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Blog du CDF/FCD - Afrique

Actualité de la Section Africaine du CDF/FCD (Chrétiens Démocrates Fédéraux / Federale Christen Democraten) de Belgique. Infos : http://cdfliege.lalibreblogs.be/

06 août 2007

Identités juives et racines africaines

Juifs_EthiopieAFRICAINS ET JUIFS

Le Continent noir a toujours été considéré comme hors du champ d’expansion du judaïsme, à l’exception de l’Ethiopie. Pourtant, des Juifs noirs vivent en Afrique. Qui sont-ils ? Pour répondre nous allons nous rendre en Afrique du Sud, chez les Lembas, au Nigeria, chez les Ibos, en Ouganda, chez les Abayudaya, nous traverserons le Mali pour arriver au Sénégal et dans les îles du Cap-Vert.

Après ce voyage, nous nous poserons la question de savoir s’il existe des thématiques particulières dans ce monde noir judaïsé.

Nous en distinguerons trois :

  • une thématique biblique ;
  • une thématique historique qui nous mènera à la recherche de traces juives en Afrique ;
  • une thématique contemporaine qui nous fera toucher des questions sociales, culturelles et politiques.

Chez les Lembas d’Afrique du Sud, il existe des rites très anciens auxquels les historiens et les ethnologues attribuent une origine sémite bien qu’il n’y ait jamais eu de consensus sur l’origine ou la nature de ces traditions.

Il n’est pas exclu que des éléments extérieurs aient pu pénétrer leurs coutumes au point de donner au fil du temps naissance à une forme de syncrétisme culturel.

Les Lembas croient en un Dieu unique. Ils n’adorent pas les esprits des ancêtres ni les animaux ni les arbres, les pierres, le soleil, la lune ou les étoiles. Ils prient avec un linge blanc autour du cou. Ils concluent leurs prières par « amen ». Ils ne mangent ni porc ni animal impur, ni poisson sans nageoires ni écailles. Ils observent le repos hebdomadaire du shabbat.

On reconnaît un certain nombre de traditions hébraïques et aussi des traditions africaines qui ne sont plus pratiquées depuis qu’elles ont été supplantées par le christianisme et l’islam. Les Lembas affirment leur origine juive.

Leur tradition orale fait d’eux un peuple migrant, parti de la Judée il y a deux mille cinq cents ans, pour s’établir à Sanaa dans la vallée de l’Hadramaout au Yémen. Par la suite ils seraient passés du Yémen en Afrique pour s’arrêter au Zimbabwe avant de se disséminer en Afrique du Sud. 

Au Zimbabwe, se trouve un site appelé le « Grand Zimbabwe » : ce sont des édifices en pierre, imposants, objets pour les chercheurs d’interrogations sur une civilisation disparue. Ceux qui cherchent les mines d’or du Roi Salomon sont passés par là. Il y a souvent du romantisme et de l’exotisme dans ces recherches.

En revanche, d’autres chercheurs s’attachent à étayer leurs hypothèses sur des théories scientifiques. Des recherches génétiques ont été effectuées chez les Lembas. Une parenté avec la population du Yémen a été trouvée, liée au chromosome Y marqué génétiquement par l’ascendance des Cohen, les grands prêtres de Jérusalem.

Mieux vaut ne pas s’égarer dans cette direction et rappeler que l’identité juive n’a rien à voir avec la biologie et la couleur de la peau. Quoi qu’il en soit, comme nous l’apprend Tudor Parfitt (2), qui nous a fait connaître les Lembas, les Lembas d’aujourd’hui sont déjà très différents des Lembas d’il y a vingt ou trente ans. Il y a chez eux des lycéens et des professeurs. Beaucoup leur ont apporté des livres sur le judaïsme. Cependant, il semble que l’affirmation de leurs origines juives ne soit pas suivie d’un développement communautaire important, comparable à ce qu’on observe actuellement au Nigeria chez les Ibos.

Synagogue_NigeriaOn trouve chez les Ibos comme chez les Lembas des rituels hébraïques. Aujourd’hui, il existe un centre communautaire juif à Abuja, au centre du Nigeria Selon l’Association des Juifs du Nigeria, The Ibo Bnei Ysrael Association of Nigeria, il y aurait vingt-six synagogues au Nigeria rassemblant des Ibos et aussi des Nigérians d’autres origines.

Des Nigérians sont montés en Israël. Ils sont devenus juifs et israéliens. Evoquons l’histoire de deux d’entre eux, Haï Ben Daniel et Chimchon Adeshina (1) : Haï Ben Daniel est arrivé en Israël avec l’idée qu’il était juif. Il connaissait la Bible mais ignorait le Talmud. Il a passé plusieurs années dans une yechiva. Il enseigne à présent la Guemara dans une classe pour enfants. Sa conversion n’a pas été facile. Il raconte que tous ses collègues venant d’Amérique ou d’Europe obtenaient leur conversion en deux ans tandis que lui devait attendre. Il s’est posé la question de savoir s’il n’avait pas été refusé parce qu’il était Noir.

N’était-ce pas du racisme ? Haï Ben Daniel a protesté en s’inscrivant dans l’enseignement talmudique selon lequel il n’y a pas de couleur chez les hommes, ou alors le rouge du sang, le même pour tous les hommes. Finalement le rav Ovadia Yosef est intervenu. Haï Ben Daniel explique qu’il a été reconnu comme Juif par une procédure particulière (homra ve safek). Paradoxalement, la sévérité a été plus grande parce qu’il y avait un doute sur son identité juive préalable.

En somme, il ne s’agit pas d’une conversion mais d’une confirmation. C’est un propos que l’on entend souvent au sein des communautés juives noires. Beaucoup préfèrent parler de retour plutôt que de conversion. Aujourd’hui, Haï Ben Daniel est trois fois Juif. Il est Juif en tant qu’Ibo ayant des origines juives, il est Juif parce qu’il a un certificat du rabbinat ashkénaze et il est encore Juif parce qu’il a un certificat du rabbinat sépharade.

La démarche de Chimchon Adeshina est sensiblement différente. Chimchon Adeshina était prêtre chrétien à Lagos. De lui-même, par la réflexion et l’étude, il s’est tourné vers le judaïsme. La situation s’est compliquée quand il a voulu entraîner sa communauté sur le même chemin. Il n’y a pas eu d’accord unanime. Chimchon Adeshina est monté en Israël avec toute sa famille.

Au cours d’une conversation sur ses racines africaines, la question de la femme noire de Moïse a été posée. Chimchon Adeshina déclara avec vivacité qu’il ne savait rien sur le sujet et qu’en plus il n’était pas présent à l’époque pour voir lui-même ce qui se passait. Sous la forme d’une plaisanterie, il signifiait que le judaïsme était indifférent aux origines et que la conversion était affaire d’étude et d’observance de la halakha (règle traditionnelle).

En Ouganda, existe une communauté juive dont l’histoire commence comme celle d’Adeshina. C’est la démarche individuelle, spontanée, d’un homme, Samei Wakilenzi Kakungulu, né en 1860. Cet Africain devenu protestant, officier dans l’armée britannique, s’est senti attiré par les pratiques juives à force de lire la Bible. Il a fondé une communauté d’environ deux mille personnes. Par la suite, il rencontra un commerçant juif et s’initia au judaïsme traditionnel.

