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Blog du CDF/FCD - Afrique

Actualité de la Section Africaine du CDF/FCD (Chrétiens Démocrates Fédéraux / Federale Christen Democraten) de Belgique. Infos : http://cdfliege.lalibreblogs.be/

23 août 2007

Des policiers français molestés en Guinée lors d'une expulsion

Guin_e13h06 | 23/08/2007 - © Reuters
A la une | Le Point

Des policiers français molestés en Guinée

Six policiers français ont été molestés le 16 août, à leur descente d'avion à Conakry, en Guinée, où ils escortaient deux sans-papier, un incident qui suscite l'émotion des syndicats de police. Les six fonctionnaires ont été légèrement blessés au dos et au visage, obtenant des incapacités de travail de trois à huit jours, a-t-on précisé de source policière.

Les deux Guinéens faisaient partie des sans-papiers interpellés le 1er août à Lille, où une soixantaine d'étrangers ont mené jusqu'à leur interpellation mardi une grève de la faim pour obtenir leur régularisation.

David Martinon, porte-parole de l'Elysée, a dénoncé les incidents de Conakry, assurant que Paris n'allait pas pour autant "arrêter de reconduire des étrangers en situation irrégulière." "Ce n'est pas acceptable parce qu'en l'occurrence on est dans le cadre du droit, d'une décision de justice. Il n'y a pas de raison qu'on fasse obstacle à l'application de la loi française", a-t-il dit lors de son point de presse hebdomadaire.

A Conakry, un responsable de la police de l'aéroport a déclaré, sous couvert de l'anonymat, que l'incident faisait l'objet d'une enquête judiciaire. "L'un des passagers affirme avoir été maltraité pendant le vol. Nous n'avons jamais été confrontés à ce genre de cas parce que normalement quand il y a résistance, la compagnie aérienne refuse de faire partir l'avion", a-t-il ajouté.

Paul Le Guennic, secrétaire national du syndicat UNSA Police, a souligné que des policiers guinéens faisaient partie des agresseurs de l'escorte française. "En arrivant sur place, les deux hommes se sont rebellés et les six fonctionnaires qui les reconduisaient ont été pris à partie par les deux reconduits mais également par la population", a-t-il dit.

Redoubler d'efforts

Il a ajouté que des membres des forces de l'ordre guinéennes étaient intervenus en faveur de leurs ressortissants. "Ils ont été jusqu'à tabasser les fonctionnaires de chez nous. Tout ça sous le regard d'un de leurs responsables", a-t-il ajouté.

Pour Saïd Bouamama, porte-parole du Comité des sans-papiers du Nord (CSP 59), l'incident de Conakry est "déplorable" mais pas surprenant. "Il est déplorable que des policiers non-responsables des politiques scandaleuses du président de la République et du préfet du Nord soient molestés", a-t-il déclaré. "Mais c'était aussi à prévoir dans la mesure où ce genre de politiques ne peut que faire naître l'impression que l'on les (les sans-papiers) traite comme des sous-hommes", a-t-il ajouté.

Selon Saïd Bouamama, ce type de réaction risque de se multiplier car "la colère est forte contre la politique d'immigration de Nicolas Sarkozy en Algérie et en Guinée", pays d'où sont issus la majorité des sans-papiers lillois.

Dans un rapport remis à sa hiérarchie et dont Reuters a obtenu copie, un brigadier français raconte avoir été insulté lors de cet incident à Conakry dans le bureau d'un commissaire par un policier guinéen en tenue. "Devant cette grave situation, nous avons demandé une assistance policière pour nous embarquer pour un vol à destination de Casablanca. Quelques policiers en tenue nous prêtaient assistance jusqu'à l'avion", écrit-il. Selon le rapport, une passagère a informé les policiers français que "certains passagers avaient avisé téléphoniquement Conakry pour qu'un comité d'accueil hostile soit présent sur place".

Brice_hortefeuxLe ministre de l'Immigration, Brice Hortefeux, a exhorté mardi les forces de l'ordre à "augmenter de façon significative le nombre d'interpellations d'étrangers en situation irrégulière." Il a expliqué être "légèrement en dessous", de l'objectif 2007 de 25.000 reconduites à la frontière d'étrangers en situation irrégulière. "C'est pour cela qu'il faut redoubler d'efforts pour interpeller les personnes en situation irrégulière", a-t-il dit.

Les associations de défense des immigrés se mobilisent depuis le début de l'été contre la politique conduite par Brice Hortefeux et des syndicats d'Air France demandent à la compagnie de cesser d'apporter son concours aux autorités. Les sans-papiers de Lille, dont 42 ont été interpellés mardi, se sont engagés dans un bras de fer avec le préfet du Nord Daniel Canépa s'est déclaré déterminé à dire "non au chantage, non à la manipulation et non au terrorisme intellectuel" et menace d'expulser tous les grévistes de la faim.

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21 août 2007

Mission de paix au Darfour : il faut aller au-delà de l'affaire Karenzi Karake !

Major_General_Karenzi_KarakeLa désignation du général rwandais Karenzi Karake comme chef adjoint de la mission de l’ONU au Darfour semble avoir provoqué un mini scandale dont se sont rapidement emparé les médias

En confirmant l’officier rwandais à un poste aussi stratégique, l’Union Africaine est en effet tombée dans un piège dont elle aura beaucoup de mal à se relever. A moins qu'elle ne s'en tienne à répéter ses erreurs en réitérant le simulacre de groupe d'observateurs militaires neutres(GOMN) qui avait été mis en place au Rwanda, par le Président Museveni et Dr Ahmed Salim à l’époque Secrétaire Général de l’OUA et où 90% des éléments militaires composant ledit groupe étaient complices de l’une des parties belligérantes, le FPR en l’occurrence.

Mais le véritable scandale est à chercher à des échelons de décision encore beaucoup plus importants, notamment au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU.

A cet égard et en attendant de faire de plus amples révélations, le Partenariat- Intwari tient à déclarer ce qui suit en vue d'informer l’opinion tant nationale que internationale :

1. Pour mieux en saisir les paramètres et en cerner tous les contours, il conviendrait de placer le conflit du Darfour dans un contexte plus large, celui de la fameuse "guerre de libération régionale" si chère aux non moins fameux "nouveaux leaders africains" soutenus par les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni au nombre desquels il faut notamment compter les Présidents Yoweri Kaguta Museveni de l’Ouganda et Paul Kagame du Rwanda.

2. Déclenchée par la guérilla victorieuse de la NRA de Museveni en Ouganda contre Milton Obote de 1981 à 1986, cette "guerre de libération régionale" qui a connu son premier succès avec l'accès au pouvoir en 1986 du " Hitler africain " Museveni en référence à son discours du 04/04/1997, devait se poursuivre au Rwanda avec l’offensive tragique du Front patriotique rwandais de Paul Kagame de 1990 à 1994, s’étendre ensuite en République démocratique du Congo et au Burundi tout en intégrant la Tanzanie, le Kenya, la Somalie, l’Ethiopie, l’Erythrée et le Soudan. Il s’agit en fait d’un plan de renaissance de la Grande Afrique de l’Est composée de ces dix pays d’Afrique susmentionnés.     

3. Les ambitions démesurées de certains leaders africains agissant au nom d'intérêts obscurs étrangers et/ou locaux les entraînent très souvent dans une entreprise d’extermination de leurs propres peuples, peuples dont ils n’ont pas honte, par ailleurs, de se proclamer les " sauveurs " et les "libérateurs" comme ce fut le cas au Rwanda.

4. Le projet sinistre d’édification en Afrique de l’Est d’un grand empire "nilotique" lui-même placé sous protection d’un méga empire anglo-saxon qui finirait par couvrir tout le continent africain explique en bonne partie les conflits fratricides qui endeuillent l’Afrique au quotidien, avec leur cohorte de crimes contre la paix, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide.

5. Dans pareilles circonstances, il nous semble urgent et légitime de s’interroger quant aux intentions réelles ou cachées, aux objectifs avoués ou inavouables, de la part de certains gouvernements dont celui du Rwanda, par rapport à leurs contributions multiformes aux missions de paix placées sous l’égide de l’ONU et/ou de l’Union Africaine comme actuellement au Darfour alors que leur collaboration avec la SPLA et donc leur absence de neutralité vis-à-vis de l'autre belligérant soudanais remonte de longue date.

6. Avant de prétendre stabiliser le Soudan ou un quelconque autre pays africain, le Rwanda devrait, au préalable, balayer devant sa propre maison. Bien plus que le général Karenzi Karake dont le rôle dans les massacres est assez bien connu, le général Paul Kagame doit tout d’abord avoir le courage de faire face à ses très lourdes responsabilité s dans le génocide rwandais dont la réécriture paraît dorénavant inévitable.

7. Quant à l’ONU, à l’Union Africaine et particulièrement aux Etats-Unis d’Amérique et au Royaume-Uni dont le rôle est, jusqu'à ce jour, largement sous-estimé dans le génocide rwandais et ses conséquences fort dévastatrices notamment en RDC, leur crédibilité pourrait être sérieusement compromise dans le cadre des tentatives de paix actuellement engagées au Soudan.

8. Enfin au peuple rwandais dans toutes ses composantes et, par-delà les divisions et déchirures savamment provoquées et cyniquement entretenues par une dictature impitoyable qui se nourrit de l’état de guerre permanent, nous lançons un appel pressant pour que, désormais, comme une seule et même personne, tous nos concitoyens se lèvent pour abattre le mur de séparation élevé entre eux par des dirigeants indignes et sans le moindre scrupule.

Fait à Bruxelles, le 21 Août 2007

© Déogratias Mushayidi(Sé)
Secrétaire Général & Porte-parole
Pour le Partenariat- Intwari

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Gén. Maj. Karenzi Karake, un criminel notoire, comme commandant adjoint de la force hybride ONU- UA

Major_General_Karenzi_KarakeRwanda-Soudan : Un criminel de guerre rwandais à la tête d’une mission  de maintien de la paix au Soudan

La semaine passée, l’ONU et l’UA ont entériné la nomination du Gén. Maj. Karenzi Karake, un criminel notoire, comme commandant adjoint de la force hybride ONU- UA qui doit être déployée au Darfour (Soudan).

De 1992 à 1994, Karenzi était le chef d’un escadron de la mort opérant à Kigali sous le couvert du GOMN (Groupe d’observateurs militaires neutres). La force avait été mise en place par l’OUA pour contrôler l’observation du cessez-le feu signé entre les rebelles du FPR et l’armée gouvernementale rwandaise.

