les désigne comme des spéculateurs, des fraudeurs et des
profiteurs ».
Pourtant, ces hommes d’affaires ont su prendre des risques et investir. Souvent
dotés d’un bagage scolaire minimal, ils ont bâti de véritables empires à la
lisière de l’informel, notamment dans les pays du Sahel. Les plus audacieux
sont sortis du négoce pour se lancer dans des opérations plus exigeantes en capital...
et plus risquées. Ainsi, El Hadj Oumarou Kanazoé, PDG du groupe éponyme, est
devenu le numéro un burkinabè du BTP en faisant directement concurrence à
Bouygues, Colas et Sogea. Idem pour le Malien Cheikna Kagnassi, dirigeant du
groupe L’Aiglon, basé en Suisse. Après avoir prospéré dans le négoce des
matières premières agro-industrielles, il a investi dans l’industrie de
transformation en créant
Ces capitaines d’industrie font encore bien souvent figure d’exception dans un
environnement culturel marqué par un fort contrôle social, souvent dissuasif
pour l’initiative privée. Longtemps, la pression communautaire a encouragé le
conformisme et découragé la responsabilisation individuelle. Toutefois,
l’urbanisation, accusée de pervertir les traditions, favorise des comportements
plus individualistes. Chacun doit compter davantage sur soi, ce qui est une
incitation à entreprendre.
4 - « Elle reçoit plus d’argent qu’elle n’en rembourse »
L’importance de l’aide étrangère demeure cruciale pour la plupart des
quarante-huit pays de l’Afrique subsaharienne (ASS), alors qu’elle est devenue
symbolique sinon dérisoire pour les autres régions du monde en développement.
C’est une vérité incontournable, au moins jusqu’en 2025. Cette aide a évolué,
certes, en dents de scie de 1960 à la fin des années 1990, mais, depuis l’an
2000, elle est en hausse jusqu’à atteindre son apogée en 2015 avec 50 milliards
de dollars, contre 25 milliards en 2004 et 14 milliards en 2000.
Ces flux font de l’ASS le sous-continent relativement le plus aidé avec 44
dollars par habitant en 2005, deux fois plus qu’en 2000 et trois fois plus que
la moyenne mondiale. Indicateur corroboré par le poids de l’aide dans
l’économie : pour 80 % des pays de l’ASS, elle représente 5 % de leur
production annuelle (produit intérieur brut). Pour 20 % d’entre eux, cette
dépendance est encore plus lourde (10 % ou plus), notamment pour le Burundi,
l’Érythrée, le Malawi, la
Sierra Leone, le Mozambique, le Rwanda, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, la Centrafrique et
l’Éthiopie.
Sans cette perfusion, les États africains concernés ne pourraient honorer leurs
obligations souveraines : payer les fonctionnaires et assurer le fonctionnement
des services publics de base (santé, éducation, infrastructures, sécurité).
Cette utilisation de l’aide n’a pas été d’une grande efficacité dans les années
1960 et 1970, au cours desquelles certains États africains étaient embarqués
dans la guerre froide entre les deux grandes puissances de l’époque, l’Union
soviétique et les États-Unis. La première fournissait de l’aide militaire à
profusion et la deuxième un concours financier facile à détourner par les
dirigeants.
Le bilan de ce formidable gâchis (près de 300 milliards de dollars) n’a jamais
été sérieusement établi, à supposer qu’il puisse l’être un jour. Les intérêts
des uns et des autres étaient tellement imbriqués qu’il est impossible de
distinguer les tricheries des vrais échecs économiques. Le résultat est
qu’aujourd’hui l’ASS en est au même point qu’en 1960, sinon en recul, alors que
l’Asie et l’Amérique latine, qui ont elles aussi subi des dictatures, des
guerres et des catastrophes naturelles, ont parachevé leur décollage.
La conséquence de tout cela est une baisse générale de l’aide d’origine
publique sous sa forme classique et la meilleure, l’aide-projet. La moitié de
l’aide est désormais consacrée au remboursement des impayés d’avant 2004. Pour
solder le compte des années perdues, les gouvernements occidentaux ont décidé
en 2005 d’effacer l’ardoise et de ne plus accorder autant de prêts que par le
passé. L’essentiel de leurs nouvelles interventions se fait désormais sous
forme de dons.
Mais ce geste de salubrité publique, tant réclamé par les organisations non
gouvernementales, est considéré comme une nouvelle aide… alors qu’il n’a pas
d’effet direct sur le développement économique (création d’emplois, valeur
ajoutée). Il permet seulement de soulager le fardeau du budget des États
endettés : les économies ainsi réalisées (pas de service de la dette à payer)
sont censées financer des programmes de réformes administratives et des projets
sociaux. Par exemple, sur les 23 milliards de dollars d’aide comptabilisés en
2005, la Banque
mondiale estime la partie hors dette à 13,2 milliards de dollars.
Donc, les gouvernements occidentaux augmentent leur aide pour effacer la dette
et réduisent le montant de leurs prêts (voir infographie p. précédente) : pour
2006, les dons ont atteint 36,9 milliards de dollars, et les prêts 1,8 milliard
(dans la mesure où le remboursement des échéances encore dues dépasse de 1,8
milliard les versements reçus au titre des nouveaux prêts). Soit un flux net de
35,1 milliards de dollars. Pour la première fois depuis 2000, ce flux est
inférieur à celui émanant du secteur privé sous forme d’investissements directs
étrangers et de prêts bancaires privés (voir infographie). À l’avenir, il y
aura ainsi de moins en moins de prêts publics et de plus en plus de capitaux
privés. En espérant que cet inversion de tendance se fera cette fois dans
l’intérêt de l’ASS et pas seulement de celui des bailleurs de fonds.