Plusieurs personnes se sont intéressées à cette histoire, en particulier Israël Ben Zeev. Ben Zeev était président de la World Union for Propagation of Judaism dans les années cinquante. Sa position sur les conversions était inverse de celle des institutions juives. Il pensait que les Juifs devaient pratiquer le prosélytisme pour la raison que le peuple juif était menacé par sa faiblesse démographique. Selon lui, il fallait renforcer et régénérer le peuple juif par la conversion de peuples qui n’avaient pas été contaminés par l’antisémitisme. Il pensait particulièrement aux Africains et aux Asiatiques.

Il s’agissait aussi de contrer les missionnaires qui convertissaient les Juifs d’Ethiopie, et continuent à être actifs aujourd’hui en Israël même. Actuellement, des paysans africains pratiquent le judaïsme dans plusieurs villages à quelque deux cents kilomètres de Kampala.  

En 2002, quatre rabbins américains du mouvement conservative ont officiellement converti quatre cents Abayudaya. Passons au Mali, à Tombouctou, dans la boucle du Niger. Ce sont des mots qui font rêver, pourtant la présence juive dans ces lieux appartient au domaine de l’histoire et non de la légende. Ismaël Diadié Haidara écrit dans son livre Les Juifs de Tombouctou : Les Juifs qui fuirent de Castille, d’Aragon, des Baléares et de l’Afrique du Nord, descendirent jusqu’au fleuve Niger où vivait alors une communauté juive avec sa synagogue, ses puits et ses jardins.

Rappelons qu’à l’époque où l’on partait à la découverte de l’Afrique, les Juifs ont joué un rôle majeur. Les plus anciennes cartes de l’Afrique (l’Atlas Catalan d’Abraham Cresques au quatorzième siècle) ont été composées par les cartographes de l’école de Majorque.

Ils étaient aussi rabbins et dirigeaient des yechivot. La cartographie était une de leurs sources de revenus. En 1492, il n’y eut pas seulement l’expulsion des Juifs d’Espagne mais aussi un massacre de Juifs au Sahara, par un chef religieux musulman, El Maghrili. Les Juifs se sont défendus. Certains se sont réfugiés chez un roi africain dans le royaume de Gao. Il est probable que des Juifs soient descendus plus au Sud dans les pays de la forêt, c’est peut-être là que l’on peut faire un lien avec les Ashantis du Ghana et les Ibos du Nigeria. Le Mali est un pays musulman. On rencontre, là-bas, des personnes dont le nom évoque une origine juive.

Au Sénégal, les traces juives sont moins difficiles à suivre. Des Juifs portugais ont vécu sur la petite côte du Sénégal et dans les Iles du Cap-Vert aux seizième et dix-septième siècles. Ils s’étaient installés là pour pouvoir pratiquer librement le judaïsme et faire du négoce.

Le commerce des cuirs, des peaux, de la cire, de l’ivoire et aussi, comme tous les commerçants de la région, portugais, anglais, français, africains, le commerce des esclaves. Sous la domination des Portugais, les Juifs ont subi l’Inquisition, qui les obligeaient à se convertir avec leur entourage.

Les Juifs judaïsaient leurs esclaves. Les archives révèlent que les Nouveaux Chrétiens continuaient à pratiquer le judaïsme parfois en se cachant, parfois très ouvertement, comme en 1597, ce chirurgien du Cap-Vert, Manuel Nunes, dénoncé par le trésorier de l’Archevêché. Et aussi Nuno Francez Da Costa, condamné pour avoir déclaré qu’il préférait un ongle de ladite esclave avec laquelle il vivait maritalement à toutes les confessions et messes. Ces Juifs décidés à rester juifs ont laissé une descendance.

Quelques chercheurs sont allés à la recherche des Juifs du Cap-Vert au Sénégal. Izabelle de Moraes, une chercheuse brésilienne, n’a pas retrouvé la synagogue de Rufisque fermée par Isabelle la Catholique. Un ambassadeur d’Israël, Zvi Loker, a écrit un livre sur la nation portugaise juive aux Caraïbes. Les juifs Portugais ont laissé aussi une descendance aux Caraïbes. Au dix-huitième siècle il y eut une communauté juive métisse à Paramaribo au Surinam (Darkhe Yesharim).

Zvi Loker s’était interrogé sur l’existence éventuelle de Juifs au Cap-Vert il y a plusieurs années. A Dakar, des Capverdiens qu’on appelle les Portugais racontent que l’on allumait chez eux une bougie tous les soirs et deux bougies le vendredi soir. Ils n’en connaissaient pas la raison. Certains touchaient le chambranle de la porte quand ils rentraient chez eux, ce qui rappelle la façon dont les Juifs embrassent la mezuza à l’entrée de leur maison.

Très récemment, une Capverdienne m’a raconté son histoire longtemps gardée secrète. C’est une histoire que l’on n’espérait plus découvrir, semblable à celle des Marranes du Portugal, qui ont maintenu des pratiques juives en se cachant pendant des siècles.

Dulce David, une chanteuse capverdienne qui écrit et compose des chansons magnifiques, se souvient de son enfance quand sa grand-mère allumait des bougies le vendredi soir. Elle n’allumait jamais de feu le samedi. Son père faisait des prières en portugais et prononçait quelques mots en hébreu. Des familles pratiquaient la circoncision.

On ne parlait pas de circoncision mais de baptême. C’est donc le « prêtre » qui faisait la circoncision. Dulce n’a jamais entendu parler de Hanoukka mais de fête de fin d’année. Tout était caché et maquillé.

Elle ne comprenait pas pourquoi elle n’allait pas à la messe à Noël. Sa tante expliquait qu’ils faisaient la messe chez eux et qu’ils n’avaient pas besoin d’aller à l’église. Il faut comprendre que le mot « juif » était un mot lourd, difficile, honteux et dangereux. Le père de Dulce raconte que l’arrière-grand-père de son grand-père fabriquait des bateaux, les Juifs du Cap-Vert étaient des marins. Le jour où il fut surpris à allumer des bougies, sa fabrique a été brûlée.

Cette situation est le fait de plusieurs siècles d’inquisition et de dizaines d’années de fascisme portugais suivi par un gouvernement indépendant marxiste, pro-soviétique et pro-arabe. C’est seulement maintenant, à l’heure de la démocratisation, des avions, du tourisme et de la télévision que l’on peut prononcer le mot « juif » au Cap-Vert, que l’on doit le prononcer sinon l’histoire disparaîtra.

Une association d’amitié Israël-Cap-Vert a été fondée avec la participation principale de Juifs marocains. Au dix-neuvième siècle, il y eut une deuxième immigration juive au Cap-Vert, composée de Juifs marocains qui faisaient commerce. Ils passaient par Gibraltar où les Britanniques leur délivraient des passeports. L’identité des Juifs du Cap-Vert est marquée par leur détermination transmise comme un héritage et aussi par une nostalgie pour une culture perdue, la nostalgie des îles et la nostalgie de l’exil. Il existe bel et bien un accent juif dans la mélodie de la «saudade» portugaise que chante Dulce avec sa belle voix.

Après ce périple au sein des peuples noirs, interrogeons-nous sur la nature des attaches qui lient les peuples noirs au peuple juif et les éléments sur lesquels les Africains s’appuient quand ils se découvrent juifs.

La Bible est le premier miroir qui leur est offert.

La Bible ne désigne pas les Noirs en tant que tels, elle nomme les Ethiopiens. Le pays de Kouch désigne l’Ethiopie et l’Afrique par extension. Kouch est le fils de Ham, un des trois fils de Noé. L’Ethiopie est présente dans l’histoire de l’Israël ancien.