L’un des forfaits à charge de Karenzi est l’assassinat de Gapyisi Emmanuel, président du « Forum Paix et Démocratie », un groupe de pression de l’opposition également hostile à l prise du pouvoir par les rebelles du FPR. Gapyisi était aussi un membre influent du comité exécutif du Mouvement Démocratique Républicain, MDR, le plus important parti d’opposition d’alors.

Karenzi est aussi cité par beaucoup de témoins comme étant l’instigateur de l’assassinat de Félicien Gatabazi, ministre des travaux publics et de l’énergie et secrétaire exécutif du parti d’opposition PSD. Les deux assassinats ont eu lieu peu avant l’attentat contre l’avion présidentiel, l’élément physique ayant déclenché le génocide rwandais.

Après la prise du pouvoir par le FPR en juillet 1994, Karenzi, en tant que chef des renseignements militaires, ordonna ou supervisa plusieurs exécutions extrajudiciaires. L’une de ces exécutions est l’assassinat du Dr Rwangabo Pierre Claver, leader du parti PSD qui avait été nommé préfet de préfecture de Butare, durant le premier gouvernement du FPR. Karenzi participa aussi à l’assaut du camp de déplacés de guerre de Kibeho qui coûta la vie, selon les casques bleus de la MINUAR qui étaient sur place, à plus de 8.000 personnes. Karenzi est aussi responsable de l’assassinant de Joseph Nsengumuremyi Ntivunwa, afin d’occuper illégalement les biens de son père feu Vincent Ntivunwa. Il élimina aussi son frère Bizimana après son retour d’exil du Kenya en 1995.

En tant que chef des opérations durant l’invasion de l’ex-Zaïre, Karenzi supervisa les massacres de réfugiés rwandais de 1996 à 1997. En tant que chef de la 2ème division  couvrant les préfectures de Gisenyi et Ruhengeri, Karenzi participa également aux disparitions de nombreux réfugiés rescapés de l’ex-Zaïre qui avaient été forcés de retourner au Rwanda en passant par des camps de transit à Gisenyi, entre 1998 et 2000.

Tous ces crimes bien documentés restent impunis. Le gouvernement du FPR n’a, en effet, jamais mené d’enquêtes sur ces crimes. Au contraire, Karenzi a reçu, en reconnaissance de ses loyaux services, une bourse d’étude d’abord au Kenya, puis en Afrique du Sud. De retour, il fut nommé commandant de la 4ème division couvrant les préfectures de Cyangugu, Gikongoro et Butare, poste qu’il cumulait avec celui de Président de la Cour Militaire, la plus haute juridiction militaire du régime.

En effet, en dépit du fait que le TPIR soit compétent pour entendre de ces crimes, toutes les tentatives ont été bloquées par le FPR et ses sponsors étrangers.

Sa nomination en tant que commandant adjoint d’une force de maintien de la paix au Darfour (Soudan) est une insulte à l’Afrique, au Soudan en tant qu’Etat, aux Soudanais du Darfour ainsi qu’à la mémoire des victimes rwandais de ses forfaits.

Bruxelles, le 13 Août 2007

© Dr Jean-Baptiste MBERABAHIZI
Secrétaire Général des FDU

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Théophile Obenga : "Appel à la jeunesse africaine"

Th_ophile_ObengaSamedi 28 juillet 2007
© Vitraulle Mboungou

Source

Rencontre avec le célèbre intellectuel africain à l’occasion de la sortie de son livre

Dans son dernier livre, le Professeur Théophile Obenga sort de son registre habituel en lançant un grand Appel à la jeunesse africaine, paru ce vendredi aux Editions Ccinia Communication. Face aux nombreuses tragédies qui touchent le continent africain, celui qui a été l’assistant de Cheikh Anta Diop appelle cette jeunesse à se réveiller, à sortir de son état de désoeuvrement et à agir pour la Renaissance africaine.

Appel à la jeunesse africaine est la dernière œuvre de l’historien, égyptologue et linguiste congolais, le Professeur Théophile Obenga. Persuadé que les Africains trouveront leur salut non en Occident, comme semblent le penser bon nombre d’entre eux, mais chez eux, il invite la jeunesse africaine à une meilleure connaissance de son Histoire. Théophile Obenga a étudié la philosophie à l’université de Bordeaux, l’histoire au Collège de France à Paris et l’égyptologie à Genève (Suisse). Il a également suivi une formation en sciences de l’éducation à Pittsburgh aux Etats-Unis. Docteur d’Etat ès lettres, ancien directeur général du Centre international des civilisations bantu à Libreville, au Gabon, il a participé à la rédaction de l’encyclopédie Histoire générale de l’Afrique réalisée sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Aujourd’hui, il est directeur du département d’études des civilisations africaines à l’université de San Francisco en Californie (Etats-Unis) et co-directeur de la revue d’égyptologie et des civilisations africaines Ankh éditée en France.

Afrik : Pourquoi Appel à la jeunesse africaine est il aussi différent de vos autres écrits ?

Théophile Obenga : C’est vrai, je m’occupe habituellement d’autres champs de recherche tels que l’histoire linguistique, l’anthropologie… Mais j’ai senti comme une nécessité d’écrire ce livre car nous vivons actuellement de grandes tragédies comme les pandémies, les jeunes qui meurent en mer dans les îles Canaries, le taux élevé de chômeurs dans les capitales africaines…La jeunesse est quasiment désœuvrée. En tant qu’intellectuel, je ne peux pas fermer les yeux sur tout cela. Je me pose donc des questions, je tente de comprendre le pourquoi du comment de ce malheur qui touche tout particulièrement la jeunesse en Afrique.

Afrik : En lisant votre livre, le moins que l’on puisse dire c’est que vous n’êtes pas tendre avec l’Occident : vous écrivez : « Dominer, coloniser, détruire, tel est le destin de l’Occident »...

Théophile Obenga : Notre couplage avec l’Occident dure depuis le XIII-XIVe siècle. Cela fait donc presque dix siècles que nous sommes ensemble. Nous parlons leur langue, leurs missionnaires ont étudié nos langues, ils sont venus chez nous, nous sommes venus chez eux, etc. Cependant quand nous faisons le bilan de cette longue cohabitation, que retirons-nous de bon ? Nous avons subi une longue traite négrière, il y a eu ensuite la découverte de l’Afrique qu’on a partagée à Berlin selon les intérêts exclusivement européens et non ceux de l’amitié Europe-Afrique. Puis il y a eu la grande colonisation, c’est-à-dire qu’on vous impose une culture, une langue, une administration, des manières de faire, de vivre et de penser qui sont celles du dominateur. On ne nous a jamais enseigné les langues africaines à l’école primaire mais seulement celle du colon. Même aujourd’hui, cette habitude perdure, le français reste la langue officielle dans des pays comme le Congo. C’est donc ce qu’on appelle l’aliénation culturelle, indépendamment de l’esclavage et de l’exploitation coloniale. Prenons l’exemple des matière premières comme l’uranium, lorsqu’ils le prennent au Gabon, ils s’en servent non pour aider au développement de l’Afrique mais pour construire des centrales nucléaires en France. Ils vident le continent africain de ses matières premières afin de développer leur propre continent. Aujourd’hui, ils apprennent la corruption aux chefs d’Etat africains, comment on vole l’argent destiné au service public. Je peux citer les exemples de Loïk Le Floch-Prégent qui a fait de la prison à la suite de l’affaire Elf au Congo, Paul Wolfowitz qui s’est servi dans la caisse de la Banque mondiale au profit de sa campagne, il a été contraint de quitter son poste de président parce que là-bas au moins il y a une justice. Je ne parle même pas de l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. Et ce sont ces mêmes personnes qui sont condamnées pour corruption dans leur propre pays, qui sont pris comme conseillers auprès des Chefs d’Etat africains.

Afrik : Ne pensez-vous pas justement que ces chefs d’Etat ont leur responsabilité dans tout cela parce qu’après tout, on ne leur force pas la main ?

Théophile Obenga : J’affirme juste que le « mariage » avec l’Europe n’a rien donné, qu’il faut par conséquent passer à autre chose. Malheureusement, nos dirigeants ne l’ont pas encore compris. Beaucoup croient encore en l’Occident. Ce n’est pas mon cas, je sais que mon salut ne viendra pas de l’Occident. Je respecte l’Occident, je fais des affaires avec elle mais contrairement à d’autres je ne le fais pas comme un soumis, un nègre esclave incompétent qui a peur de l’Occident, qui est complexé et qui a un sentiment d’infériorité. C’est fini tout cela, s’il faut traiter avec elle, nous devons le faire d’égal à égal. Malheureusement en Afrique, au Congo en particulier, lorsqu’une personne donne son avis sur une situation, même s’il est bon, il sera toujours moins considéré que celui d’un Occidental. C’est malheureux que les Noirs soient encore esclaves de la sorte. Voilà pourquoi je critique ces relations. Je ne critique pas juste pour critiquer, j’affirme ce que je constate, à savoir la réalité. Concernant nos chefs d’Etats, ils ne comprennent pas l’importance d’être franc devant l’argent, car celui-ci représente un pouvoir extraordinaire. Son rôle est avant tout de permettre le bien-être et le bonheur social d’un pays. Seulement voilà, nos chefs d’Etat manquent cruellement de cette force morale, cette éthique devant l’argent. Le résultat est qu’ils gardent tout pour eux et leur clan au détriment du reste de la population. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est qu’ils ont beau accumulé des millions dans des comptes cachés en Suisse ou ailleurs, à leur mort, cet argent ne leur appartient plus. Ni à eux ni à leur famille. Les héritiers de Mobutu, par exemple, n’ont rien touché des millions de dollars qu’il a laissé dans ses comptes suisses. Il est normal qu’un président ait un certain niveau de vie du fait de sa fonction mais il doit aussi penser au bien-être de son peuple. Ces chefs d’Etat manquent également de patriotisme, ce lien qui lie ton sang à celui de ton sol natal, ta nation. Il faut aimer son pays au-dessus de tout, c’est ce que font les Occidentaux. Le patriotisme, c’est lorsque Sarkozy dit «

La France m’a tout donné et en tant que Président je vais tout lui donner ». C’est exactement ce qui nous manque. Avez-vous déjà entendu un leader noir africain dire cela ? A cause de ce manque de patriotisme, ils restent enfermés dans leur clan de villageois, leurs ethnies tout en dirigeant la nation. Dans une nation faite d’ethnies, il y aura toujours des crises et des guerres parce que c’est le Nord qui a le pouvoir, le Sud est frustré et ainsi de suite. Tout cela n’engendre rien de bon.