5 - « L’agriculture est archaïque et figée »
Lorsqu’elle n’est pas sabordée par les choix politiques comme au Zimbabwe ou
utilisée à des fins géopolitiques et militaires (des famines délibérément
provoquées pour être utilisées comme arme), l’agriculture demeure en Afrique le
paradoxe des paradoxes. Sur tout le continent, du nord au sud, d’est en ouest,
les ressources abondent, les surfaces cultivables sont innombrables et le
secteur primaire devrait occuper un rôle de premier plan dans la croissance
économique.
Mais la réalité est tout autre. Rudimentaire et peu mécanisée, extensive plus
qu’intensive en raison du coût des intrants, fragmentée en petites
exploitations dont la superficie n’excède pas deux hectares et confrontée à
l’insuffisance des ressources en eau, l’agriculture africaine souffre de
pesanteurs économiques et culturelles dont l’ampleur provoque des tensions
grandissantes sur fond d’explosion démographique.
La révolution verte prônée par de nombreux gouvernements au sortir des
indépendances dans les années 1960
a fait long feu. Pis, la filière agricole satisfait de
moins en moins les besoins des populations. Malgré de bonnes performances,
particulièrement en Afrique de l’Ouest, où la campagne céréalière 2006-2007
affiche une hausse de 3 %, à 15 millions de tonnes, les instituts agronomiques
et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)
ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur la situation alimentaire du
continent et le repli des rendements. Dans un rapport publié en 2005, l’un
d’eux - l’américain International Food Policy Research Institute (Ifpri) -
prédisait 38 millions d’enfants malnutris d’ici à 2015, contre 32 millions en
1997. Plus globalement, 250 millions de personnes sont sous-alimentées au sud
du Sahara.
Les facteurs exogènes comme les aléas climatiques, la fluctuation des marchés
internationaux, l’aide alimentaire déstabilisante pour les marchés domestiques
ou les guerres ne suffisent pas à expliquer cette situation. Les choix opérés
par les pouvoirs publics africains, qui ont préféré privilégier les cultures de
rente ou les activités plus rémunératrices comme l’extraction pétrolière et
minière, ont été des facteurs aggravants ayant précipité la ruine du paysannat
et son exode vers les villes, même si 70 % des populations continuent de vivre
en zone rurale. Faute d’incitations, d’accès aux crédits, de budgets ambitieux
(moins de 1 % des budgets nationaux sont consacrés à l’agriculture) et
d’infrastructures (routes, entrepôts…), le secteur reste confiné et son essor
hypothéqué par des pratiques comme la divagation des cheptels ou les feux de
brousse.
À quoi s’ajoute un droit rural particulièrement rigide. Ancré dans les règles
coutumières, ce dernier accorde rarement la propriété du sol à celui qui le
cultive, ce qui n’incite guère le paysan à investir ou enrichir un sol dont il
ne sait s’il pourra continuer de l’exploiter à l’avenir.
Malgré ces difficultés, certaines expériences prometteuses pourraient être
généralisées. Celle de Tonka, au Mali, montre qu’une gestion durable des terres
conjuguée au regroupement du paysannat en coopératives peut donner de très bons
résultats. Dans des conditions climatiques rigoureuses, cette région du Nord
malien est devenue un exemple de rendement et de productivité. Par leur
connaissance du milieu et le recours à la polyculture, qui a permis de
contrebalancer l’absence d’engrais et de freiner l’appauvrissement des sols,
ces agriculteurs ont évité une situation plus dégradée encore. Ce qui prouve
que le savoir-faire du paysan africain n’est pas à mettre en cause. Bien au
contraire.
Volet important de l’aide au niveau mondial, la relance de l’agriculture est
l’un des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) (voir pp.
104-107). Une priorité qui a incité de nombreux États à revoir leur approche du
secteur, notamment du point de vue de la sécurité alimentaire. Reste que la
diminution de la moitié du nombre de personnes souffrant de malnutrition d’ici
à 2015 sera difficilement réalisable.
6 - « Les chefs d’État sont tous corrompus… »
Depuis le début des années 1960 et les beaux jours de l’aphorisme inventé par
le journaliste Raymond Cartier («La
Corrèze plutôt que le Zambèze »), l’idée selon laquelle la
corruption est un mal « culturel » africain tandis que l’aide au développement
va directement dans les poches des « dictateurs » demeure endémique au sein de
l’opinion des pays riches. Idée reçue ? En grande partie, oui, surtout
lorsqu’elle sous-entend que les sociétés occidentales, où règne l’État moderne
tourné vers le bien public, ne connaîtraient, elles, qu’une dose infime de
vénalité. En Italie, en France (scandales Elf et Carrefour du développement),
aux États-Unis (Enron), au Japon (neuf Premiers ministres sur quinze sont
tombés à la suite des affaires de corruption entre 1955 et 1993), le mal existe
aussi, même s’il est plus diffus et moins visible. Tout comme il est illusoire
de croire que les systèmes démocratiques à l’européenne, avec leurs
contre-pouvoirs, seraient le moyen infaillible de lutter contre ce phénomène.