Au-delà des fleuves de Kouch, c’est une expression que l’on entend dans Isaïe (XVIII,1) et Sophonie (III,10). La considération pour Kouch s’exprime encore dans la bouche du prophète Amos : Ô fils d’Ethiopie vous êtes pour moi comme les fils d’Israël dit le Seigneur (IX,7). Kouch symbolise la force et aussi la soif de spiritualité. On trouve cette idée dans le psaume LXVIII verset 32 : Kouch tendra les mains vers Dieu, un verset mis souvent en avant par les Rastafaris.

Les Africains se reconnaissent dans la Bible. Ils éprouvent en la lisant un sentiment de familiarité. Léon Askenazi, appelé régulièrement au Cameroun par le Président Paul Biya pour l’initier aux lectures juives, disait en parlant des Africains : Ils sont plus bibliques que nous. C’est dans la Bible que l’on trouve le récit de la rencontre du roi Salomon et de la reine de Saba. Selon une légende éthiopienne, ils auraient eu un fils, Ménélik. La dynastie éthiopienne en revendique la descendance.

Même si la Bible n’est pas un livre d’histoire, on y apprend la destruction du royaume d’Israël avec les exils et les déportations qui ont conduit à la disparition des dix tribus d’Israël, une réalité historique qui a donné naissance à nombre de mythes. Selon un commentaire talmudique, les tribus perdues se trouveraient en Afrique.

juif_ougandaPour l’historien Nahum Slouchz, la première apparition des grandes colonies juives sur le littoral africain date de l’an 320 avant l’ère commune, lorsque Ptolémée Soter envahit la Judée et transplanta plus de cent mille captifs juifs en Afrique.

Revenons à notre époque et posons-nous la question de savoir en quoi le modèle juif correspond à l’attente des Africains. Il y a d’abord eu l’idée que le christianisme était la religion importée par le colonisateur, l’homme blanc, tandis que l’événement majeur qui fonde le judaïsme est la libération de l’esclavage et la révélation du Sinaï sur la terre d’Afrique (Let my people go).

Beaucoup ont vu une analogie entre la condition juive et la condition noire. Senghor inclut les Juifs dans sa trilogie des peuples souffrants constituée par les Négro-africains, les Juifs et les Berbères. Les termes de ghetto, diaspora, déportation appartiennent maintenant à l’histoire des Juifs et des Noirs. Cependant, à notre avis, la solidarité des persécutés n’a pas d’existence tangible, c’est plutôt une profession de foi et une illusion. En outre, la souffrance n’est pas une valeur juive, ce n’est pas là qu’il faut chercher ce qui peut attirer les uns vers les autres. A l’inverse, il y a la réussite des Juifs. La création de l’Etat d’Israël a frappé l’imagination des Africains.

Cela a été un modèle pour tous les hommes politiques africains y compris Mandela qui lisait les Mémoires de Begin dans sa prison.

Qu’un peuple aussi abattu que le peuple juif ait pu retrouver son indépendance était un exemple à suivre. Il y eut des relations privilégiées entre Israël et l’Afrique à l’époque des indépendances.

Quelques mots sur l’accueil réservé aux Juifs noirs par les autres Juifs. Généralement c’est un étonnement suivi d’enthousiasme, mais aussi des réactions négatives que l’on ne peut passer sous silence. Le sujet est déplaisant. On entend des Juifs se poser la question de savoir si ce n’est pas par intérêt que des Noirs veulent devenir juifs.

Le propos est inadmissible et révèle une surdité désolante. Attribuer à ceux qui viennent vers vous une arrière-pensée intéressée traduit une étroitesse d’esprit et un mépris proches du racisme.

C’est par ailleurs le fait d’une minorité souvent éloignée du judaïsme et ; prônant la tolérance. Pourtant, il suffit de mesurer les difficultés rencontrées par les Africains qui choisissent la conversion pour savoir que le bonheur d’être Juif n’est pas d’ordre matériel.

Certainement, ce ne sont ni la souffrance ni la réussite qui aimantent les relations judéo noires, mais une attraction profonde animée de confluences souterraines. Sans doute, existe-t-il une conception de la vie commune, une façon d’aller vers l’autre en restant soi-même.

Ce rapprochement commence à s’exprimer dans les domaines culturel, cinématographique, musical. Citons Ben Zimet, ce chanteur et conteur yiddish installé à Dakar pour enrichir son inspiration, se produisant à Paris en compagnie du chanteur et conteur guinéen Manfef Obin.

Evoquons une afro-semitic-party lors d’une soirée à la Cigale où un Nigérian en costume traditionnel chanta A yddish mamme sur un air d’afrobeat.

Tout cela est l’effet de rencontres multiples. Ces rencontres ne se font pas seulement au-delà du fleuve de Kouch mais encore au-delà de l’Atlantique. Des rencontres entre Juifs africains et Juifs afro-américains se tiennent régulièrement tous les deux ans au cours d’un colloque à San Francisco.

Il semble donc que l’on assiste à l’émergence d’une identité culturelle judéo noire dans le sens où l’on parle d’un judaïsme américain ou d’un judaïsme marocain.

C’est une branche nouvelle du peuple juif qui repose sur des fondements anciens. Souhaitons-lui de croître et d’enrichir notre diversité.

© Maurice Dorès

(1) Haï Ben Daniel et Chimchon Adeshina ont été interviewés dans le film Black Israël réalisé par l’auteur.

(2) Tudor Parfitt, ethnologue, enseigne l’histoire moderne du peuple juif à l’Université de Londres. Il est l’auteur de The Lost Tribes of Israël. The History of a Myth, éditions Weidenfeld & Nicolson, Londres, 2002

* Conférence donnée lors du Colloque sur les Juifs noirs, le 3 décembre 2006, à l’Alliance Israélite Universelle, à Paris.

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Amitiés Judéo-Africaines

Theodore_Herzl

"Our Altneuland" (1902)

« Les Juifs, mieux que d'autres, peuvent comprendre les Africains. Il existe un problème, une détresse nationale, dont seul un Juif peut mesurer la profonde horreur et qui n'a pas reçu de solution à ce jour. C'est le problème africain ... Après avoir vécu la rédemption des Juifs, mon peuple, je voudrais aussi aider à préparer la rédemption des Africains. »

Théodor Herzl (1860-1904)
Fondateur du Sionisme


Edward_Wilmot_Blyden

Déclaration du Secrétaire d'État du Liberia, 1851

« L'Afrique appelle le Juif à venir avec sa science et sa culture qu'il a rassemblées dans les pays d'exil et avec ses propres dons spirituels. »

Edward Wilmot Blyden (1832-1912)
Secrétaire d'État du Liberia
Père du Pan-africanisme

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03 août 2007

Angola : Décès du président historique du FNLA, Holden Roberto

holdeLuanda, 03/08 – Le président historique du Front National de Libération de l`Angola (FNLA), Álvaro Holden Roberto, s`est éteint jeudi soir, à l`âge de 83 ans, dans sa residence, à Luanda, indique une déclaration du Bureau Politique de ce parti.

Holden Roberto a été un nationaliste angolais durant la guerre contre le colonialiste portugais, qui a abouti à la proclamation de l'indépendance du pays, le 11 Novembre 1975.