Afrik : Vous avez également des propos très durs envers le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ?

Théophile Obenga : Pour moi, ce sont des malfrats. Nommez-moi un seul projet de la Banque mondiale ou du FMI qui a bien marché sur le continent africain ? Aucun ! Le meilleur élève, c’était le président Rawlings au Ghana mais qu’en a retiré son pays ? Tout le monde le dit, la littérature anglophone est encore plus violente à ce propos. Le FMI et la Banque mondiale sont également coscientes de leurs échecs. Ce n’est pas pour rien que beaucoup de pays les quittent, notamment ceux de l’Amérique latine, l’Argentine, le Venezuela, le Chili, le Brésil, etc. Où avez-vous vu une banque se créer pour aider quelqu’un à se développer ? L’essence même d’une banque, c’est de ne penser qu’à ses propres intérêts. Le FMI et la Banque mondiale ont détruit l’Afrique avec leurs plans qui n’ont ni queue ni tête et leur politique néo-libérale. On devrait les traduire en justice pour crimes économiques, il n’y a pas que les crimes de guerre ! Ils prétendent nous inculquer la bonne gouvernance alors que ce sont eux les plus corrompus, je me réfère encore au cas de Paul Wolfowitz.  

Afrik : Vous préconisez donc que l’Afrique cesse sa collaboration avec ces institutions comme l’a fait l’Amérique latine. Seulement, il semblerait qu’elle ait peur de ne pas s’en sortir sans elles…

Théophile Obenga : C’est juste une décision à prendre, les autres l’ont bien fait. Ce n’est pas si dur que cela. Seulement une fois que cette décision a été prise, il ne s’agit pas de rester là à jouer au tam-tam. Il faut s’organiser. Dans le cas de certains pays comme le Congo, ils ont l’hydrocarbure, c’est source de beaucoup de richesse, de plus ils ne sont pas nombreux. En gérant mieux, on peut aider le pays à se développer sans avoir à s’endetter. Maintenant s’il faut s’endetter, on n’ait pas obligé de passer par la Banque mondiale ou le FMI. Les Etats-Unis et la France qui sont des grandes puissances ont des budgets déficitaires. Ils ont une grosse dette vis à vis des pays comme la Chine. Pourquoi n’empruntent-ils pas l’argent à ces deux institutions ? Ils préfèrent, eux, se tourner vers d’autres Etats.

Afrik : Vous prônez également la Renaissance africaine, le panafricanisme : « le futur de l’Afrique est panafricain », dites-vous …

Théophile Obenga : J’ai constaté en étudiant l’histoire du monde que lorsqu’un peuple a été dans la misère, la souffrance, il cherche souvent à renaître. C’est arrivé au Japon avec ce qu’on appelle l’ère Meiji, en Turquie avec la venue d’Atatürk qui a complètement réformé le pays, aux Juifs avec la naissance de l’Etat d’Israël, l’Europe avec la renaissance européenne initiée par Churchill…Cette renaissance s’impose aussi en Afrique car nous avons subi le malheur pendant plusieurs siècles. Que nous reste-t-il, à part renaître à nouveau, reprendre un nouvel élan, un nouvel essor ? Il suffit de se servir de ses ressources naturelles, son intelligence pour se développer. C’est tout à fait normal si l’on suit l’histoire des peuples.

Afrik : Pensez-vous que cela soit possible à l’heure actuelle ?

Théophile Obenga : C’est tout à fait possible, nous avons tout ce qu’il faut, les cerveaux, l’imagination. Nous sommes largement gâtés par la nature avec les différents fleuves africains, les forêts encore vierges, les animaux sauvages qui n’existent qu’en Afrique, nous avons le sous-sol le plus riche du monde…. On réunit toutes les forces vives de l’Afrique, on fait ce qu’on peut faire pour notre génération. Chacun doit mettre son expérience personnelle et professionnelle au profit du continent. Et s’il y a des obstacles, il suffit de les contourner.

Afrik : D’où la phrase « la diversité culturelle africaine est une force » ?

Théophile Obenga : Bien sûr. L’idée que les différentes ethnies d’un pays ne peuvent s’unir, c’est n’importe quoi. Plus il y en a, plus nous sommes riches. Il suffit d’avoir une bonne méthodologie pour exploiter toute cette richesse. En France, il y a bien des Bretons, des Bourguignons, des Normands, des Picards, ils sont même plus divers que nous. Et comme ils ont l’esprit, l’âme française, ils n’ont aucun problème de cohabitation. C’est ce qui manque au peuple africain.

Afrik : Vous incitez également dès le début du livre, l’Afrique à se tourner vers l’Asie. Pourquoi ?

Théophile Obenga : La Chine ne nous a pas colonisés, nous n’avons pas vécu avec elle pendant des siècles. Ils viennent pour leurs intérêts, ils ont leur paradigme. Faisons affaire, « tu gagnes, je gagne ». Après, il suffit d’être vigilant afin de sauver ses intérêts. Alors qu’avec l’Occident, « c’est je fais, je gagne, si tu blague, je te tue ». Les Chinois n’ont pas tué Lumumba. Voilà pourquoi l’Europe est en train de perdre son pré-carré en Afrique. Ils vont perdre le Soudan où il y a du pétrole, le Niger où il y a l’uranium.

Afrik : Vous finissez le livre sur quelques orientations panafricaines…

Théophile Obenga : Il est important de s’organiser. Par exemple, la jeunesse africaine va se réunir à Bamako et créer un bulletin de liaison de la jeunesse panafricaine, clair et simple que tout le monde puisse lire et comprendre. Un bulletin qui sera aussi diffusé sur Internet et qui informera de l’action des jeunes partout sur le continent africain. 

Afrik : Vous travaillez depuis plusieurs années aux Etats-Unis. Pourquoi ce choix et pourquoi pas au Congo par exemple ?

Théophile Obenga : Avant j’avais une grande maison à Brazzaville, elle a été brûlée pendant la guerre. J’avais l’une des bibliothèques les plus riches d’Afrique. J’avais par exemple Le Code noir publié au temps de Louis XIV, les notes et les lettres que m’écrivait à la main Cheik Anta Diop, une bibliothèque que j’ai mis trente ans à constituer. J’étais complètement anéanti après cela, j’avais l’impression qu’on avait détruit mon cerveau. Il m’était donc impossible de rester au pays. J’ai voulu venir enseigner en France, mais ici la fonction publique ne recrute pas au delà de 50 ans. Ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis. Ils recrutent n’importe qui tant que tu leur apportes quelque chose, l’argent ou le savoir.

Afrik : Qu’espérez-vous concrètement en sortant ce livre ?

Théophile Obenga : Initier un grand débat sur la Renaissance africaine, ouvrir les yeux à cette jeunesse africaine qui accepte par dépit d’aller mourir dans la Méditerranée, et surtout à nos chefs d’Etats.

Théophile Obenga
Appel à la jeunesse africaine
Editions Ccinia Communication, juillet 2007, 19€

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17 août 2007

10 idées reçues sur l’Afrique

Afrique_des_id_es_re_ues©  L'INTELLIGENT | Afrique | 13 août 2007 -

Préjugés, clichés, lieux communs donnent une vision caricaturale du Sud-Sahara. Comment rétablir la vérité ?

L’Afrique noire est une terre de violence et de sauvagerie. Elle est minée par le sida et la corruption. Ses habitants ne connaissent que le tribalisme. Ils sont tous polygames, leurs femmes font trop d’enfants. Qui n’a entendu, en Europe, déclamer ce genre d’« évidences » ?

Il n’est pas question de nier les difficultés qu’affrontent les pays subsahariens. Malgré les progrès récents, le processus démocratique reste un peu partout fragile. Des conflits très meurtriers subsistent. La pauvreté, le chômage, les bidonvilles sont monnaie courante.

Tout cela est vrai, certes, mais réduire la vie de toute une région à des situations extrêmes, occulter ce qui marche pour ne retenir que ce qui cloche est de la désinformation pure et simple. « Les clichés partent de faits établis pour s’élargir à des constructions imaginaires ou mal étayées. Si les lieux communs contiennent souvent une part de vérité, tout le problème vient de leur généralisation. » C’est en partant de ce constat que Georges Courade, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), professeur associé à l’université de Paris-I, a souhaité offrir une vision plus juste du continent. Résultat : un livre collectif auquel il a associé une trentaine d’universitaires et qui, à la lecture, se révèle passionnante.

Si elles expriment une part de la vérité, les idées reçues traduisent surtout les peurs, les fantasmes, les ignorances de ceux qui les énoncent. En France, par exemple, quand on pense à l’Afrique, c’est l’Afrique francophone. L’agriculture, ce sont les villages du Sahel, ceux où s’activent les ONG, ceux où l’on meurt de faim. Comment s’étonner dès lors que les images de tout un continent soient aussi schématiques.

L’ouvrage de Georges Courade traite d’une cinquantaine d’idées reçues. Nous en avons retenu dix, particulièrement significatives, sur lesquelles nous apportons notre éclairage propre. L’Afrique des idées reçues, sous la direction de Georges Courade, éd. Belin, 400 pages, 35 euros. Voir le compte rendu dans J.A. n° 2371 du 18 juin 2006.

1 - « Le tribalisme explique tous les conflits »

Pendant le génocide rwandais de 1994, lorsque les images des massacres ont fait le tour du monde, certaines bonnes consciences occidentales se sont indignées en voyant les tueurs se servir de machettes plutôt que d’« armes modernes ». C’était une réprobation non pas de l’acte de tuer, mais de la manière. Comme si on pouvait rechercher un degré d’humanité dans l’horreur. L’indignation véhiculait également une vision du monde réduisant les Africains à une irrationalité telle qu’ils passent leur temps à s’entre-tuer, empêtrés dans des logiques d’un autre âge qui mènent à des conflits ethniques, tribaux où s’expriment leurs instincts primitifs, pardon, premiers. Il ne peut s’agir, donc, que d’un accès de sauvagerie, de barbarie.