En Afrique, ni les dirigeants sénégalais, ni les responsables sud-africains (le
cas de l’ex-vice-président Jacob Zuma est à cet égard emblématique) ne sont à
l’abri. Quant aux rares responsables qui se sont engagés avec détermination
dans la lutte contre la corruption, à l’instar du Burkinabè Thomas Sankara, les
résultats obtenus n’ont guère été probants.
Pourtant, cette idée reçue comporte une part de vérité. Certes, il n’est plus
possible aujourd’hui de détourner grossièrement une aide de mieux en mieux
contrôlée, mais dans des sociétés où prévalent souvent les relations familiales
et ethniques et où la notion de service public est en grande partie absente, la
corruption de survie et de proximité est la règle. Une enquête réalisée en 2003
au Kenya sur ce phénomène montre que le citoyen kényan dépense en moyenne un
tiers de son salaire mensuel en pots-de-vin divers. Quand des pratiques de ce
genre sont aussi fortement ancrées dans les mœurs et tolérées par la société,
comment ne pas penser que le mauvais exemple vient du sommet ? Après tout, bien
rares sont, sur le continent, les chefs d’État qui vivent de leurs émoluments
et dotations dûment fixés et contrôlés par l’État et la représentation
nationale. Même si la grande prédation d’autocrates absolus (type Mobutu) ou
tempérés (type Houphouët) est de moins en moins fréquente, et surtout possible,
grâce au travail des ONG et à la prise de conscience des bailleurs de fonds, le
doute persiste.
En réalité, si problème culturel il y a, il est ailleurs. Contrairement aux
pays du Nord (Europe, Asie, États-Unis), où la corruption se pratique à des
fins quasi exclusives d’enrichissement personnel - hommes politiques, patrons
spécialistes de l’abus de bien social, actionnaires fermant les yeux sur la
falsification des comptes, évadés fiscaux, etc. - la « grande » corruption
africaine, celle des chefs, est aussi une affaire de redistribution. Beaucoup
des corrupteurs du continent ne se reconnaissent pas dans la définition du
Robert, pour qui corrompre c’est « engager quelqu’un par des dons, des
promesses et autres moyens condamnables à agir contre sa conscience ou son
devoir ». En revanche, tous savent qu’ils doivent suppléer eux-mêmes aux
défaillances d’un État faible et embryonnaire, qui ne joue pas son rôle de
redistributeur de richesses, sous peine de devenir impopulaires. Un chef d’État
vertueux, dont les tournées à l’intérieur du pays ne sont pas accompagnées de
la mallette à billets, laquelle sert aussi à financer des projets concrets, est
rapidement taxé de « pingrerie ». « L’honnêteté c’est bien, mais ça ne se mange
pas », disait-on à Ouagadougou dans les années 1980. Et gare à celui qui
prétend s’enrichir sans distribuer !
Cette spécificité a un nom : le clientélisme. Elle n’ôte certes rien au
scandale économique que constitue l’investissement à l’étranger de biens détournés
chez soi, pratique courante chez certains dirigeants du continent. À la
différence de la corruption « asiatique », qui a été l’une des bases du
développement de pays comme la
Malaisie, Singapour, l’Indonésie ou Taiwan, la grande
corruption « africaine » ne sert en effet à rien d’autre, une fois la part de
redistribution donnée, qu’aux dépenses somptuaires et aux achats immobiliers de
précaution en Europe, aux États-Unis, voire en Afrique du Sud, au cas où le
pouvoir viendrait à lâcher. Reste que, même si la corruption des élites est
très loin d’être une tare dont l’Afrique aurait le monopole, elle n’en est pas
moins un exercice courant et, surtout, largement accepté, tant qu’elle
s’inscrit dans le cadre de l’échange social. L’éradiquer est une tâche
impossible, ici comme ailleurs. La contrôler, voire en diminuer l’ampleur,
suppose à la fois l’édification d’un État structuré et impartial, et une remise
en cause du fonctionnement et des normes de la société. Autant dire que le
combat sera long.
7 - « Le sida va la rayer de la carte du monde »
Très vite identifié comme maladie sexuellement transmissible, donc chargé de
tabous, le sida, comme en son temps la syphilis, devait trouver ses coupables.
En Afrique subsaharienne, dès son apparition, il fut considéré par l’opinion
publique comme une maladie propagée par les Blancs pour décimer les populations
noires. On se perdit en conjectures toutes plus irrationnelles les unes que les
autres (virus échappé de laboratoires, chercheurs démoniaques…).
Au début des années 1980, tandis que les statistiques relevées en Afrique par
l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquaient l’inexorable progression
du VIH, nombre d’Africains perçurent comme une offense le poids accablant d’une
accusation souvent insidieuse portée par les médias occidentaux. L’idée
s’imposa que l’Afrique allait se dépeupler irrémédiablement. On était passé, en
moins de dix ans, d’une obsession de natalité galopante - véritable hantise des
puissances occidentales au prétexte qu’elle mettait en péril les réserves
nutritionnelles de la planète - à une démographie en chute libre, jusqu’à faire
disparaître les populations africaines.
C’était oublier que l’Afrique n’est pas une mais multiple. Que, face au sida,
la mosaïque des peuples qui l’habitent offre des comportements très variables
selon l’environnement, la religion, la culture, les traditions, la politique en
cours ou l’économie. D’un pays à l’autre, d’une décennie à l’autre, on observe
ainsi des ripostes collectives d’une grande diversité face à l’irruption du
sida : le VIH qui s’était déclaré en même temps à Kinshasa, Kampala, Kigali et
Lusaka est resté stable dans la capitale de la RDC, tandis que le nombre des personnes
contaminées explosait dans les trois autres capitales, sans explication simple
et évidente.