Né en 1924, feu Holden Roberto a créé, en 1962, le Front National de Libération de l`Angola (FNLA), dont il a assumé la présidence jusqu`à sa mort, le 02 Août 2007.

Il a également été membre du Conseil de

la République

, organe de consultation du Chef de l`Etat angolais.

 

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31 juillet 2007

Bernard Kouchner, un ministre non embarqué

KouchnerAccusé par ses anciens amis socialistes d'être à la tête d'un ministère fantoche, le french doctor se voit contraint de se justifier.

« Un acteur qui n'a finalement joué aucun rôle, ce n'est plus un acteur, c'est un spectateur ! » Voilà comment François Hollande définissait, ce mardi matin, la fonction de Bernard Kouchner.

A la demande du groupe socialiste, le ministre des Affaires étrangères a rendu compte de son action devant les députés pendant plus d'une heure.

La réunion a porté sur la libération des infirmières bulgares par la Libye. Pour François Hollande, qui regrette de n'avoir aucun moyen de vérifier si des contreparties financières ont été versées à Tripoli, il s'agit d' « otages ».

Selon Bernard Kouchner, en revanche, ces infirmières étaient retenues du fait « d'une décision judiciaires que nous (la France) trouvions injuste ». Mais au-delà de la discussion sur le bien fondé de l'action qui a permis leur libération, les socialistes ont surtout contesté le rôle de Bernard Kouchner.

En creux, ils interrogent le ministre sur l'irruption de Cécilia Sarkozy sur la scène internationale. « J'avais le président au téléphone toutes les demi-heures pendant les négociations », s'est justifié le ministre devant la presse, comme si le temps passé au téléphone avec le président témoignait de son importance et de la confiance qui lui est accordée ...

Depuis quelques temps, Bernard Kouchner multiplie les déclarations dans ce sens. Dans une interview à Corse-matin, le 24 juillet, il assurait que ses relations avec Nicolas Sarkozy étaient « très directes et très franches », tout en reconnaissant que c'est le président « qui décide ».

Du côté de l'Elysée, pour le moment, aucun signe public de soutien n'a été donné à ce ministre de l'ouverture en position difficile.

Bien au contraire, le chef de l'Etat ne l'a pas convié pour sa tournée africaine, une première dans l'histoire de la République. Il lui a préféré la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme, Rama Yade.

Et tandis que Bernard Kouchner peine sur le dossier libanais, sans résultat probant, c'est encore Rama Yade qui est chargée d'une mission humanitaire sur le Darfour, une région que, pourtant, le french doctor affirme bien connaître.

Placé, comme ses collègues, sous l'étroite tutelle de l'Elysée, le ministre n'aurait même pas été libre de choisir son directeur de cabinet.

Alors que Bernard Kouchner souhaitait être assisté de Jean-Maurice Ripert, ancien conseiller diplomatique de Jospin, c'est Philippe Etienne, ex-directeur adjoint d'Hervé de Charrette, qui a été finalement imposé.

Ce matin, il n'y avait guère que le député UMP des Yvelines, Jacques Myard, pour prendre la défense du ministre des Affaires étrangères et célébrer son « talent ».

Un cauchemar pour le french doctor !

Mardi 31 Juillet 2007 - 17:21
© Anna Borrel | Marianne

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Discours de Nicolas SARKOZY à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal)

sarkozy_senegalMesdames et Messieurs,

Permettez-moi de remercier d’abord le gouvernement et le peuple sénégalais de leur accueil si chaleureux. Permettez-moi de remercier l’université de Dakar qui me permet pour la première fois de m’adresser à l’élite de la jeunesse africaine en tant que Président de
la République française.

Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l’on doit à des amis que l’on aime et que l’on respecte. J’aime l’Afrique, je respecte et j’aime les Africains.

Entre le Sénégal et la France, l’histoire a tissé les liens d’une amitié que nul ne peut défaire. Cette amitié est forte et sincère. C’est pour cela que j’ai souhaité adresser, de Dakar, le salut fraternel de la France à l’Afrique toute entière.

Je veux, ce soir, m’adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, qui n’ont pas la même religion, qui n’ont pas les mêmes coutumes, qui n’ont pas la même culture, qui n’ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l’Afrique.

Oui, je veux m’adresser à tous les habitants de ce continent meurtri, et, en particulier, aux jeunes, à vous qui vous êtes tant battus les uns contre les autres et souvent tant haïs, qui parfois vous combattez et vous haïssez encore mais qui pourtant vous reconnaissez comme frères, frères dans la souffrance, frères dans l’humiliation, frères dans la révolte, frères dans l’espérance, frères dans le sentiment que vous éprouvez d’une destinée commune, frères à travers cette foi mystérieuse qui vous rattache à la terre africaine, foi qui se transmet de génération en génération et que l’exil lui-même ne peut effacer.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour pleurer avec vous sur les malheurs de l’Afrique. Car l’Afrique n’a pas besoin de mes pleurs.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, pour m’apitoyer sur votre sort parce que votre sort est d’abord entre vos mains.

Que feriez-vous, fière jeunesse africaine de ma pitié ?

Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s’efface pas.

Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.

Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité toute entière.

Et l’homme noir qui éternellement « entend de la cale monter les malédictions enchaînées, les hoquettements des mourants, le bruit de l’un d’entre eux qu’on jette à la mer ». Cet homme noir qui ne peut s’empêcher de se répéter sans fin « Et ce pays cria pendant des siècles que nous sommes des bêtes brutes ». Cet homme noir, je veux le dire ici à Dakar, a le visage de tous les hommes du monde.

Cette souffrance de l’homme noir, je ne parle pas de l’homme au sens du sexe, je parle de l’homme au sens de l’être humain et bien sûr de la femme et de l’homme dans son acceptation générale. Cette souffrance de l’homme noir, c’est la souffrance de tous les hommes. Cette blessure ouverte dans l’âme de l’homme noir est une blessure ouverte dans l’âme de tous les hommes.

Mais nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères.

Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes.

Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance.

Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non d’oublier cette déchirure et cette souffrance qui ne peuvent pas être oubliées, mais de les dépasser.

Je suis venu vous proposer, jeunes d’Afrique, non de ressasser ensemble le passé mais d’en tirer ensemble les leçons afin de regarder ensemble l’avenir.

Je suis venu, jeunes d’Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune.

L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s’est entretué en Afrique au moins autant qu’en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont coupé vos pères de leur passé, ils leur ont arraché leur âme et leurs racines. Ils ont désenchanté l’Afrique.

Ils ont eu tort.

Ils n’ont pas vu la profondeur et la richesse de l’âme africaine. Ils ont cru qu’ils étaient supérieurs, qu’ils étaient plus avancés, qu’ils étaient le progrès, qu’ils étaient la civilisation.

Ils ont eu tort.

Ils ont voulu convertir l’homme africain, ils ont voulu le façonner à leur image, ils ont cru qu’ils avaient tous les droits, ils ont cru qu’ils étaient tout puissants, plus puissants que les dieux de l’Afrique, plus puissants que l’âme africaine, plus puissants que les liens sacrés que les hommes avaient tissés patiemment pendant des millénaires avec le ciel et la terre d’Afrique, plus puissants que les mystères qui venaient du fond des âges.

Ils ont eu tort.

Ils ont abîmé un art de vivre. Ils ont abîmé un imaginaire merveilleux. Ils ont abîmé une sagesse ancestrale.

Ils ont eu tort.