Si l’on en croit certains prétendus spécialistes, l’Afrique est un vaste champ de bataille dévasté par des guerres sans fin. En regardant les choses de plus près, l’on se rend compte que toute l’Afrique ne s’est pas embrasée et que les conflits armés touchent des pays bien précis, presque de manière récurrente. L’alarmisme ambiant voudrait faire oublier que la formation des nations s’est toujours faite, à travers l’Histoire, dans le sang. Les nations africaines, en pleine constitution, peuvent-elles évoluer autrement en s’inspirant simplement de l’expérience des autres, vieille de plusieurs siècles ? S’étonner de la persistance des conflits en Afrique, vouloir que ce continent soit plus sage que ne l’ont été les autres au cours de leur évolution, n’est-ce pas vouloir dire qu’il ne fait pas partie de cette humanité dont la marche est caractérisée par le meilleur et par le pire ?

Les bien-pensants, dans leurs expertises, sont devenus myopes au point de voir dans tout soubresaut sur le continent un retour aux temps de la barbarie. Toute guerre civile est ethnique, tribale. Cela sous-entend que les Africains, aujourd’hui comme hier, sont incapables de penser le politique. Ceux qui prennent les armes ne cherchent qu’à défendre leurs tribus. Il n’y aurait, donc, aucune préoccupation idéologique, politique, sociale, économique. Aucune revendication digne d’intérêt. L’Afrique ne serait qu’une superposition de tribus et d’ethnies irrémédiablement hostiles les unes envers les autres, ne cherchant qu’à s’entre-tuer à la moindre occasion, prisonnières des ténèbres des origines.

Les conflits en Afrique, comme partout, sont nés de frustrations, d’espoirs déçus face à l’impéritie de dirigeants incapables de répondre aux aspirations du plus grand nombre. Ce ne sont pas des ethnies, des tribus qui s’arment pour se défendre, mais des groupes déterminés à prendre le pouvoir. Que ceux qui cherchent à changer le monde se transforment ensuite en bandits, en criminels, c’est une autre histoire. Au départ, au-delà de toutes les ambitions, il y a d’abord une démarche politique. Les dérives ethniques ou tribales que l’on peut constater parfois sont le fait d’hommes politiques qui jouent sur la fibre identitaire.

Peut-on sérieusement attribuer le qualificatif ethnique à l’irrédentisme fréquent dans
la Corne de l’Afrique ? À la crise ivoirienne ? Aux guerres civiles en République démocratique du Congo, au Burundi, au Liberia, en Sierra Leone, en Angola ou au Mozambique ? Quelles étaient les ethnies en présence ? La guerre du Biafra fut-elle une opposition des Ibos contre un État fédéral nigérian ou contre les autres composantes ethniques du pays ?
Des atrocités ont été commises dans beaucoup de conflits. En Sierra Leone, les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) ont coupé des bras et des jambes à des civils. Mais faut-il considérer de tels actes comme une particularité africaine, quand on sait que l’horreur est le propre de toute guerre, quels que soient les moyens utilisés ?

Ceux qui accusent l’Afrique d’être singulièrement belliqueuse devraient plutôt se rappeler que toute l’Histoire de l’humanité n’est qu’une longue série de massacres. Le sang versé a fini par amener les peuples à rechercher les vertus de la paix.

2 - « Elle n’est pas prête pour la démocratie »

C’est une antienne, un refrain que certains fredonnent régulièrement depuis des années par ignorance ou peut-être par condescendance. Par lassitude aussi du hold-up récurrent des urnes ou des éternels conflits post-électoraux, des partis politiques aux contours ethniques et régionalistes qui se grippent ou des opposants qui se vendent au plus offrant. Par méfiance à l’égard de tous ceux qui restent dans leur fauteuil au prix d’accommodements avec
la Constitution ou des courtisans qui les y exhortent. Par refus d’une démocratie financée de l’extérieur qui renouvelle si peu ses élites et sa pratique qu’elle passe pour une greffe qui ne peut pas prendre.
Ce serait donc une affaire entendue : « l’Afrique n’est pas prête pour la démocratie », et ce quasi culturellement. Elle s’y serait laissé entraîner au mieux par mimétisme, au pire contrainte et forcée à coups de trique de bonne gouvernance politique, économique, judiciaire. Sans être pour autant arrivée à rentrer dans le rang.

Il y avait Gnassingbé Eyadéma au Togo, Moussa Traoré au Mali, Maaouiya Ould Taya en Mauritanie, Ange-Félix Patassé en Centrafrique et, auparavant, la plupart des « pères de la nation », de Félix Houphouët-Boigny à Amadou Ahidjo, de Sékou Touré à Dawda Jawara, de Daniel arap Moi à l’inénarrable Dr Hastings Kamuzu Banda du Malawi… Il y a encore Robert Mugabe au Zimbabwe, Mélès Zenawi en Éthiopie, Issayas Afewerki en Érythrée, Yoweri Museveni en Ouganda, Idriss Déby Itno au Tchad, Lansana Conté en Guinée, Yahya Jammeh en Gambie… à qui nul ne songerait, naturellement, à donner les clés de la maison-démocratie.

Stephen Smith écrit dans Négrologie : « Certes, entre 1990 et 2000, quatorze chefs d’État ont quitté le pouvoir à la suite d’une défaite dans les urnes, contre un seul au cours des trente années précédentes ; cependant, à la fin 2002, encore vingt et un des cinquante-trois chefs d’État africains exerçaient leur fonction depuis plus de quinze ans, trois d’entre eux - outre le Togolais Eyadéma, le Gabonais Omar Bongo Ondimba et le Libyen Mouammar Kaddafi - étant au pouvoir depuis plus de trente ans. L’Afrique, avec le monde arabe, reste le Jurassic Park des “dinosaures”… »

Pour autant, l’Afrique de la démocratie n’est pas née à la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, et la fin de la guerre froide. Elle n’a pas davantage complètement rompu puis renoué totalement avec elle à l’aube des années 1990. À la veille des indépendances, la compétition politique ouverte a existé un peu partout sur le continent : entre Léopold Sédar Senghor et Lamine Guèye au Sénégal, Modibo Keita et Fily-Dabo Sissoko au Mali, Hamani Diori et Zodi Ikhia au Niger, Patrice Lumumba et Joseph Kasavubu au Congo…

C’était là, peu ou prou, l’illustration de la réalité d’une certaine pratique démocratique. Et celle-ci aurait sans doute continué à exister et à se développer, au lieu d’être devenue ce kit qu’on a du mal - à moins que ce ne soit de la mauvaise volonté - à monter. Qu’on la perçoive comme un ressort ou un ensemble de principes, la démocratie ne peut pas être totalement étrangère aux Africains. Il y manque, hélas, la prime qui va avec : l’amélioration des conditions de vie, le sel dont elle se nourrit, car la seule renaissance à la liberté ne suffit pas. Sinon, sans remonter au matin du monde, qui peut dire que le continent, à aucun moment et nulle part, n’a forgé une histoire et connu une culture propices à la démocratie ? Celle-ci fait partie de son patrimoine. Il l’a seulement exploitée à sa manière, dont on peut légitiment se demander si elle est bonne ou mauvaise.

Voilà la question qui se pose et à laquelle la classe politique, les dirigeants en tête, n’apporte pas toujours, loin s’en faut, une réponse appropriée. Certains se sont, au contraire, évertués à dilapider l’héritage, si modeste soit-il. Les tenants, hier, du parti unique sont devenus, aujourd’hui, ceux qui le perpétuent après l’avoir habillé aux couleurs du pluralisme politique. Les opposants qui accèdent au pouvoir se comportent souvent comme ceux qu’ils dénonçaient la veille encore. Et c’est ce poker menteur qui entretient l’idée - reçue - que « l’Afrique n’est pas prête pour la démocratie ».

3 - « Il n’y a pas d’entrepreneurs »

Y a-t-il des entrepreneurs en Afrique ? Ne posez jamais cette question aux étudiants de l’Institut africain du management (IAM) de Dakar, vous risqueriez de les froisser. Et si les futurs businessmen du continent sont désormais formés en Afrique, leurs aînés n’ont pas attendu les années 2000 pour devenir de véritables patrons. En Afrique du Sud, les golden boys de l’ère Mbeki ont su profiter de la politique de Black Economic Empowerment pour constituer une véritable élite économique. Patrice Motsepe, qui préside la compagnie minière Harmony, Cyril Ramaphosa, qui tient la barre de Shanduka Group, et Tokyo Sexwale, qui dirige Mvelaphanda Holding, sont présents dans tous les secteurs d’activité - depuis l’extraction minière jusqu’à la haute finance en passant par le commerce et les médias - et pèsent plusieurs milliards de dollars.

Au-delà de la réussite exemplaire de ces capitaines d’industrie d’envergure internationale, force est de constater que chaque pays compte un certain nombre d’hommes d’affaires qui, avec un capital de départ parfois modeste, sont parvenus à s’imposer dans leur catégorie. En Afrique de l’Ouest, on trouve leur origine dans les réseaux marchands qui ont su prospérer en marge des grandes filières de l’économie coloniale. Cette classe de commerçants a ensuite évolué avec des fortunes parfois surprenantes. Même si, comme le soulignent les auteurs du livre L’Afrique des idées reçues, « au lieu de valoriser les négociants débrouillards dans un univers très incertain et un maquis de tracasseries, on les désigne comme des spéculateurs, des fraudeurs et des profiteurs ».

Pourtant, ces hommes d’affaires ont su prendre des risques et investir. Souvent dotés d’un bagage scolaire minimal, ils ont bâti de véritables empires à la lisière de l’informel, notamment dans les pays du Sahel. Les plus audacieux sont sortis du négoce pour se lancer dans des opérations plus exigeantes en capital... et plus risquées. Ainsi, El Hadj Oumarou Kanazoé, PDG du groupe éponyme, est devenu le numéro un burkinabè du BTP en faisant directement concurrence à Bouygues, Colas et Sogea. Idem pour le Malien Cheikna Kagnassi, dirigeant du groupe L’Aiglon, basé en Suisse. Après avoir prospéré dans le négoce des matières premières agro-industrielles, il a investi dans l’industrie de transformation en créant

La Compagnie cotonnière ivoirienne (LCCI), à la faveur de la privatisation de la filière en 2001. Cette initiative a néanmoins débouché sur un échec, signe que le passage du commerce à l’industrie constitue une étape périlleuse.