Mieux, on constate à présent que les premiers pays touchés d’hier peuvent être
aujourd’hui parmi les moins affectés, et inversement. Rien ne laissait augurer,
il y a quinze ans, que l’Ouganda, où ne survivaient plus que les vieillards et
les enfants, serait en 2006 présenté comme « modèle à suivre », avec une
diminution de l’infection (4 % de prévalence en 2004 contre 13 % en 1990), chez
les adolescentes plus particulièrement.
Une part de ce succès est à mettre au crédit est de l’association Taso (The Aid
Support Organisation). Sa fondatrice, Noreen Koliba, emblème africain de la
lutte contre le sida, voulait que « l’Ouganda continue à apporter la preuve que
l’épidémie recule devant les interventions humaines […]. L’utilisation du
préservatif chez les femmes célibataires de 15 à 24 ans a presque doublé en six
ans et un nombre important des femmes de ce groupe d’âge ont retardé leur
activité sexuelle ou pratiquent une totale abstinence ». À l’inverse, le Cameroun est entré dans la phase la plus explosive de
l’épidémie alors qu’on le tenait pour le “miraculé” des années 1980 et qu’il
avait lancé à l’époque des campagnes de prévention très hardies.
La pauvreté, souvent incriminée, n’est pas un facteur décisif : le Botswana,
qui dispose d’un système de santé performant, a atteint le seuil critique des
40 % de prévalence chez les 15-49 ans.
L’Afrique ne sera pas rayée de la carte du monde, même si environ 25 millions
de ses habitants sont porteurs du virus du sida. Le danger est autre : en
frappant de plein fouet la génération la plus active, la maladie pèse
lourdement sur les économies, à commencer par l’agriculture, où le manque de
bras actifs compromet à la longue la sécurité alimentaire. Depuis 1985, sept
millions de travailleurs agricoles sont morts du sida. Le VIH réduit aussi à
néant les efforts sanitaires pour améliorer la longévité des Africains :
l’espérance de vie à la naissance avait longtemps stagné à des niveaux très bas
avant de s’élever à 60 ans dans la décennie 1970.
8 - « La forêt recule... »
Parce qu’elle capte le dioxyde de carbone (CO2), la forêt est souvent présentée
comme le poumon de la planète. Elle contribue à la production de l’oxygène, qui
lui-même participe à la formation de la couche d’ozone, dont le rôle est de
protéger l’atmosphère terrestre des rayonnements ultraviolets. À l’heure du
réchauffement climatique, de la fonte des glaciers et du battage médiatique sur
l’étendue du trou de la couche d’ozone, les habitants de la Terre portent tout
naturellement leur regard sur ce qui reste du couvert forestier, notamment dans
certaines régions d’Afrique, où la nature l’a fait particulièrement dense. Le
constat semble unanime : sous les coups de boutoir de ses habitants ainsi que
des entreprises forestières, la forêt recule !
Vrai ou faux ?
Pour Alain Morel, géographe à l’université Joseph-Fourier de Grenoble, coauteur
de L’Afrique des idées reçues, cette assertion n’est pas fondée. « En Afrique
centrale atlantique, depuis cinq cents ans au moins, malgré la mise en valeur
qui continue, la forêt reconquiert la savane, par progression sur ses marges et
par recolonisation d’îlots. » Selon lui, la forêt devrait encore progresser sur
les savanes pendant des millénaires, réoccupant le domaine qu’elle avait déjà
occupé. Les paléo-botanistes sont du même avis, puisqu’ils ont établi le même
constat depuis les années 1990.
La représentation occidentale du recul de la forêt recèle néanmoins une part de
vérité. La plupart des pays africains perdent leur forêt pour des raisons qui
tiennent à la fois de l’économie nationale, avec la coupe des essences
commerciales, mais aussi à cause du défrichement et des feux de brousse opérés
par les agriculteurs. À quoi il faut ajouter les besoins domestiques des
populations. Résultat, entre 1976 et 1980, 1,3 million d’hectares de forêts
denses auraient été déboisés. La décennie suivante, entre 1980 et 1990, 4,8
millions d’hectares ont été coupés et 5,3 millions entre 1990 et 2000.
En Côte d’Ivoire, 500
000 hectares de forêt disparaissent chaque année du fait
de l’agriculture itinérante sur brûlis. De 15 millions d’hectares en 1956, le
couvert forestier ivoirien n’était plus que de 2,7 millions en 1990. Cet
espace, traversé par des axes routiers, est aujourd’hui occupé par les
plantations de café et de cacao.
Au Cameroun, le bois représentait en 1999 le quart des exportations du pays.
Des scieries, des routes tracées pour évacuer les grumes ou approvisionner les
usines de transformation gagnent chaque jour du terrain sur la forêt et sa
biodiversité. Et l’absence ou la faiblesse de l’État dans la régulation de ces
activités conforte l’idée que l’exploitation des essences commerciales de la
forêt n’est pas maîtrisée.
Mais cette idée très répandue est une fausse évidence. L’exploitation forestière
ne dégrade le massif du Congo que de l’intérieur. En revanche, sur ses marges,
à la lisière des savanes, la forêt progresse, et « elle avancerait davantage si
les feux de savane allumés par les populations ne ralentissaient pas sa
progression », soutient Charly Favier, de l’université de Montpellier, chef
d’une mission d’étude déployée au Cameroun depuis le 10 janvier 2007.