Ils ont créé une angoisse, un mal de vivre. Ils ont nourri la haine. Ils ont rendu plus difficile l’ouverture aux autres, l’échange, le partage parce que pour s’ouvrir, pour échanger, pour partager, il faut être assuré de son identité, de ses valeurs, de ses convictions. Face au colonisateur, le colonisé avait fini par ne plus avoir confiance en lui, par ne plus savoir qui il était, par se laisser gagner par la peur de l’autre, par la crainte de l’avenir.

Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.

Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs.

Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères.

Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation.

Ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude.

Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c’étaient les esprits, c’étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine.

La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides.

Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution.

Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l’amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.

La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l’estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.

La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur.

La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l’Europe et le destin de l’Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes.

Et la France n’oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté.

Nul ne peut faire comme si rien n’était arrivé.

Nul ne peut faire comme si cette faute n’avait pas été commise.

Nul ne peut faire comme si cette histoire n’avait pas eu lieu.

Pour le meilleur comme pour le pire, la colonisation a transformé l’homme africain et l’homme européen.

Jeunes d’Afrique, vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l’Occident a déposé dans le cœur et dans l’âme de l’Afrique.

Jeunes d’Afrique, la civilisation européenne a eu tort de se croire supérieure à celle de vos ancêtres, mais désormais la civilisation européenne vous appartient aussi.

Jeunes d’Afrique, ne cédez pas à la tentation de la pureté parce qu’elle est une maladie, une maladie de l’intelligence, et qui est ce qu’il y a de plus dangereux au monde.

Jeunes d’Afrique, ne vous coupez pas de ce qui vous enrichit, ne vous amputez pas d’une part de vous-même. La pureté est un enfermement, la pureté est une intolérance. La pureté est un fantasme qui conduit au fanatisme.

Je veux vous dire, jeunes d’Afrique, que le drame de l’Afrique n’est pas dans une prétendue infériorité de son art, sa pensée, de sa culture. Car, pour ce qui est de l’art, de la pensée et de la culture, c’est l’Occident qui s’est mis à l’école de l’Afrique.

L’art moderne doit presque tout à l’Afrique. L’influence de l’Afrique a contribué à changer non seulement l’idée de la beauté, non seulement le sens du rythme, de la musique, de la danse, mais même dit Senghor, la manière de marcher ou de rire du monde du XXème siècle.

Je veux donc dire, à la jeunesse d’Afrique, que le drame de l’Afrique ne vient pas de ce que l’âme africaine serait imperméable à la logique et à la raison. Car l’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen.

C’est en puisant dans l’imaginaire africain que vous ont légué vos ancêtres, c’est en puisant dans les contes, dans les proverbes, dans les mythologies, dans les rites, dans ces formes qui, depuis l’aube des temps, se transmettent et s’enrichissent de génération en génération que vous trouverez l’imagination et la force de vous inventer un avenir qui vous soit propre, un avenir singulier qui ne ressemblera à aucun autre, où vous vous sentirez enfin libres, libres, jeunes d’Afrique d’être vous-mêmes, libre de décider par vous-mêmes.

Je suis venu vous dire que vous n’avez pas à avoir honte des valeurs de la civilisation africaine, qu’elles ne vous tirent pas vers le bas mais vers le haut, qu’elles sont un antidote au matérialisme et à l’individualisme qui asservissent l’homme moderne, qu’elles sont le plus précieux des héritages face à la déshumanisation et à l’aplatissement du monde.

Je suis venu vous dire que l’homme moderne qui éprouve le besoin de se réconcilier avec la nature a beaucoup à apprendre de l’homme africain qui vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires.

Je suis venu vous dire que cette déchirure entre ces deux parts de vous-mêmes est votre plus grande force, et votre plus grande faiblesse selon que vous vous efforcerez ou non d’en faire la synthèse.

Mais je suis aussi venu vous dire qu’il y a en vous, jeunes d’Afrique, deux héritages, deux sagesses, deux traditions qui se sont longtemps combattues : celle de l’Afrique et celle de l’Europe.

Je suis venu vous dire que cette part africaine et cette part européenne de vous-mêmes forment votre identité déchirée.

Je ne suis pas venu, jeunes d’Afrique, vous donner des leçons.

Je ne suis pas venu vous faire la morale.

Mais je suis venu vous dire que la part d’Europe qui est en vous est le fruit d’un grand péché d’orgueil de l’Occident mais que cette part d’Europe en vous n’est pas indigne.

Car elle est l’appel de la liberté, de l’émancipation et de la justice et de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Car elle est l’appel à la raison et à la conscience universelles.

Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.

Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire.

Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance.

Le problème de l’Afrique, c’est que trop souvent elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de s’inventer un passé plus ou moins mythique pour s’aider à supporter le présent mais de s’inventer un avenir avec des moyens qui lui soient propres.

Le problème de l’Afrique, ce n’est pas de se préparer au retour du malheur, comme si celui-ci devait indéfiniment se répéter, mais de vouloir se donner les moyens de conjurer le malheur, car l’Afrique a le droit au bonheur comme tous les autres continents du monde.

Le problème de l’Afrique, c’est de rester fidèle à elle-même sans rester immobile.

Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à regarder son accession à l’universel non comme un reniement de ce qu’elle est mais comme un accomplissement.

Le défi de l’Afrique, c’est d’apprendre à se sentir l’héritière de tout ce qu’il y a d’universel dans toutes les civilisations humaines.

C’est de s’approprier les droits de l’homme, la démocratie, la liberté, l’égalité, la justice comme l’héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes.

C’est de s’approprier la science et la technique modernes comme le produit de toute l’intelligence humaine.

Le défi de l’Afrique est celui de toutes les civilisations, de toutes les cultures, de tous les peuples qui veulent garder leur identité sans s’enfermer parce qu’ils savent que l’enfermement est mortel.

Les civilisations sont grandes à la mesure de leur participation au grand métissage de l’esprit humain.

La faiblesse de l’Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer assez à ce grand métissage. Elle a payé cher, l’Afrique, ce désengagement du monde qui l’a rendue si vulnérable. Mais, de ses malheurs, l’Afrique a tiré une force nouvelle en se métissant à son tour.

Ce métissage, quelles que fussent les conditions douloureuses de son avènement, est la vraie force et la vraie chance de l’Afrique au moment où émerge la première civilisation mondiale.

La civilisation musulmane, la chrétienté, la colonisation, au-delà des crimes et des fautes qui furent commises en leur nom et qui ne sont pas excusables, ont ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’histoire.

Ne vous laissez pas, jeunes d’Afrique, voler votre avenir par ceux qui ne savent opposer à l’intolérance que l’intolérance, au racisme que le racisme.

Ne vous laissez pas, jeunes d’Afrique, voler votre avenir par ceux qui veulent vous exproprier d’une histoire qui vous appartient aussi parce qu’elle fut l’histoire douloureuse de vos parents, de vos grands-parents et de vos aïeux.

N’écoutez pas, jeunes d’Afrique, ceux qui veulent faire sortir l’Afrique de l’histoire au nom de la tradition parce qu’une Afrique ou plus rien ne changerait serait de nouveau condamnée à la servitude.

N’écoutez pas, jeunes d’Afrique, ceux qui veulent vous empêcher de prendre votre part dans l’aventure humaine, parce que sans vous, jeunes d’Afrique qui êtes la jeunesse du monde, l’aventure humaine sera moins belle.