Toutefois, les Kanazoé et autres businessmen, privés de formation en management, ont fait la preuve de leurs capacités à gérer de grandes entreprises avec les moyens du bord. Ils ont progressivement diversifié leurs activités, créant des sociétés dès que la nécessité s’en faisait sentir. Pour ensuite amorcer un mouvement de consolidation, étape impérative pour pouvoir présenter un bilan cohérent et solliciter l’octroi de prêts auprès des établissements bancaires. Preuve de leur succès, les « empires » qu’ils laisseront à leurs héritiers - eux-mêmes formés dans les meilleures écoles de commerce d’Europe ou des États-Unis - font désormais concurrence aux multinationales.

Ces capitaines d’industrie font encore bien souvent figure d’exception dans un environnement culturel marqué par un fort contrôle social, souvent dissuasif pour l’initiative privée. Longtemps, la pression communautaire a encouragé le conformisme et découragé la responsabilisation individuelle. Toutefois, l’urbanisation, accusée de pervertir les traditions, favorise des comportements plus individualistes. Chacun doit compter davantage sur soi, ce qui est une incitation à entreprendre.

4 - « Elle reçoit plus d’argent qu’elle n’en rembourse »

L’importance de l’aide étrangère demeure cruciale pour la plupart des quarante-huit pays de l’Afrique subsaharienne (ASS), alors qu’elle est devenue symbolique sinon dérisoire pour les autres régions du monde en développement. C’est une vérité incontournable, au moins jusqu’en 2025. Cette aide a évolué, certes, en dents de scie de 1960 à la fin des années 1990, mais, depuis l’an 2000, elle est en hausse jusqu’à atteindre son apogée en 2015 avec 50 milliards de dollars, contre 25 milliards en 2004 et 14 milliards en 2000.

Ces flux font de l’ASS le sous-continent relativement le plus aidé avec 44 dollars par habitant en 2005, deux fois plus qu’en 2000 et trois fois plus que la moyenne mondiale. Indicateur corroboré par le poids de l’aide dans l’économie : pour 80 % des pays de l’ASS, elle représente 5 % de leur production annuelle (produit intérieur brut). Pour 20 % d’entre eux, cette dépendance est encore plus lourde (10 % ou plus), notamment pour le Burundi, l’Érythrée, le Malawi, la Sierra Leone, le Mozambique, le Rwanda, le Cap-Vert, la Guinée-Bissau, la Centrafrique et l’Éthiopie. 

Sans cette perfusion, les États africains concernés ne pourraient honorer leurs obligations souveraines : payer les fonctionnaires et assurer le fonctionnement des services publics de base (santé, éducation, infrastructures, sécurité). Cette utilisation de l’aide n’a pas été d’une grande efficacité dans les années 1960 et 1970, au cours desquelles certains États africains étaient embarqués dans la guerre froide entre les deux grandes puissances de l’époque, l’Union soviétique et les États-Unis. La première fournissait de l’aide militaire à profusion et la deuxième un concours financier facile à détourner par les dirigeants.

Le bilan de ce formidable gâchis (près de 300 milliards de dollars) n’a jamais été sérieusement établi, à supposer qu’il puisse l’être un jour. Les intérêts des uns et des autres étaient tellement imbriqués qu’il est impossible de distinguer les tricheries des vrais échecs économiques. Le résultat est qu’aujourd’hui l’ASS en est au même point qu’en 1960, sinon en recul, alors que l’Asie et l’Amérique latine, qui ont elles aussi subi des dictatures, des guerres et des catastrophes naturelles, ont parachevé leur décollage.

La conséquence de tout cela est une baisse générale de l’aide d’origine publique sous sa forme classique et la meilleure, l’aide-projet. La moitié de l’aide est désormais consacrée au remboursement des impayés d’avant 2004. Pour solder le compte des années perdues, les gouvernements occidentaux ont décidé en 2005 d’effacer l’ardoise et de ne plus accorder autant de prêts que par le passé. L’essentiel de leurs nouvelles interventions se fait désormais sous forme de dons.

Mais ce geste de salubrité publique, tant réclamé par les organisations non gouvernementales, est considéré comme une nouvelle aide… alors qu’il n’a pas d’effet direct sur le développement économique (création d’emplois, valeur ajoutée). Il permet seulement de soulager le fardeau du budget des États endettés : les économies ainsi réalisées (pas de service de la dette à payer) sont censées financer des programmes de réformes administratives et des projets sociaux. Par exemple, sur les 23 milliards de dollars d’aide comptabilisés en 2005,
la Banque mondiale estime la partie hors dette à 13,2 milliards de dollars.

Donc, les gouvernements occidentaux augmentent leur aide pour effacer la dette et réduisent le montant de leurs prêts (voir infographie p. précédente) : pour 2006, les dons ont atteint 36,9 milliards de dollars, et les prêts 1,8 milliard (dans la mesure où le remboursement des échéances encore dues dépasse de 1,8 milliard les versements reçus au titre des nouveaux prêts). Soit un flux net de 35,1 milliards de dollars. Pour la première fois depuis 2000, ce flux est inférieur à celui émanant du secteur privé sous forme d’investissements directs étrangers et de prêts bancaires privés (voir infographie). À l’avenir, il y aura ainsi de moins en moins de prêts publics et de plus en plus de capitaux privés. En espérant que cet inversion de tendance se fera cette fois dans l’intérêt de l’ASS et pas seulement de celui des bailleurs de fonds.

5 - « L’agriculture est archaïque et figée »

Lorsqu’elle n’est pas sabordée par les choix politiques comme au Zimbabwe ou utilisée à des fins géopolitiques et militaires (des famines délibérément provoquées pour être utilisées comme arme), l’agriculture demeure en Afrique le paradoxe des paradoxes. Sur tout le continent, du nord au sud, d’est en ouest, les ressources abondent, les surfaces cultivables sont innombrables et le secteur primaire devrait occuper un rôle de premier plan dans la croissance économique.

Mais la réalité est tout autre. Rudimentaire et peu mécanisée, extensive plus qu’intensive en raison du coût des intrants, fragmentée en petites exploitations dont la superficie n’excède pas deux hectares et confrontée à l’insuffisance des ressources en eau, l’agriculture africaine souffre de pesanteurs économiques et culturelles dont l’ampleur provoque des tensions grandissantes sur fond d’explosion démographique.

La révolution verte prônée par de nombreux gouvernements au sortir des indépendances dans les années
1960 a fait long feu. Pis, la filière agricole satisfait de moins en moins les besoins des populations. Malgré de bonnes performances, particulièrement en Afrique de l’Ouest, où la campagne céréalière 2006-2007 affiche une hausse de 3 %, à 15 millions de tonnes, les instituts agronomiques et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur la situation alimentaire du continent et le repli des rendements. Dans un rapport publié en 2005, l’un d’eux - l’américain International Food Policy Research Institute (Ifpri) - prédisait 38 millions d’enfants malnutris d’ici à 2015, contre 32 millions en 1997. Plus globalement, 250 millions de personnes sont sous-alimentées au sud du Sahara.
Les facteurs exogènes comme les aléas climatiques, la fluctuation des marchés internationaux, l’aide alimentaire déstabilisante pour les marchés domestiques ou les guerres ne suffisent pas à expliquer cette situation. Les choix opérés par les pouvoirs publics africains, qui ont préféré privilégier les cultures de rente ou les activités plus rémunératrices comme l’extraction pétrolière et minière, ont été des facteurs aggravants ayant précipité la ruine du paysannat et son exode vers les villes, même si 70 % des populations continuent de vivre en zone rurale. Faute d’incitations, d’accès aux crédits, de budgets ambitieux (moins de 1 % des budgets nationaux sont consacrés à l’agriculture) et d’infrastructures (routes, entrepôts…), le secteur reste confiné et son essor hypothéqué par des pratiques comme la divagation des cheptels ou les feux de brousse.

À quoi s’ajoute un droit rural particulièrement rigide. Ancré dans les règles coutumières, ce dernier accorde rarement la propriété du sol à celui qui le cultive, ce qui n’incite guère le paysan à investir ou enrichir un sol dont il ne sait s’il pourra continuer de l’exploiter à l’avenir.

Malgré ces difficultés, certaines expériences prometteuses pourraient être généralisées. Celle de Tonka, au Mali, montre qu’une gestion durable des terres conjuguée au regroupement du paysannat en coopératives peut donner de très bons résultats. Dans des conditions climatiques rigoureuses, cette région du Nord malien est devenue un exemple de rendement et de productivité. Par leur connaissance du milieu et le recours à la polyculture, qui a permis de contrebalancer l’absence d’engrais et de freiner l’appauvrissement des sols, ces agriculteurs ont évité une situation plus dégradée encore. Ce qui prouve que le savoir-faire du paysan africain n’est pas à mettre en cause. Bien au contraire.

Volet important de l’aide au niveau mondial, la relance de l’agriculture est l’un des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) (voir pp. 104-107). Une priorité qui a incité de nombreux États à revoir leur approche du secteur, notamment du point de vue de la sécurité alimentaire. Reste que la diminution de la moitié du nombre de personnes souffrant de malnutrition d’ici à 2015 sera difficilement réalisable.

6 - « Les chefs d’État sont tous corrompus… »

Depuis le début des années 1960 et les beaux jours de l’aphorisme inventé par le journaliste Raymond Cartier («
La Corrèze plutôt que le Zambèze »), l’idée selon laquelle la corruption est un mal « culturel » africain tandis que l’aide au développement va directement dans les poches des « dictateurs » demeure endémique au sein de l’opinion des pays riches. Idée reçue ? En grande partie, oui, surtout lorsqu’elle sous-entend que les sociétés occidentales, où règne l’État moderne tourné vers le bien public, ne connaîtraient, elles, qu’une dose infime de vénalité. En Italie, en France (scandales Elf et Carrefour du développement), aux États-Unis (Enron), au Japon (neuf Premiers ministres sur quinze sont tombés à la suite des affaires de corruption entre 1955 et 1993), le mal existe aussi, même s’il est plus diffus et moins visible. Tout comme il est illusoire de croire que les systèmes démocratiques à l’européenne, avec leurs contre-pouvoirs, seraient le moyen infaillible de lutter contre ce phénomène.