Il est vrai que, de 2000 à 500 avant J.-C., la forêt équatoriale africaine a
connu un recul important devant la savane. Mais, depuis un millénaire, la
tendance s’est inversée. Selon les chercheurs, cette évolution expliquerait la
migration des Bantous vers l’Afrique australe, au moment où la forêt régressait
devant la savane. Le recul dont on parle aujourd’hui est plus fantasmé que réel.
Il est inspiré par le spectacle de pans entiers de forêt dévastés par
l’activité humaine. Seulement, les médias ne s’intéressent pas au reboisement
parallèle, moins spectaculaire, il est vrai.
9 - « Les Africains font trop d’enfants »
C’est peu dire que l’Afrique connaît actuellement une croissance démographique
exceptionnelle. Certes, au nord du continent, tout comme dans la partie
australe, la natalité a connu une forte baisse au cours des dernières
décennies, pour s’établir à environ 25 pour 1 000 habitants dans ces deux
régions. Mais elle reste très forte dans les régions intertropicales. Du Bénin
à la Tanzanie
en passant par le Congo et le Burundi, les taux sont presque partout égaux ou
supérieurs à 40 pour 1 000.
Comme, parallèlement, grâce aux progrès sanitaires, la mortalité a
régulièrement baissé au cours des dernières décennies, le taux de croissance
naturelle, 2,5 % par an, fait doubler la population à chaque génération.
L’Afrique étant le moins urbanisé des continents, une grande partie de la
population reste marquée par le schéma sociofamilial traditionnel : seule une
progéniture nombreuse permet de compenser la forte mortalité infantile. Cette
dernière, il est vrai, est encore très élevée : presque 10 % (pour les enfants
de 0 à 5 ans) au sud du Sahara contre 0,7 % dans les pays développés.
Dans les
campagnes africaines, en outre, l’âge du mariage des filles reste très bas : la
période de fécondité des femmes s’en trouve d’autant allongée. La fécondité
reste ainsi très élevée : près de 6 enfants par femme un peu partout, avec des
pointes à 7 dans quelques pays (Mali, Ouganda) et même à 8 au Niger, record
mondial absolu ! À ce rythme, la population au sud du Sahara devrait doubler
d’ici à 2050, passant de 750 millions (en 2005) à 1,5 milliard.
Aussi spectaculaire soit-elle, la croissance de la population africaine n’a
pourtant rien de catastrophique en soi. Ce continent ne fait, somme toute, que
rattraper quelques siècles de stagnation démographique. En 2025, il ne fera que
retrouver le pourcentage de la population mondiale (17 %) qui était le sien au
début du XVIIe siècle. Avant, en particulier, la saignée humaine occasionnée
par la traite négrière.
Avec une densité moyenne voisine de 30 habitants par km2, contre une moyenne
mondiale de 50, l’Afrique reste encore relativement peu peuplée. C’est la
répartition de la population plus que son nombre qui pose problème. Près de la
moitié de l’espace subsaharien est quasiment vide, alors que, dans certaines
zones, les densités approchent 300 habitants au km2. C’est le cas en
particulier au Nigeria et dans la région des Grands Lacs (Ouganda, Burundi,
Rwanda).
Quoi qu’il en soit, même si l’Afrique noire a quelques longueurs de retard sur
les autres régions du Sud, elle est entrée à son tour dans une phase de baisse
de la fécondité depuis les années 1990. Par rapport aux années 1960, la
diminution est de 1,5 enfant par femme pour l’ensemble de la région
subsaharienne. On note les baisses les plus importantes en Afrique australe
(Afrique du sud, Botswana, Zimbabwe) et au Kenya. À l’autre extrémité, la
fécondité reste stable au Nigeria et au Mali tandis qu’elle augmente légèrement
au Burundi et au Niger.
Cette tendance à la baisse est appelée à s’accélérer avec l’urbanisation, qui,
on le sait, incite les familles à limiter le nombre d’enfants : avec un taux de
croissance supérieur à 4 % par an, la population urbaine du continent pris dans
son ensemble devrait passer de 300 millions actuellement à quelque 750 millions
en 2030.
Le mouvement de diminution de la fécondité aura beau s’accentuer et se
généraliser, la population continuera cependant à augmenter considérablement
pendant deux générations. Le nombre de femmes en âge de procréer restera si
élevé qu’elles feront nécessairement beaucoup d’enfants ...
Même pléthorique, cette population sera demain un atout dans un monde sur
lequel plane une menace inédite dans l’histoire de l’humanité : le
vieillissement. À condition, bien sûr, qu’elle soit formée. Ce qui n’est pas le
cas aujourd’hui. L’investissement dans le secteur éducatif est beaucoup trop
lourd pour des économies qui peinent à trouver un rythme de croissance
suffisant. C’est là où réside peut-être le principal enjeu pour les décennies à
venir.
10 - « Tous polygames »
« Les Africains sont tous polygames. » À force d’entendre cette contre-vérité,
certains Africains, avec un grand sens de l’humour, ont fini par trouver une
réplique imparable : « Et François Mitterrand, il n’était pas polygame ?