N’écoutez pas jeunes d’Afrique, ceux qui veulent vous déraciner, vous priver de votre identité, faire table rase de tout ce qui est africain, de toute la mystique, la religiosité, la sensibilité, la mentalité africaine, parce que pour échanger il faut avoir quelque chose à donner, parce que pour parler aux autres, il faut avoir quelque chose à leur dire.

Ecoutez plutôt, jeunes d’Afrique, la grande voix du Président Senghor qui chercha toute sa vie à réconcilier les héritages et les cultures au croisement desquels les hasards et les tragédies de l’histoire avaient placé l’Afrique.

Il disait, lui l’enfant de Joal, qui avait été bercé par les rhapsodies des griots, il disait : « nous sommes des métis culturels, et si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s’adresse aussi aux Français et aux autres hommes ».

Il disait aussi : « le français nous a fait don de ses mots abstraits -si rares dans nos langues maternelles. Chez nous les mots sont naturellement nimbés d’un halo de sève et de sang ; les mots du français eux rayonnent de mille feux, comme des diamants. Des fusées qui éclairent notre nuit ».

Ainsi parlait Léopold Senghor qui fait honneur à tout ce que l’humanité comprend d’intelligence. Ce grand poète et ce grand Africain voulait que l’Afrique se mit à parler à toute l’humanité et lui écrivait en français des poèmes pour tous les hommes.

Ces poèmes étaient des chants qui parlaient, à tous les hommes, d’êtres fabuleux qui gardent des fontaines, chantent dans les rivières et qui se cachent dans les arbres.

Des poèmes qui leur faisaient entendre les voix des morts du village et des ancêtres.

Des poèmes qui faisaient traverser des forêts de symboles et remonter jusqu’aux sources de la mémoire ancestrale que chaque peuple garde au fond de sa conscience comme l’adulte garde au fond de la sienne le souvenir du bonheur de l’enfance.

Car chaque peuple a connu ce temps de l’éternel présent, où il cherchait non à dominer l’univers mais à vivre en harmonie avec l’univers. Temps de la sensation, de l’instinct, de l’intuition. Temps du mystère et de l’initiation. Temps mystique ou le sacré était partout, où tout était signes et correspondances. C’est le temps des magiciens, des sorciers et des chamanes. Le temps de la parole qui était grande, parce qu’elle se respecte et se répète de génération en génération, et transmet, de siècle en siècle, des légendes aussi anciennes que les dieux.

L’Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu’ils avaient partagé la même enfance. L’Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce besoin, ce besoin auquel je crois moi-même tant, ce besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d’être en harmonie plutôt que d’être en conquête.

Ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants, tous ceux-là ont oublié que la Grèce antique qui nous a tant appris sur l’usage de la raison avait aussi ses sorciers, ses devins, ses cultes à mystères, ses sociétés secrètes, ses bois sacrés et sa mythologie qui venait du fond des âges et dans laquelle nous puisons encore, aujourd’hui, un inestimable trésor de sagesse humaine.

L’Afrique qui a aussi ses grands poèmes dramatiques et ses légendes tragiques, en écoutant Sophocle, a entendu une voix plus familière qu’elle ne l’aurait crû et l’Occident a reconnu dans l’art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les siennes et qu’il éprouvait le besoin de ressusciter.

Alors entendez, jeunes d’Afrique, combien Rimbaud est africain quand il met des couleurs sur les voyelles comme tes ancêtres en mettaient sur leurs masques, « masque noir, masque rouge, masque blanc–et-noir ».

Ouvrez les yeux, jeunes d’Afrique, et ne regardez plus, comme l’ont fait trop souvent vos aînés, la civilisation mondiale comme une menace pour votre identité mais la civilisation mondiale comme quelque chose qui vous appartient aussi.

Dès lors que vous reconnaîtrez dans la sagesse universelle une part de la sagesse que vous tenez de vos pères et que vous aurez la volonté de la faire fructifier, alors commencera ce que j’appelle de mes vœux, la Renaissance africaine.

Dès lors que vous proclamerez que l’homme africain n’est pas voué à un destin qui serait fatalement tragique et que, partout en Afrique, il ne saurait y avoir d’autre but que le bonheur, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous, jeunes d’Afrique, vous déclarerez qu’il ne saurait y avoir d’autres finalités pour une politique africaine que l’unité de l’Afrique et l’unité du genre humain, alors commencera la Renaissance africaine.

Dès lors que vous regarderez bien en face la réalité de l’Afrique et que vous la prendrez à bras le corps, alors commencera la Renaissance africaine. Car le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause.

Et ce mythe empêche de regarder en face la réalité de l’Afrique.

La réalité de l’Afrique, c’est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible.

La réalité de l’Afrique, c’est encore trop de famine, trop de misère.

La réalité de l’Afrique, c’est la rareté qui suscite la violence.

La réalité de l’Afrique, c’est le développement qui ne va pas assez vite, c’est l’agriculture qui ne produit pas assez, c’est le manque de routes, c’est le manque d’écoles, c’est le manque d’hôpitaux.

La réalité de l’Afrique, c’est un grand gaspillage d’énergie, de courage, de talents, d’intelligence.

La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes.

La Renaissance dont l’Afrique a besoin, vous seuls, Jeunes d’Afrique, vous pouvez l’accomplir parce que vous seuls en aurez la force.

Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l’Europe et la Renaissance du monde.  

Je sais l’envie de partir qu’éprouvent un si grand nombre d’entre vous confrontés aux difficultés de l’Afrique.

Je sais la tentation de l’exil qui pousse tant de jeunes Africains à aller chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas ici pour faire vivre leur famille.

Je sais ce qu’il faut de volonté, ce qu’il faut de courage pour tenter cette aventure, pour quitter sa patrie, la terre où l’on est né, où l’on a grandi, pour laisser derrière soi les lieux familiers où l’on a été heureux, l’amour d’une mère, d’un père ou d’un frère et cette solidarité, cette chaleur, cet esprit communautaire qui sont si forts en Afrique.

Je sais ce qu’il faut de force d’âme pour affronter le dépaysement, l’éloignement, la solitude.

Je sais ce que la plupart d’entre eux doivent affronter comme épreuves, comme difficultés, comme risques.

Je sais qu’ils iront parfois jusqu’à risquer leur vie pour aller jusqu’au bout de ce qu’ils croient être leur rêve.

Mais je sais que rien ne les retiendra.

Car rien ne retient jamais la jeunesse quand elle se croit portée par ses rêves.

Je ne crois pas que la jeunesse africaine ne soit poussée à partir que pour fuir la misère.

Je crois que la jeunesse africaine s’en va parce que, comme toutes les jeunesses, elle veut conquérir le monde.

Comme toutes les jeunesses, elle a le goût de l’aventure et du grand large.

Elle veut aller voir comment on vit, comment on pense, comment on travaille, comment on étudie ailleurs.

L’Afrique n’accomplira pas sa Renaissance en coupant les ailes de sa jeunesse. Mais l’Afrique a besoin de sa jeunesse.

La Renaissance de l’Afrique commencera en apprenant à la jeunesse africaine à vivre avec le monde, non à le refuser.

La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que le monde lui appartient comme à toutes les jeunesses de la terre.

La jeunesse africaine doit avoir le sentiment que tout deviendra possible comme tout semblait possible aux hommes de la Renaissance.

Alors, je sais bien que la jeunesse africaine, ne doit pas être la seule jeunesse du monde assignée à résidence. Elle ne peut pas être la seule jeunesse du monde qui n’a le choix qu’entre la clandestinité et le repliement sur soi.