En Afrique, ni les dirigeants sénégalais, ni les responsables sud-africains (le cas de l’ex-vice-président Jacob Zuma est à cet égard emblématique) ne sont à l’abri. Quant aux rares responsables qui se sont engagés avec détermination dans la lutte contre la corruption, à l’instar du Burkinabè Thomas Sankara, les résultats obtenus n’ont guère été probants.
Pourtant, cette idée reçue comporte une part de vérité. Certes, il n’est plus possible aujourd’hui de détourner grossièrement une aide de mieux en mieux contrôlée, mais dans des sociétés où prévalent souvent les relations familiales et ethniques et où la notion de service public est en grande partie absente, la corruption de survie et de proximité est la règle. Une enquête réalisée en 2003 au Kenya sur ce phénomène montre que le citoyen kényan dépense en moyenne un tiers de son salaire mensuel en pots-de-vin divers. Quand des pratiques de ce genre sont aussi fortement ancrées dans les mœurs et tolérées par la société, comment ne pas penser que le mauvais exemple vient du sommet ? Après tout, bien rares sont, sur le continent, les chefs d’État qui vivent de leurs émoluments et dotations dûment fixés et contrôlés par l’État et la représentation nationale. Même si la grande prédation d’autocrates absolus (type Mobutu) ou tempérés (type Houphouët) est de moins en moins fréquente, et surtout possible, grâce au travail des ONG et à la prise de conscience des bailleurs de fonds, le doute persiste.

En réalité, si problème culturel il y a, il est ailleurs. Contrairement aux pays du Nord (Europe, Asie, États-Unis), où la corruption se pratique à des fins quasi exclusives d’enrichissement personnel - hommes politiques, patrons spécialistes de l’abus de bien social, actionnaires fermant les yeux sur la falsification des comptes, évadés fiscaux, etc. - la « grande » corruption africaine, celle des chefs, est aussi une affaire de redistribution. Beaucoup des corrupteurs du continent ne se reconnaissent pas dans la définition du Robert, pour qui corrompre c’est « engager quelqu’un par des dons, des promesses et autres moyens condamnables à agir contre sa conscience ou son devoir ». En revanche, tous savent qu’ils doivent suppléer eux-mêmes aux défaillances d’un État faible et embryonnaire, qui ne joue pas son rôle de redistributeur de richesses, sous peine de devenir impopulaires. Un chef d’État vertueux, dont les tournées à l’intérieur du pays ne sont pas accompagnées de la mallette à billets, laquelle sert aussi à financer des projets concrets, est rapidement taxé de « pingrerie ». « L’honnêteté c’est bien, mais ça ne se mange pas », disait-on à Ouagadougou dans les années 1980. Et gare à celui qui prétend s’enrichir sans distribuer !

Cette spécificité a un nom : le clientélisme. Elle n’ôte certes rien au scandale économique que constitue l’investissement à l’étranger de biens détournés chez soi, pratique courante chez certains dirigeants du continent. À la différence de la corruption « asiatique », qui a été l’une des bases du développement de pays comme
la Malaisie, Singapour, l’Indonésie ou Taiwan, la grande corruption « africaine » ne sert en effet à rien d’autre, une fois la part de redistribution donnée, qu’aux dépenses somptuaires et aux achats immobiliers de précaution en Europe, aux États-Unis, voire en Afrique du Sud, au cas où le pouvoir viendrait à lâcher. Reste que, même si la corruption des élites est très loin d’être une tare dont l’Afrique aurait le monopole, elle n’en est pas moins un exercice courant et, surtout, largement accepté, tant qu’elle s’inscrit dans le cadre de l’échange social. L’éradiquer est une tâche impossible, ici comme ailleurs. La contrôler, voire en diminuer l’ampleur, suppose à la fois l’édification d’un État structuré et impartial, et une remise en cause du fonctionnement et des normes de la société. Autant dire que le combat sera long.

7 - « Le sida va la rayer de la carte du monde »

Très vite identifié comme maladie sexuellement transmissible, donc chargé de tabous, le sida, comme en son temps la syphilis, devait trouver ses coupables. En Afrique subsaharienne, dès son apparition, il fut considéré par l’opinion publique comme une maladie propagée par les Blancs pour décimer les populations noires. On se perdit en conjectures toutes plus irrationnelles les unes que les autres (virus échappé de laboratoires, chercheurs démoniaques…).

Au début des années 1980, tandis que les statistiques relevées en Afrique par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indiquaient l’inexorable progression du VIH, nombre d’Africains perçurent comme une offense le poids accablant d’une accusation souvent insidieuse portée par les médias occidentaux. L’idée s’imposa que l’Afrique allait se dépeupler irrémédiablement. On était passé, en moins de dix ans, d’une obsession de natalité galopante - véritable hantise des puissances occidentales au prétexte qu’elle mettait en péril les réserves nutritionnelles de la planète - à une démographie en chute libre, jusqu’à faire disparaître les populations africaines.

C’était oublier que l’Afrique n’est pas une mais multiple. Que, face au sida, la mosaïque des peuples qui l’habitent offre des comportements très variables selon l’environnement, la religion, la culture, les traditions, la politique en cours ou l’économie. D’un pays à l’autre, d’une décennie à l’autre, on observe ainsi des ripostes collectives d’une grande diversité face à l’irruption du sida : le VIH qui s’était déclaré en même temps à Kinshasa, Kampala, Kigali et Lusaka est resté stable dans la capitale de
la RDC, tandis que le nombre des personnes contaminées explosait dans les trois autres capitales, sans explication simple et évidente.

Mieux, on constate à présent que les premiers pays touchés d’hier peuvent être aujourd’hui parmi les moins affectés, et inversement. Rien ne laissait augurer, il y a quinze ans, que l’Ouganda, où ne survivaient plus que les vieillards et les enfants, serait en 2006 présenté comme « modèle à suivre », avec une diminution de l’infection (4 % de prévalence en 2004 contre 13 % en 1990), chez les adolescentes plus particulièrement.

Une part de ce succès est à mettre au crédit est de l’association Taso (The Aid Support Organisation). Sa fondatrice, Noreen Koliba, emblème africain de la lutte contre le sida, voulait que « l’Ouganda continue à apporter la preuve que l’épidémie recule devant les interventions humaines […]. L’utilisation du préservatif chez les femmes célibataires de 15 à 24 ans a presque doublé en six ans et un nombre important des femmes de ce groupe d’âge ont retardé leur activité sexuelle ou pratiquent une totale abstinence ». À l’inverse, le Cameroun est entré dans la phase la plus explosive de l’épidémie alors qu’on le tenait pour le “miraculé” des années 1980 et qu’il avait lancé à l’époque des campagnes de prévention très hardies.

La pauvreté, souvent incriminée, n’est pas un facteur décisif : le Botswana, qui dispose d’un système de santé performant, a atteint le seuil critique des 40 % de prévalence chez les 15-49 ans.

L’Afrique ne sera pas rayée de la carte du monde, même si environ 25 millions de ses habitants sont porteurs du virus du sida. Le danger est autre : en frappant de plein fouet la génération la plus active, la maladie pèse lourdement sur les économies, à commencer par l’agriculture, où le manque de bras actifs compromet à la longue la sécurité alimentaire. Depuis 1985, sept millions de travailleurs agricoles sont morts du sida. Le VIH réduit aussi à néant les efforts sanitaires pour améliorer la longévité des Africains : l’espérance de vie à la naissance avait longtemps stagné à des niveaux très bas avant de s’élever à 60 ans dans la décennie 1970.

8 - « La forêt recule... »

Parce qu’elle capte le dioxyde de carbone (CO2), la forêt est souvent présentée comme le poumon de la planète. Elle contribue à la production de l’oxygène, qui lui-même participe à la formation de la couche d’ozone, dont le rôle est de protéger l’atmosphère terrestre des rayonnements ultraviolets. À l’heure du réchauffement climatique, de la fonte des glaciers et du battage médiatique sur l’étendue du trou de la couche d’ozone, les habitants de
la Terre portent tout naturellement leur regard sur ce qui reste du couvert forestier, notamment dans certaines régions d’Afrique, où la nature l’a fait particulièrement dense. Le constat semble unanime : sous les coups de boutoir de ses habitants ainsi que des entreprises forestières, la forêt recule !

Vrai ou faux ?

Pour Alain Morel, géographe à l’université Joseph-Fourier de Grenoble, coauteur de L’Afrique des idées reçues, cette assertion n’est pas fondée. « En Afrique centrale atlantique, depuis cinq cents ans au moins, malgré la mise en valeur qui continue, la forêt reconquiert la savane, par progression sur ses marges et par recolonisation d’îlots. » Selon lui, la forêt devrait encore progresser sur les savanes pendant des millénaires, réoccupant le domaine qu’elle avait déjà occupé. Les paléo-botanistes sont du même avis, puisqu’ils ont établi le même constat depuis les années 1990.

La représentation occidentale du recul de la forêt recèle néanmoins une part de vérité. La plupart des pays africains perdent leur forêt pour des raisons qui tiennent à la fois de l’économie nationale, avec la coupe des essences commerciales, mais aussi à cause du défrichement et des feux de brousse opérés par les agri­culteurs. À quoi il faut ajouter les besoins domestiques des populations. Résultat, entre 1976 et 1980, 1,3 million d’hectares de forêts denses auraient été déboisés. La décennie suivante, entre 1980 et 1990, 4,8 millions d’hectares ont été coupés et 5,3 millions entre 1990 et 2000.

En Côte d’Ivoire,
500 000 hectares de forêt disparaissent chaque année du fait de l’agriculture itinérante sur brûlis. De 15 millions d’hectares en 1956, le couvert forestier ivoirien n’était plus que de 2,7 millions en 1990. Cet espace, traversé par des axes routiers, est aujourd’hui occupé par les plantations de café et de cacao.
Au Cameroun, le bois représentait en 1999 le quart des exportations du pays. Des scieries, des routes tracées pour évacuer les grumes ou approvisionner les usines de transformation gagnent chaque jour du terrain sur la forêt et sa biodiversité. Et l’absence ou la faiblesse de l’État dans la régulation de ces activités conforte l’idée que l’exploitation des essences commerciales de la forêt n’est pas maîtrisée.

Mais cette idée très répandue est une fausse évidence. L’exploitation forestière ne dégrade le massif du Congo que de l’intérieur. En revanche, sur ses marges, à la lisière des savanes, la forêt progresse, et « elle avancerait davantage si les feux de savane allumés par les populations ne ralentissaient pas sa progression », soutient Charly Favier, de l’université de Montpellier, chef d’une mission d’étude déployée au Cameroun depuis le 10 janvier 2007.