C’était un Africain ? » Allusion à la réputation d’homme à femmes laissée par
l’ancien président français. À y regarder de près, une vérité s’impose : l’on
prête trop aux Africains. Ne dit-on pas qu’ils ont des membres virils hors
normes et, par conséquent, une vie sexuelle débridée ? D’où leur propension à avoir
plusieurs femmes, au nom de coutumes sans doute obsolètes.
Chacun a encore en mémoire la sortie, pour ne pas dire l’ineptie, en novembre
2005, au moment où les banlieues françaises s’embrasaient, de l’académicienne
Hélène Carrère d’Encausse. Pour l’historienne, les émeutes étaient provoquées
par des enfants africains ou d’origine africaine issus de foyers polygames !
La polygamie existe en Afrique, mais tous les Africains ne peuvent pas être
polygames. Et n’est pas polygame qui veut : il faut en avoir les moyens et… les
aptitudes. Le musulman, par exemple, est autorisé à se marier avec quatre
femmes au maximum. Toutefois, vu la difficulté pour lui d’être équitable envers
toutes ses compagnes, il lui est recommandé de préférer la monogamie.
Avoir plus d’une femme découle aussi, dans certaines traditions, d’une volonté
de nouer des alliances politiques, sociales ou économiques avec d’autres clans,
d’autres familles, d’autres villages et communautés… Pouvoir et prestige sont
ainsi renforcés. Sur le plan économique, le nombre des épouses et des enfants
augmente la force de travail pour les activités agricoles ou le commerce. Plus
il y a de bras, mieux c’est pour le foyer.
Certaines coutumes contraignent à la polygamie. C’est le cas du lévirat,
pratique qui consiste pour un homme, même marié, à hériter de la femme d’un
membre de sa famille décédé. Il se pose alors la question de savoir si, dans
ces conditions, la femme n’est pas considérée comme un simple objet qui passe
d’une main à l’autre, sans qu’on lui demande son avis. Mais ceux qui observent
le lévirat sont persuadés que c’est un moyen de solidifier l’édifice familial
et d’assurer l’avenir de la veuve. Et, surtout, de ses enfants.
Il y a aussi des situations où le passage d’un monogame à la polygamie est
imposé par sa propre épouse quand, après de longues années de mariage, elle ne
lui a pas donné d’enfant. C’est elle qui décide de chercher une femme plus
jeune pour que son mari ait une descendance.
À quoi s’ajoutent des effets de mode. Aujourd’hui, être à la tête d’un harem en
milieu urbain est la démonstration, de la part du cadre, du fonctionnaire ou de
l’homme d’affaires, d’une réussite sociale indéniable. Quoi de mieux pour lui
d’étaler ses femmes comme il étale ses biens !
Et les femmes dans tout cela ? Les vicissitudes de la vie sont telles que, en
général, elles n’ont pas le choix. Plutôt que de vouloir à tout prix un mari
pour elles seules, elles se montrent réalistes en acceptant de le partager,
même si le regard de la société sur les femmes célibataires est de plus en plus
indulgent. Et puis, avoir un statut reconnu est plus sécurisant.
Les Africains, dont la sensualité serait sans bornes, rétorquent qu’ils ne sont
pas différents du reste de l’humanité. Mais ce qui les distingue des autres,
c’est leur capacité à briser les tabous, à vivre sans hypocrisie. Alors que des
Occidentaux entretiennent plusieurs maîtresses et n’osent pas montrer leur vrai
visage au grand jour.
12 août 2007
Le message prémonitoire des Indiens d'Amérique
Le destin des Indiens d'Amérique annonçait celui de
l'ensemble des habitants de la planète qui assistent impuissants à la
destruction de leur environnement, après la confiscation de leur espace et de
leurs ressources.
"Nous avons
toujours eu beaucoup; nos enfants n'ont jamais pleuré de faim, notre peuple n'a
jamais manqué de rien... Les rapides de Rock River nous fournissaient un
excellent poisson, et la terre très fertile a toujours porté de bonnes récoltes
de maïs, de haricots, ce citrouilles, de courges... Ici était notre village
depuis plus de 100 ans pendant lesquels nous avons tenu la vallée sans qu'elle
nous fût jamais disputée. Si un prophète était venu à notre village en ce
temps-là nous prédire ce qui allait advenir, et ce qui est advenu, personne
dans le village ne l'aurait cru." Black Hawk, chef indien
"Nous aimons la
tranquillité; nous laissons la souris jouer en paix; quand les bois frémissent
sous le vent, nous n'avons pas peur." Chef indien au gouverneur de Pennsylvanie en
1796
"Nous le savons: la terre
n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Nous le
savons: toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils
de la terre. L'homme n'a pas tissé
la toile de la vie, il n'est qu'un fil de tissu. Tout ce qu'il fait à la toile,
il le fait à lui-même." Seattle, chef indien Suquamish
"Le Lakota était empli de compassion
et d'amour pour la nature, et son attachement grandissait avec l'âge. (...)
C'est pourquoi les vieux Indiens se tenaient à même le sol plutôt que de rester
séparés des forces de vie. S'asseoir ou s'allonger ainsi leur permettait de
penser plus profondément, de sentir plus vivement. Ils contemplaient alors avec
une plus grande clarté les mystères de la vie et se sentaient plus proches de
toutes les forces vivantes qui les entouraient. Le vieux Lakota était un sage.