Elle doit pouvoir acquérir, hors, d’Afrique la compétence et le savoir qu’elle ne trouverait pas chez elle.

Mais elle doit aussi à la terre africaine de mettre à son service les talents qu’elle aura développés. Il faut revenir bâtir l’Afrique ; il faut lui apporter le savoir, la compétence le dynamisme de ses cadres. Il faut mettre un terme au pillage des élites africaines dont l’Afrique a besoin pour se développer.

Ce que veut la jeunesse africaine c’est de ne pas être à la merci des passeurs sans scrupules qui jouent avec votre vie.

Ce que veut la jeunesse d’Afrique, c’est que sa dignité soit préservée.

C’est pouvoir faire des études, c’est pouvoir travailler, c’est pouvoir vivre décemment. C’est au fond, ce que veut toute l’Afrique. L’Afrique ne veut pas de la charité. L’Afrique ne veut pas d’aide. L’Afrique ne veut pas de passe-droit.

Ce que veut l’Afrique et ce qu’il faut lui donner, c’est la solidarité, la compréhension et le respect.

Ce que veut l’Afrique, ce n’est pas que l’on prenne son avenir en main, ce n’est pas que l’on pense à sa place, ce n’est pas que l’on décide à sa place.

Ce que veut l’Afrique est ce que veut la France, c’est la coopération, c’est l’association, c’est le partenariat entre des nations égales en droits et en devoirs.

Jeunesse africaine, vous voulez la démocratie, vous voulez la liberté, vous voulez la justice, vous voulez le Droit ? C’est à vous d’en décider.

La France ne décidera pas à votre place. Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le Droit, alors la France s’associera à vous pour les construire.

Jeunes d’Afrique, la mondialisation telle qu’elle se fait ne vous plaît pas. L’Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du laisser-faire.

Jeunes d’Afrique vous croyez que le libre échange est bénéfique mais que ce n’est pas une religion. Vous croyez que la concurrence est un moyen mais que ce n’est pas une fin en soi. Vous ne croyez pas au laisser-faire. Vous savez qu’à être trop naïve, l’Afrique serait condamnée à devenir la proie des prédateurs du monde entier. Et cela vous ne le voulez pas. Vous voulez une autre mondialisation, avec plus d’humanité, avec plus de justice, avec plus de règles.

Je suis venu vous dire que la France la veut aussi. Elle veut se battre avec l’Europe, elle veut se battre avec l’Afrique, elle veut se battre avec tous ceux, qui dans le monde, veulent changer la mondialisation. Si l’Afrique, la France et l’Europe le veulent ensemble, alors nous réussirons. Mais nous ne pouvons pas exprimer une volonté votre place.

Jeunes d’Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie.

Mais le voulez-vous vraiment ? Voulez-vous que cesse l’arbitraire, la corruption, la violence ? Voulez-vous que la propriété soit respectée, que l’argent soit investi au lieu d’être détourné ? Voulez-vous que l’État se remette à faire son métier, qu’il soit allégé des bureaucraties qui l’étouffent, qu’il soit libéré du parasitisme, du clientélisme, que son autorité soit restaurée, qu’il domine les féodalités, qu’il domine les corporatismes ? Voulez-vous que partout règne l’État de droit qui permet à chacun de savoir raisonnablement ce qu’il peut attendre des autres ?

Si vous le voulez, alors la France sera à vos côtés pour l’exiger, mais personne ne le voudra à votre place.

Voulez-vous qu’il n’y ait plus de famine sur la terre africaine ? Voulez-vous que, sur la terre africaine, il n’y ait plus jamais un seul enfant qui meure de faim ? Alors cherchez l’autosuffisance alimentaire. Alors développez les cultures vivrières. L’Afrique a d’abord besoin de produire pour se nourrir. Si c’est ce que vous voulez, jeunes d’Afrique, vous tenez entre vos mains l’avenir de l’Afrique, et la France travaillera avec vous pour bâtir cet avenir.

Vous voulez lutter contre la pollution ? Vous voulez que le développement soit durable ? Vous voulez que les générations actuelles ne vivent plus au détriment des générations futures ? Vous voulez que chacun paye le véritable coût de ce qu’il consomme ? Vous voulez développer les technologies propres ? C’est à vous de le décider. Mais si vous le décidez, la France sera à vos côtés.

Vous voulez la paix sur le continent africain ? Vous voulez la sécurité collective ? Vous voulez le règlement pacifique des conflits ? Vous voulez mettre fin au cycle infernal de la vengeance et de la haine ? C’est à vous, mes amis africains, de le décider . Et si vous le décidez, la France sera à vos côtés, comme une amie indéfectible, mais la France ne peut pas vouloir à la place de la jeunesse d’Afrique.  

Vous voulez l’unité africaine ?

La France le souhaite aussi.

Parce que la France souhaite l’unité de l’Afrique, car l’unité de l’Afrique rendra l’Afrique aux Africains.

Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est regarder en face les réalités. C’est faire la politique des réalités et non plus la politique des mythes.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est le co-développement, c’est-à-dire le développement partagé.

La France veut avec l’Afrique des projets communs, des pôles de compétitivité communs, des universités communes, des laboratoires communs.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est élaborer une stratégie commune dans la mondialisation.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une politique d’immigration négociée ensemble, décidée ensemble pour que la jeunesse africaine puisse être accueillie en France et dans toute l’Europe avec dignité et avec respect.

Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un monde meilleur.

Ce que veut faire la France avec l’Afrique, c’est préparer l’avènement de l’Eurafrique, ce grand destin commun qui attend l’Europe et l’Afrique.

A ceux qui, en Afrique, regardent avec méfiance ce grand projet de l’Union Méditerranéenne que la France a proposé à tous les pays riverains de la Méditerranée, je veux dire que, dans l’esprit de la France, il ne s’agit nullement de mettre à l’écart l’Afrique, qui s’étend au sud du Sahara mais, qu’au contraire, il s’agit de faire de cette Union le pivot de l’Eurafrique, la première étape du plus grand rêve de paix et de prospérité qu’Européens et Africains sont capables de concevoir ensemble.

Alors, mes chers Amis, alors seulement, l’enfant noir de Camara Laye, à genoux dans le silence de la nuit africaine, saura et comprendra qu’il peut lever la tête et regarder avec confiance l’avenir. Et cet enfant noir de Camara Laye, il sentira réconciliées en lui les deux parts de lui-même. Et il se sentira enfin un homme comme tous les autres hommes de l’humanité.

Je vous remercie.

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J’ai du mal à me reconnaître dans le discours de Sarkozy

sarkozy_afriqueIl est venu.

Avec tous les honneurs de la République, il a été accueilli à la coupée de l’avion par son homologue sénégalais assisté des dignitaires de la nation. Il a eu droit à un accueil populaire comme les Sénégalais savent si bien en réserver à un hôte de marque. Outre les militants du Pds venus nombreux répondre à l’appel de leur secrétaire général, il a été reçu par tout un peuple qui, spontanément, est sorti pour lui marquer l’affection que le Sénégal nourrit pour la France.  

Il, c’est bien sûr Nicolas Sarkozy. Le théoricien de l'émigration choisie (qui n'est rien moins qu'une forme de ségrégation) aujourd'hui président de la République française (et dont le gouvernement s'est doté d'un ministère de l'Immigration) vient de nous servir, sur un ton docte et on ne peut plus suffisant, un discours dont les différentes séquences n'avaient pour dénominateur commun qu'une seule idée : la responsabilité de l'Afrique devant les malheurs qu'elle connaît depuis plusieurs siècles.