Il est vrai que, de 2000 à 500 avant J.-C., la forêt équatoriale africaine a connu un recul important devant la savane. Mais, depuis un millénaire, la tendance s’est inversée. Selon les chercheurs, cette évolution expliquerait la migration des Bantous vers l’Afrique australe, au moment où la forêt régressait devant la savane. Le recul dont on parle aujourd’hui est plus fantasmé que réel. Il est inspiré par le spectacle de pans entiers de forêt dévastés par l’activité humaine. Seulement, les médias ne s’intéressent pas au reboisement parallèle, moins spectaculaire, il est vrai.

9 - « Les Africains font trop d’enfants »

C’est peu dire que l’Afrique connaît actuellement une croissance démographique exceptionnelle. Certes, au nord du continent, tout comme dans la partie australe, la natalité a connu une forte baisse au cours des dernières décennies, pour s’établir à environ 25 pour 1 000 habitants dans ces deux régions. Mais elle reste très forte dans les régions intertropicales. Du Bénin à
la Tanzanie en passant par le Congo et le Burundi, les taux sont presque partout égaux ou supérieurs à 40 pour 1 000.
Comme, parallèlement, grâce aux progrès sanitaires, la mortalité a régulièrement baissé au cours des dernières décennies, le taux de croissance naturelle, 2,5 % par an, fait doubler la population à chaque génération.

L’Afrique étant le moins urbanisé des continents, une grande partie de la population reste marquée par le schéma sociofamilial traditionnel : seule une progéniture nombreuse permet de compenser la forte mortalité infantile. Cette dernière, il est vrai, est encore très élevée : presque 10 % (pour les enfants de 0 à 5 ans) au sud du Sahara contre 0,7 % dans les pays développés.

Dans les campagnes africaines, en outre, l’âge du mariage des filles reste très bas : la période de fécondité des femmes s’en trouve d’autant allongée. La fécondité reste ainsi très élevée : près de 6 enfants par femme un peu partout, avec des pointes à 7 dans quelques pays (Mali, Ouganda) et même à 8 au Niger, record mondial absolu ! À ce rythme, la population au sud du Sahara devrait doubler d’ici à 2050, passant de 750 millions (en 2005) à 1,5 milliard.

Aussi spectaculaire soit-elle, la croissance de la population africaine n’a pourtant rien de catastrophique en soi. Ce continent ne fait, somme toute, que rattraper quelques siècles de stagnation démographique. En 2025, il ne fera que retrouver le pourcentage de la population mondiale (17 %) qui était le sien au début du XVIIe siècle. Avant, en particulier, la saignée humaine occasionnée par la traite négrière.

Avec une densité moyenne voisine de 30 habitants par km2, contre une moyenne mondiale de 50, l’Afrique reste encore relativement peu peuplée. C’est la répartition de la population plus que son nombre qui pose problème. Près de la moitié de l’espace subsaharien est quasiment vide, alors que, dans certaines zones, les densités approchent 300 habitants au km2. C’est le cas en particulier au Nigeria et dans la région des Grands Lacs (Ouganda, Burundi, Rwanda).

Quoi qu’il en soit, même si l’Afrique noire a quelques longueurs de retard sur les autres régions du Sud, elle est entrée à son tour dans une phase de baisse de la fécondité depuis les années 1990. Par rapport aux années 1960, la diminution est de 1,5 enfant par femme pour l’ensemble de la région subsaharienne. On note les baisses les plus importantes en Afrique australe (Afrique du sud, Botswana, Zimbabwe) et au Kenya. À l’autre extrémité, la fécondité reste stable au Nigeria et au Mali tandis qu’elle augmente légèrement au Burundi et au Niger.

Cette tendance à la baisse est appelée à s’accélérer avec l’urbanisation, qui, on le sait, incite les familles à limiter le nombre d’enfants : avec un taux de croissance supérieur à 4 % par an, la population urbaine du continent pris dans son ensemble devrait passer de 300 millions actuellement à quelque 750 millions en 2030.

Le mouvement de diminution de la fécondité aura beau s’accentuer et se généraliser, la population continuera cependant à augmenter considérablement pendant deux générations. Le nombre de femmes en âge de procréer restera si élevé qu’elles feront nécessairement beaucoup d’enfants ...

Même pléthorique, cette population sera demain un atout dans un monde sur lequel plane une menace inédite dans l’histoire de l’humanité : le vieillissement. À condition, bien sûr, qu’elle soit formée. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. L’investissement dans le secteur éducatif est beaucoup trop lourd pour des économies qui peinent à trouver un rythme de croissance suffisant. C’est là où réside peut-être le principal enjeu pour les décennies à venir.

10 - « Tous polygames »

« Les Africains sont tous polygames. » À force d’entendre cette contre-vérité, certains Africains, avec un grand sens de l’humour, ont fini par trouver une réplique imparable : « Et François Mitterrand, il n’était pas polygame ? C’était un Africain ? » Allusion à la réputation d’homme à femmes laissée par l’ancien président français. À y regarder de près, une vérité s’impose : l’on prête trop aux Africains. Ne dit-on pas qu’ils ont des membres virils hors normes et, par conséquent, une vie sexuelle débridée ? D’où leur propension à avoir plusieurs femmes, au nom de coutumes sans doute obsolètes.

Chacun a encore en mémoire la sortie, pour ne pas dire l’ineptie, en novembre 2005, au moment où les banlieues françaises s’embrasaient, de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse. Pour l’historienne, les émeutes étaient provoquées par des enfants africains ou d’origine africaine issus de foyers polygames !

La polygamie existe en Afrique, mais tous les Africains ne peuvent pas être polygames. Et n’est pas polygame qui veut : il faut en avoir les moyens et… les aptitudes. Le musulman, par exemple, est autorisé à se marier avec quatre femmes au maximum. Toutefois, vu la difficulté pour lui d’être équitable envers toutes ses compagnes, il lui est recommandé de préférer la monogamie.

Avoir plus d’une femme découle aussi, dans certaines traditions, d’une volonté de nouer des alliances politiques, sociales ou économiques avec d’autres clans, d’autres familles, d’autres villages et communautés… Pouvoir et prestige sont ainsi renforcés. Sur le plan économique, le nombre des épouses et des enfants augmente la force de travail pour les activités agricoles ou le commerce. Plus il y a de bras, mieux c’est pour le foyer.

Certaines coutumes contraignent à la polygamie. C’est le cas du lévirat, pratique qui consiste pour un homme, même marié, à hériter de la femme d’un membre de sa famille décédé. Il se pose alors la question de savoir si, dans ces conditions, la femme n’est pas considérée comme un simple objet qui passe d’une main à l’autre, sans qu’on lui demande son avis. Mais ceux qui observent le lévirat sont persuadés que c’est un moyen de solidifier l’édifice familial et d’assurer l’avenir de la veuve. Et, surtout, de ses enfants.

Il y a aussi des situations où le passage d’un monogame à la polygamie est imposé par sa propre épouse quand, après de longues années de mariage, elle ne lui a pas donné d’enfant. C’est elle qui décide de chercher une femme plus jeune pour que son mari ait une descendance.

À quoi s’ajoutent des effets de mode. Aujourd’hui, être à la tête d’un harem en milieu urbain est la démonstration, de la part du cadre, du fonctionnaire ou de l’homme d’affaires, d’une réussite sociale indéniable. Quoi de mieux pour lui d’étaler ses femmes comme il étale ses biens !

Et les femmes dans tout cela ? Les vicissitudes de la vie sont telles que, en général, elles n’ont pas le choix. Plutôt que de vouloir à tout prix un mari pour elles seules, elles se montrent réalistes en acceptant de le partager, même si le regard de la société sur les femmes célibataires est de plus en plus indulgent. Et puis, avoir un statut reconnu est plus sécurisant.

Les Africains, dont la sensualité serait sans bornes, rétorquent qu’ils ne sont pas différents du reste de l’humanité. Mais ce qui les distingue des autres, c’est leur capacité à briser les tabous, à vivre sans hypocrisie. Alors que des Occidentaux entretiennent plusieurs maîtresses et n’osent pas montrer leur vrai visage au grand jour.

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12 août 2007

Le message prémonitoire des Indiens d'Amérique

Le destin des Indiens d'Amérique annonçait celui de l'ensemble des habitants de la planète qui assistent impuissants à la destruction de leur environnement, après la confiscation de leur espace et de leurs ressources.

Le message des Indiens est aussi une source de sagesse, fondée sur le respect de la nature et la compréhension de "l'Esprit qui est en toute chose"...

Black_Hawk"Nous avons toujours eu beaucoup; nos enfants n'ont jamais pleuré de faim, notre peuple n'a jamais manqué de rien... Les rapides de Rock River nous fournissaient un excellent poisson, et la terre très fertile a toujours porté de bonnes récoltes de maïs, de haricots, ce citrouilles, de courges... Ici était notre village depuis plus de 100 ans pendant lesquels nous avons tenu la vallée sans qu'elle nous fût jamais disputée. Si un prophète était venu à notre village en ce temps-là nous prédire ce qui allait advenir, et ce qui est advenu, personne dans le village ne l'aurait cru."  Black Hawk, chef indien

"Nous aimons la tranquillité; nous laissons la souris jouer en paix; quand les bois frémissent sous le vent, nous n'avons pas peur." Chef indien au gouverneur de Pennsylvanie en 1796

"Nous le savons: la terre n'appartient pas à l'homme, c'est l'homme qui appartient à la terre. Nous le savons: toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre.
L'homme n'a pas tissé la toile de la vie, il n'est qu'un fil de tissu. Tout ce qu'il fait à la toile, il le fait à lui-même." Seattle, chef indien Suquamish

"Le Lakota était empli de compassion et d'amour pour la nature, et son attachement grandissait avec l'âge. (...) C'est pourquoi les vieux Indiens se tenaient à même le sol plutôt que de rester séparés des forces de vie. S'asseoir ou s'allonger ainsi leur permettait de penser plus profondément, de sentir plus vivement. Ils contemplaient alors avec une plus grande clarté les mystères de la vie et se sentaient plus proches de toutes les forces vivantes qui les entouraient. Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le coeur de l'homme éloigné de la nature devient dur. Il savait que l'oubli du respect dû à tout ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l'homme. Aussi maintenait-il les jeunes sous la douce influence de la nature." Standing Bear, chef Lakota (Sioux)

IndiansCeremony1"Nous voyons la main du Grand Esprit dans presque tout: le soleil, la lune, les arbres, le vent et les montagnes; parfois nous l'approchons par leur intermédiaire. (...) Nous croyons en l'Etre Suprême, d'une foi bien plus forte que celle de bien des Blancs qui nous ont traité de païens... Les Indiens vivant près de la nature et du Maître de la nature ne vivent pas d'ans l'obscurité. Saviez-vous que les arbres parlent? Ils le font pourtant ! Ils se parlent entre eux et vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas ! Ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas non plus les autres voix de la nature. Pourtant, les arbres m'ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit." Tatanga Mani (ou Walking Buffalo), indien Stoney (Canada)