Il savait que le coeur de l'homme éloigné de la nature devient dur. Il savait
que l'oubli du respect dû à tout ce qui pousse et à ce qui vit amène également
à ne plus respecter l'homme. Aussi maintenait-il les jeunes sous la douce
influence de la nature." Standing Bear, chef Lakota (Sioux)
"Nous voyons la
main du Grand Esprit dans presque tout: le soleil, la lune, les arbres, le vent
et les montagnes; parfois nous l'approchons par leur intermédiaire. (...) Nous
croyons en l'Etre Suprême, d'une foi bien plus forte que celle de bien des
Blancs qui nous ont traité de païens... Les Indiens vivant près de la nature et
du Maître de la nature ne vivent pas d'ans l'obscurité. Saviez-vous que les
arbres parlent? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous
parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent
pas ! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils
n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres
m'ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur
le Grand Esprit." Tatanga Mani (ou Walking
Buffalo), indien Stoney (Canada)
"Les Blancs se
moquent de la terre, du daim ou de l'ours. Lorsque nous, Indiens, cherchons les
racines, nous faisons de petits trous. Lorsque nous édifions nos tipis, nous
faisons de petits trous. Nous n'utilisons que le bois mort. L'homme blanc, lui,
retourne le sol, abat les arbres, détruit tout. L'arbre dit « Arrête, je
suis blessé, ne me fais pas mal ». Mais il l'abat et le débite. L'esprit
de la terre le hait. Il arrache les arbres et les ébranle jusqu'à leurs
racines. Il scie les arbres. Cela leur fait mal. Les Indiens ne font jamais de
mal, alors que l'homme blanc démolit tout. Il fait exploser les rochers et les
laisse épars sur le sol. La roche dit « Arrête, tu me fais mal ».
Mais l'homme blanc n'y fait pas attention. Quand les Indiens utilisent les
pierres, ils les prennent petites et rondes pour y faire leur feu... Comment
l'esprit de la terre pourrait-il aimer l'homme blanc?... Partout où il la
touche, il y laisse une plaie." Vieille sage Wintu (Indiens de Californie)
"Je peux me
rappeler l'époque où les bisons étaient si nombreux qu'on ne pouvait les
compter, mais les Wasichus (hommes blancs) les ont tués tant et tant qu'il ne
reste que des carcasses là où ils venaient paître auparavant. Les Wasichus ne
les tuaient pas pour manger; ils les tuaient pour le métal qui les rend fous et
ils ne gardaient que la peau pour la vendre. Parfois ils ne les dépeçaient même
pas. Ils ne prenaient que les langues et j'ai entendu parler de bateaux-de-feu
descendant le Missouri chargés de langues de bison séchées. Parfois ils ne
prenaient même pas les langues; ils les tuaient simplement pour le plaisir de
tuer. Ceux qui ont fait cela étaient des fous. Quand nous chassions le bison,
nous ne le faisions que selon nos besoins." Hehaka Sapa, grand chef Sioux
"Vous avez
remarqué que toute chose faite par un indien est dans un cercle. Nos tipis
étaient ronds comme des nids d'oiseaux et toujours disposés en cercle. Il en
est ainsi parce que le pouvoir de l'Univers agit selon des cercles et que toute
chose tend à être ronde. Dans l'ancien temps, lorsque nous étions un peuple
fort et heureux, tout notre pouvoir venait du cercle sacré de la nation, et
tant qu'il ne fut pas brisé. Tout ce que fait le pouvoir de l'Univers se fait
dans un cercle. Le ciel est rond et j'ai entendu dire que la terre est ronde
comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi. Les oiseaux font leur
nid en cercle parce qu'ils ont la même religion que nous. Le soleil s'élève et
redescend dans un cercle, la lune fait de même, et tous deux sont rond. Même
les saisons forment un grand cercle dans leur changements et reviennent
toujours là où elles étaient. La vie de l'homme est dans un cercle de l'enfance
jusqu'à l'enfance, et ainsi en est-il pour chaque chose où l'énergie se
meut." Hehaka Sapa, ou Black Elk, indien Oglala, branche des Dakotas (Sioux)
"La vie dans un tipi est bien meilleure.
Il est toujours propre, chaud en hiver, frais en été, et facile à déplacer.
L'homme blanc construit une grande maison, qui coûte beaucoup d'argent,
ressemble à une grande cage, ne laisse pas entrer le soleil, et ne peut être
déplacée; elle est toujours malsaine. Les Indiens et les animaux savent mieux
vivre que l'homme blanc. Personne ne peut être en bonne santé sans avoir en
permanence de l'air frais, du soleil, de la bonne eau. Si le Grand Esprit avait
voulu que les hommes restassent à un endroit, il aurait fait le monde immobile;
mais il a fait qu'il change toujours, afin que les oiseaux et les animaux
puissent se déplacer et trouver toujours de l'herbe verte et des baies mures. L'homme
blanc n'obéit pas au Grand Esprit. C'est pourquoi nous ne pouvons être d'accord
avec lui." Flying Hawk, chef Sioux du clan des Oglalas
"Les vastes
plaines ouvertes, les belles collines et les eaux qui serpentent en méandres
compliqués n'étaient pas « sauvages » à nos yeux. Seul l'homme blanc
trouvait la nature sauvage, et pour lui seul la terre était
« infestée » d'animaux « sauvages » et de peuplades
« sauvages ». A nous, la terre paraissait douce, et nous vivions
comblés des bienfaits du Grand Mystère. Elle ne nous devint hostile qu'à
l'arrivée de l'homme barbu de l'Est qui nous accable d'injustices insensées et
brutales." Standing Bear, chef Lakota (Sioux)
"Notre terre vaut
mieux que de l'argent. Elle sera toujours là. Elle ne périra pas, même dans les
flammes d'un feu. Aussi longtemps que le soleil brillera et que l'eau coulera,
cette terre sera ici pour donner vie aux hommes et aux animaux. Nous ne pouvons
vendre la vie des hommes et des animaux. C'est pourquoi nous ne pouvons vendre
cette terre. Elle fut placée ici par le Grand Esprit et nous ne pouvons la
vendre parce qu'elle ne nous appartient pas." Chef indien Blackfeet (Pieds-Noirs)
"Mes jeunes gens
ne travailleront jamais. Les hommes qui travaillent ne peuvent rêver. Et la
sagesse nous vient des rêves." Smohalla, chef indien Sokulls
"Le Grand Esprit
nous a donné une vaste terre pour y vivre, et des bisons, des daims, des
antilopes et autres gibier. Mais vous êtes venus et vous m'avez volé ma terre.