En choisissant comme cadre d'intervention ce symbole du savoir qu'est l'Ucad, notamment cette prestigieuse salle d'où, il y a moins de deux ans, feu Kéba Mbaye nous livrait une leçon inaugurale d'une autre tonalité, le nouveau maître de

la France a voulu, par le choix de son public cible, atteindre dans son cœur et dans son esprit cette élite africaine en charge du présent et du devenir du continent. Il s'agit là d'un manque de respect notoire vis-à-vis des intellectuels du continent qui ne peut manquer d'éclabousser les dirigeants de leurs pays respectifs. Il est clair que si cette ‘leçon inaugurale’ avait été suivie de débats, nombreux auraient été les auditeurs qui, violant les règles diplomatiques, s'en seraient pris à l'éminent hôte du Sénégal. C'eût été dommage pour l'amitié plusieurs fois séculaire entre les peuples français et sénégalais. Le président Sarkozy, avec tout le respect dû à sa charge, en aurait assumé l'entière responsabilité. On ne peut se prévaloir de sa position d'hôte de marque - fut-ce dans un pays de la Teranga - pour blesser tout un peuple dans sa chair et dans son honneur.

En interrogeant l'histoire, on se rend compte que l'Afrique a toujours été la victime des appétits du monde occidental. Sous ce rapport, comment peut-on nier les ravages de l'esclavage ayant conduit, par le biais de la traite négrière, à la déportation de plusieurs millions de Noirs vers les Amériques ? Même si les Africains, en l'espèce, ne sont pas blancs comme neige, force est de reconnaître que ce commerce organisé depuis Gorée (pour m'en tenir à mon pays) engage principalement la responsabilité des pays occidentaux. Il suffit de visiter l'île de Gorée et d'entendre Joseph Ndiaye déclamer les conditions dans lesquelles le voyage vers l'inconnu de ces Africains s'organisait pour comprendre le rôle pernicieux de l'Occident.

Comment nier que la colonisation de l'Afrique décidée, depuis la conférence de Berlin, est largement responsable de la balkanisation du continent et, partant, du mode d'exploitation coloniale auquel sont soumis nos pays ?

Comment nier que ce qui vient de se passer à Accra n'est que la résultante de cette politique de balkanisation qui, en nous enfermant dans des moules de pensée, de conception et de vision ne font que compliquer la nécessaire marche vers l'unité africaine. Comment nier les effets pervers de l'apartheid qui, au-delà même de son aspect développement séparé des races (au plan intra muros), a favorisé consciemment ou inconsciemment une mentalité de domination qui transparaît dans les relations entre le pays de Mandela et le reste du continent ? Comment nier que les conflits armés qui déchirent ici et là le continent sont souvent exacerbés par les pays occidentaux au nom du principe : diviser pour régner.

Comment nier que la mal gouvemance dont la manifestation la plus éclatante est la corruption, est le fait de ceux-là qui, depuis l'indépendance, ont favorisé, soutenu, entretenu et encouragé l'avènement de régimes corrompus et clientélistes ? A ce propos, tout le monde se souvient du rôle de Foccart qui, dans l'espace gaullien, faisait et défaisait les régimes. Le mouvement de démocratisation entamé depuis la conférence de la Baule ne semble pas être en passe de régler cette problématique.

Comment nier que le développement de l'Afrique sera toujours renvoyé aux calendes grecques tant que ce continent, immensément riche, n'aura pas les moyens d'exploiter ses propres richesses ?

Voilà qui pose le problème du nécessaire transfert d'une technologie appropriée au profit de nos pays dont les cadres, bien formés sur tous les plans, tiennent la dragée haute à leurs répondants des pays occidentaux. Voilà autant d'évidences qu'il faut reconnaître et que les Nations Unies ont déjà reconnues quand elles ont demandé, il y a de cela plusieurs années, au juge Kéba Mbaye de théoriser le droit au développement, aujourd'hui reconnu comme un droit de l’Homme (de la troisième génération).

Reconnaître ces vérités, c'est en tirer la seule conclusion qui vaille et que résume un seul mot : PARDON

Pour tout cela, et à cause de cela, je ne peux me reconnaître dans le discours de Sarkozy. A ce dernier, connu pour son intelligence hors du commun et qui, par son âge et ses origines, n’est pas directement impliqué dans les débats pré et post coloniaux, je conseille une nouvelle lecture des événements s'il veut durablement gagner la sympathie des générations montantes. Pour ma part, je le lui souhaite de tout cœur, au nom de feu mon père qui a servi la France et a contribué à la libérer au péril de sa vie, du nazisme arrogant et triomphant. Mais entendons-nous bien - et ce sera le mot de la fin, peut-être le plus important - cette plaidoirie ne saurait disculper l'Afrique et, avec elle, ses dirigeants des erreurs accumulées depuis l'indépendance et qui sont autant d'entraves à son développement. Donc à sa dignité. Pour la paix par la coopération internationale, nous vaincrons.

© El Hadji Babacar KEBE
Président de l’Asnu

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30 juillet 2007

Fonds Monétaire International (FMI) : Monnaie, Servitude et Liberté …

Monnaie_servitude_libert_La Répression monétaire de l'Afrique

Eminent économiste africain du Cameroun, Tchundjang Pouémi décédé le 27 décembre 1984 avait mené une réflexion pénétrante et innovante sur la répression monétaire en Afrique, hissant le débat sur les cimes des questions théoriques fondamentales, autant que sur celles plus appliquées de domination, cernant avec à-propos la vassalisation tendancielle de l’Afrique par un FMI fabricant industrieux de misère. Son désormais classique

Monnaie, Servitude et Liberté [Editions MENAIBUC, 2ème édition, 2000] est un passage obligé dans la compréhension des asservissements par la monnaie, une critique du terrorisme monétariste obtus du FMI.

Instant Misery Fund, cette inscription, en 1979 figure sur une pancarte exhibée par des manifestants qui protestent devant le siège du FMI contre un crédit accordé au gouvernement du Général Somoza président du Nicaragua. De là Tchundjang Pouémi tire cette expression tellement appropriée au rôle macabre du FMI dans le monde pauvre, le Fonds de Misère Instantanée dont les interventions monopolistiques s’éternisent et se multiplient, laissant derrière elles une misère à chaque fois démultipliée. En fait il y a un rapport direct entre les stratégies d’intervention du FMI, son unique et standard modèle passe-partout pour être exact, et la génération d’une gamme complexe de situations de pauvreté pour le plus grand nombre.

Cependant le FMI représente d’abord une violence symbolique et une anomalie démocratique par ses effets de domination, de vassalisation exercés sur des gouvernements, des systèmes de légitimation à l’évidence pas toujours parfaits, mais pour d’aucuns plus ou moins représentatifs de collectivités indirectement humiliées …avant le désastre de l’après plan. L’inquisition menée avec morgue, arrogance et sur une allure martiale par le quartet ou le quintet d’experts du siège qui daignent se déplacer annuellement pour inspecter les comptes des Etats, en impose aux gouvernements, rabaissant l’autorité des pays, les insérant dans des codes de notations internes scolaires et infantilisants, terrorisant des titulaires de mandats administratifs et électoraux.

Une asymétrie de cette nature, se justifiant de l’arguti