"Les Blancs se moquent de la terre, du daim ou de l'ours. Lorsque nous, Indiens, cherchons les racines, nous faisons de petits trous. Lorsque nous édifions nos tipis, nous faisons de petits trous. Nous n'utilisons que le bois mort. L'homme blanc, lui, retourne le sol, abat les arbres, détruit tout. L'arbre dit « Arrête, je suis blessé, ne me fais pas mal ». Mais il l'abat et le débite. L'esprit de la terre le hait. Il arrache les arbres et les ébranle jusqu'à leurs racines. Il scie les arbres. Cela leur fait mal. Les Indiens ne font jamais de mal, alors que l'homme blanc démolit tout. Il fait exploser les rochers et les laisse épars sur le sol. La roche dit « Arrête, tu me fais mal ». Mais l'homme blanc n'y fait pas attention. Quand les Indiens utilisent les pierres, ils les prennent petites et rondes pour y faire leur feu... Comment l'esprit de la terre pourrait-il aimer l'homme blanc?... Partout où il la touche, il y laisse une plaie." Vieille sage Wintu (Indiens de Californie)

"Je peux me rappeler l'époque où les bisons étaient si nombreux qu'on ne pouvait les compter, mais les Wasichus (hommes blancs) les ont tués tant et tant qu'il ne reste que des carcasses là où ils venaient paître auparavant. Les Wasichus ne les tuaient pas pour manger; ils les tuaient pour le métal qui les rend fous et ils ne gardaient que la peau pour la vendre. Parfois ils ne les dépeçaient même pas. Ils ne prenaient que les langues et j'ai entendu parler de bateaux-de-feu descendant le Missouri chargés de langues de bison séchées. Parfois ils ne prenaient même pas les langues; ils les tuaient simplement pour le plaisir de tuer. Ceux qui ont fait cela étaient des fous. Quand nous chassions le bison, nous ne le faisions que selon nos besoins." Hehaka Sapa, grand chef Sioux

Tepee"Vous avez remarqué que toute chose faite par un indien est dans un cercle. Nos tipis étaient ronds comme des nids d'oiseaux et toujours disposés en cercle. Il en est ainsi parce que le pouvoir de l'Univers agit selon des cercles et que toute chose tend à être ronde. Dans l'ancien temps, lorsque nous étions un peuple fort et heureux, tout notre pouvoir venait du cercle sacré de la nation, et tant qu'il ne fut pas brisé. Tout ce que fait le pouvoir de l'Univers se fait dans un cercle. Le ciel est rond et j'ai entendu dire que la terre est ronde comme une balle et que toutes les étoiles le sont aussi. Les oiseaux font leur nid en cercle parce qu'ils ont la même religion que nous. Le soleil s'élève et redescend dans un cercle, la lune fait de même, et tous deux sont rond. Même les saisons forment un grand cercle dans leur changements et reviennent toujours là où elles étaient. La vie de l'homme est dans un cercle de l'enfance jusqu'à l'enfance, et ainsi en est-il pour chaque chose où l'énergie se meut." Hehaka Sapa, ou Black Elk, indien Oglala, branche des Dakotas (Sioux)

"La vie dans un tipi est bien meilleure. Il est toujours propre, chaud en hiver, frais en été, et facile à déplacer. L'homme blanc construit une grande maison, qui coûte beaucoup d'argent, ressemble à une grande cage, ne laisse pas entrer le soleil, et ne peut être déplacée; elle est toujours malsaine. Les Indiens et les animaux savent mieux vivre que l'homme blanc. Personne ne peut être en bonne santé sans avoir en permanence de l'air frais, du soleil, de la bonne eau. Si le Grand Esprit avait voulu que les hommes restassent à un endroit, il aurait fait le monde immobile; mais il a fait qu'il change toujours, afin que les oiseaux et les animaux puissent se déplacer et trouver toujours de l'herbe verte et des baies mures. L'homme blanc n'obéit pas au Grand Esprit. C'est pourquoi nous ne pouvons être d'accord avec lui." Flying Hawk, chef Sioux du clan des Oglalas

MonumentValley2"Les vastes plaines ouvertes, les belles collines et les eaux qui serpentent en méandres compliqués n'étaient pas « sauvages » à nos yeux. Seul l'homme blanc trouvait la nature sauvage, et pour lui seul la terre était « infestée » d'animaux « sauvages » et de peuplades « sauvages ». A nous, la terre paraissait douce, et nous vivions comblés des bienfaits du Grand Mystère. Elle ne nous devint hostile qu'à l'arrivée de l'homme barbu de l'Est qui nous accable d'injustices insensées et brutales." Standing Bear, chef Lakota (Sioux)

"Notre terre vaut mieux que de l'argent. Elle sera toujours là. Elle ne périra pas, même dans les flammes d'un feu. Aussi longtemps que le soleil brillera et que l'eau coulera, cette terre sera ici pour donner vie aux hommes et aux animaux. Nous ne pouvons vendre la vie des hommes et des animaux. C'est pourquoi nous ne pouvons vendre cette terre. Elle fut placée ici par le Grand Esprit et nous ne pouvons la vendre parce qu'elle ne nous appartient pas." Chef indien Blackfeet (Pieds-Noirs)

"Mes jeunes gens ne travailleront jamais. Les hommes qui travaillent ne peuvent rêver. Et la sagesse nous vient des rêves." Smohalla, chef indien Sokulls

"Le Grand Esprit nous a donné une vaste terre pour y vivre, et des bisons, des daims, des antilopes et autres gibier. Mais vous êtes venus et vous m'avez volé ma terre. Vous tuez mon gibier. Il devient dur alors pour nous de vivre. Maintenant vous nous dites que pour vivre, il faut travailler. Or le Grand Esprit ne nous a pas fait pour travailler, mais pour vivre de la chasse. Vous autres, hommes blancs, vous pouvez travailler si vous le voulez. Nous ne vous gênons nullement. Mais à nouveau vous nous dites « pourquoi ne devenez-vous pas civilisés? » Nous ne voulons pas de votre civilisation ! Nous voulons vivre comme le faisaient nos pères et leurs pères avant eux." Crazy Horse, grand chef Sioux du clan Oglalas

"Vous êtes déjà si misérables que vous ne pouvez le devenir plus. Quels genre d'homme doivent être les Européens? Quelle espèce de créature choisissent-ils d'être, forcés de faire le bien et n'ayant pour éviter le mal d'autre inspiration que la peur de la punition? (...) L'homme n'est pas seulement celui qui marche debout sur ses jambes, qui sait la lecture et l'écriture et montrer mille exemples de son industrie ... En vérité mon cher frère, je te plains du plus profond de mon âme. Suis mon conseil et devient Huron. Je vois clairement la profonde différence entre ma condition et la tienne. Je suis le maître de ma condition. Je suis le maître de mon corps, j'ai l'entière disposition de moi-même, je fais ce qui me plaît, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne crains absolument aucun homme, je dépends seulement du Grand Esprit. Il n'en est pas de même pour toi. Ton corps aussi bien que ton âme sont condamnés à dépendre de ton grand capitaine, ton vice-roi dispose de toi. Tu n'as pas la liberté de faire ce que tu as dans l'esprit. Tu as peur des voleurs, des assassins, des faux-témoins, etc. Et tu dépends d'une infinité de personne dont la place est située au-dessus de la tienne. N'est-ce pas vrai ?" Kondiarionk, chef Huron, s'adressant au baron de Lahontan, lieutenant français en Terre-Neuve

GrandEsprit"Les hommes blancs annonçaient bien haut que leurs lois étaient faites pour tout le monde, mais il devint tout de suite clair que, tout en espérant nous les faire adopter, ils ne se gênaient pas pour les briser eux-mêmes. Leurs sages nous conseillaient d'adopter leur religion mais nous découvrîmes vite qu'il en existant un grand nombre. Nous ne pouvions les comprendre, et deux hommes blancs étaient rarement d'accord sur celle qu'il fallait prendre. Cela nous gêna beaucoup jusqu'au jour où nous comprîmes que l'homme blanc ne prenait pas plus sa religion au sérieux que ses lois. Ils les gardait à portée de la main, comme des instruments, pour les employer à sa guise dans ses rapports avec les étrangers." Pachgantschilhilas, chef des Delawares

"Chaque année notre envahisseur blanc devient plus avide, exigeant, oppressif et autoritaire... La misère et l'oppression, tel est le lot qui nous échoit... Ne sommes-nous pas dépouillés jour après jour du peu de liberté qui nous reste ? A moins que les tribus ne se liguent unanimement pour modérer les ambitions et l'avidité des Blancs, ils nous auront bientôt tous conquis et désunis, nous serons chassés de notre pays natal et éparpillés comme les feuilles d'automne par le vent." Tecumseh, chef Shawnee, en 1812

"Nous ne voulons pas des chariots de feu qui font du bruit (trains à vapeur) sur les terrains de chasse au bisons. Si les Visages Pâles s'avancent encore sur nos terres, les scalps de vos frères seront dans les wigwams des Cheyennes. J'ai dit !" Roman Nose, chef-guerrier des Cheyennes, s'adressant au général Palmer en 1866 dans le Kansas

"Regardez mes frères, le printemps est venu, la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour. Chaque graine est éveillée, et de même, tout animal est en vie. C'est à ce pouvoir mystérieux que nous devons nous aussi notre existence. C'est pourquoi nous concédons à nos voisins, même nos voisins animaux, autant de droit qu'à nous d'habiter cette terre. Cependant écoutez-moi mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race, petite et faible quand nos pères l'ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd'hui, elle est devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans l'esprit la volonté de cultiver le sol, et l'amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage." Tatanka Yotanka, ou Sitting Bull, grand chef Sioux

"Frère, notre territoire était grand et le vôtre était petit. Vous êtes maintenant devenus un grand peuple, et il nous reste à peine l'espace pour étendre nos couvertures. Vous avez notre pays, mais cela ne vous suffit pas. Vous voulez nous forcer à épouser votre religion. Frère, continue à écouter. Tu te dis envoyé ici pour nous apprendre à rendre le culte au Grand Esprit d'une manière qui lui soit agréable