Vous tuez mon gibier. Il devient dur alors pour nous de vivre. Maintenant vous
nous dites que pour vivre, il faut travailler. Or le Grand Esprit ne nous a pas
fait pour travailler, mais pour vivre de la chasse. Vous autres, hommes blancs,
vous pouvez travailler si vous le voulez. Nous ne vous gênons nullement. Mais à
nouveau vous nous dites « pourquoi ne devenez-vous pas civilisés? »
Nous ne voulons pas de votre civilisation ! Nous voulons vivre comme le
faisaient nos pères et leurs pères avant eux." Crazy Horse, grand chef Sioux
du clan Oglalas
"Vous êtes déjà
si misérables que vous ne pouvez le devenir plus. Quels genre d'homme doivent
être les Européens? Quelle espèce de créature choisissent-ils d'être, forcés de
faire le bien et n'ayant pour éviter le mal d'autre inspiration que la peur de
la punition? (...) L'homme n'est pas seulement celui qui marche debout sur ses
jambes, qui sait la lecture et l'écriture et montrer mille exemples de son
industrie ... En vérité mon cher frère, je te plains du plus profond de mon
âme. Suis mon conseil et devient Huron. Je vois clairement la profonde
différence entre ma condition et la tienne. Je suis le maître de ma condition.
Je suis le maître de mon corps, j'ai l'entière disposition de moi-même, je fais
ce qui me plaît, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne crains
absolument aucun homme, je dépends seulement du Grand Esprit.
"Les hommes
blancs annonçaient bien haut que leurs lois étaient faites pour tout le monde,
mais il devint tout de suite clair que, tout en espérant nous les faire
adopter, ils ne se gênaient pas pour les briser eux-mêmes. Leurs sages nous
conseillaient d'adopter leur religion mais nous découvrîmes vite qu'il en
existant un grand nombre. Nous ne pouvions les comprendre, et deux hommes
blancs étaient rarement d'accord sur celle qu'il fallait prendre. Cela nous
gêna beaucoup jusqu'au jour où nous comprîmes que l'homme blanc ne prenait pas
plus sa religion au sérieux que ses lois. Ils les gardait à portée de la main,
comme des instruments, pour les employer à sa guise dans ses rapports avec les
étrangers." Pachgantschilhilas, chef des Delawares
"Chaque année
notre envahisseur blanc devient plus avide, exigeant, oppressif et autoritaire...
La misère et l'oppression, tel est le lot qui nous échoit... Ne sommes-nous pas
dépouillés jour après jour du peu de liberté qui nous reste ? A moins que
les tribus ne se liguent unanimement pour modérer les ambitions et l'avidité
des Blancs, ils nous auront bientôt tous conquis et désunis, nous serons
chassés de notre pays natal et éparpillés comme les feuilles d'automne par le
vent." Tecumseh, chef Shawnee, en 1812
"Nous ne voulons
pas des chariots de feu qui font du bruit (trains à vapeur) sur les terrains de
chasse au bisons. Si les Visages Pâles s'avancent encore sur nos terres, les
scalps de vos frères seront dans les wigwams des Cheyennes. J'ai
dit !" Roman Nose, chef-guerrier des Cheyennes, s'adressant au général Palmer
en 1866 dans le Kansas
"Regardez mes
frères, le printemps est venu, la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons
bientôt les fruits de cet amour. Chaque graine est éveillée, et de même, tout
animal est en vie. C'est à ce pouvoir mystérieux que nous devons nous aussi
notre existence. C'est pourquoi nous concédons à nos voisins, même nos voisins
animaux, autant de droit qu'à nous d'habiter cette terre. Cependant écoutez-moi
mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race, petite et
faible quand nos pères l'ont rencontrée pour la première fois, mais
aujourd'hui, elle est devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans
l'esprit la volonté de cultiver le sol, et l'amour de posséder est chez eux une
maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les
pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir
les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour
eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre
avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de
neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage." Tatanka
Yotanka, ou Sitting Bull, grand chef Sioux
"Frère, notre territoire était grand et le vôtre était petit. Vous êtes maintenant devenus un grand peuple, et il nous reste à peine l'espace pour étendre nos couvertures. Vous avez notre pays, mais cela ne vous suffit pas. Vous voulez nous forcer à épouser votre religion. Frère, continue à écouter. Tu te dis envoyé ici pour nous apprendre à rendre le culte au Grand Esprit d'une manière qui lui soit agréable
