30 novembre 2008
Derrière les évidences humanitaires, l'Arche de Zoé, l’onde de choc
L'Arche de Zoé, l’onde de choc
Le Monde
Diplomatique
Voir toutes les vidéos concernant l'affaire de l'Arche de Zoé
Cliquer sur l'image pour revoir le reportage de Marc GARMIRIAN
La violence des réactions de la presse africaine au
« scandale de L’Arche de Zoé » a laissé pantois nombre d’humanitaires
occidentaux.
Sorte de « fait social total », l’intervention de
l’association française — accusée de tentative d’enlèvement d’enfants sous de
faux prétextes humanitaires — a mis en lumière les dérives de la société
tchadienne et de son régime ; puis, en cercles excentriques, les ambiguïtés de
l’humanitaire et des rapports Nord-Sud. Les premières réactions, viscérales et
nationalistes, frisent parfois la xénophobie : on incrimine les
dysfonctionnements administratifs ainsi que l’arrogance et le néocolonialisme
des « humanitaires » français. Tchadvision s’indigne : « Même pour alimenter un
zoo en France avec des animaux de la savane africaine, il faut prévenir les
autorités locales pour avoir une autorisation de sortie desdits animaux !
»
La grâce finalement accordée par le président tchadien Idriss Déby Itno
aux membres de l’association est interprétée amèrement, dans le genre désespéré
des utopies de Jonathan Swift. Ainsi Franck Salin sur Afrik.com : « Le marché
aux enfants africains est ouvert : venez, servez-vous, il ne coûte rien, ou si
peu, d’enlever de petits Africains. C’est, en somme, le message que vient de
délivrer le président tchadien, Idriss Déby (1). » Selon le même auteur : « Leur
comédie et leur fiasco ont porté tort, et gravement, tant à l’adoption
internationale, déjà fort en difficulté, qu’à l’action humanitaire, aujourd’hui
cible d’attaques et de mises en cause à travers le monde. »
L’« affaire »
a été aussi l’occasion de mesurer, via les médias, les prémices d’une opinion
panafricaine, fût-elle dans un premier temps informée par des relais occidentaux
(Radio France Internationale [RFI], Africa n° 1, Agence France-Presse [AFP]...).
Ainsi, dans le quotidien de Kinshasa La Conscience du 26 décembre 2007, le
politologue Serge-Nicolas Nzi commente l’attitude des plus hautes autorités
françaises, critique le mensonge et le refus de repentance, remettant l’affaire
Zoé en perspective : « Pourquoi tant de reniements de la parole donnée,
d’aboiements, de hurlements et de gesticulations pour nier ce qui est évident ?
La France peut-elle prétendre être une grande nation en niant tous les massacres
qu’elle a infligés aux autres peuples (2) ? »
La diaspora s’en mêle
brillamment, comme l’écrivain congolais Bolya Baenga, qui publie depuis Paris
une tribune cinglante sur le « cannibalisme humanitaire » : « En fait, si
l’opération d’enlèvement des enfants tchadiens et non darfouris avait réussi,
cela aurait été le premier coup d’Etat humanitaire de l’histoire. Le “tout est
humanitaire” cannibalise tout (3). »
Enfin, le « scandale de L’Arche »
semble aussi avoir été le prétexte à un déchaînement de fantasmes très
révélateurs où esclavagisme, biologie, théorie du complot se trouvent mêlés, ni
plus ni moins d’ailleurs que pour les origines du VIH... ou le 11-Septembre !
Ainsi, l’un des opposants tchadiens les plus connus, M. Ngarlejy Yorongar,
reprend les thèses conspirationnistes du Réseau Voltaire : arguant du fait que
la même personne se trouve secrétaire de L’Arche de Zoé et de la société Paris
Biotech Santé, dépendant de l’université Paris-V ; que ce laboratoire a comme
administrateur un frère du président français Nicolas Sarkozy ; et que les buts
de L’Arche étaient de faire venir dix mille enfants tchado-soudanais en Europe,
il ne peut s’agir que d’expérimentations biologiques occultes !
Dans une
lettre ouverte au président français, le député Yorongar affirme carrément : «
Vous narguez les Tchadiens, qui sont à vos yeux moins que vos chiens, qui
demeurent toujours des esclaves et qui ne méritent ni dignité ni respect, comme
les traitaient vos ancêtres. (...) Ils n’ont enlevé et séquestré que des enfants
nègres, bons pour les réseaux notamment des pédophiles, des voleurs d’organes
humains, des proxénètes et des laboratoires d’expérimentation (4). »
Les
blogs africains vont parfois plus loin, osant des parallèles avec... un génocide
: « Il faut nettoyer : entendre “créer un autre Rwanda” dans la zone du Darfour,
afin de créer un exode pour mieux exploiter le pétrole et s’approprier les
sous-sols dont on connaît aujourd’hui l’étendue des richesses (5).
»
Paranoïa ? C’est comme si l’affaire avait servi de révélateur et
d’exutoire, en particulier à cause du traitement politique affligeant imposé par
les autorités françaises et tchadiennes, plus unies qu’il y paraît.
Michel Galy
08 février 2008
Déby différencie les grâces
Soyons vigilants ! Les innocents doivent certes être grâciés mais les instigateurs ne mériteraient pas une telle clémence surtout lorsqu'ils ne sont pas repentants !
Aucun intérêt financier, politique ou militaire ne devrait interférer dans les décisions prises par les justices indépendantes du Tchad et de France.
Veillons à ce que ce tragique épisode ne se reproduise plus. Restons attentifs !
Dunia SENDWE
Consternation ! Idriss Déby songe à accorder une grâce présidentielle aux membres de l'Arche de Zoé !
Dossier Arche de Zoé - Reportage de Marc Garmirian
Les enfants africains ne sont pas des marchandises ! Protégeons-les !
Dunia SENDWE
29 janvier 2008
Arche de Zoé : Condamnations à 8 ans de prison en France pour tous les membres de l'Association
10 décembre 2007
Arche de Zoé : Le reportage de Sept à Huit (TF1)
Les
naufragés de l'Arche
La justice
tchadienne les accuse d'enlèvement, de trafic d'enfants. Six membres de l'ONG
"Arche de Zoé" risquent 20 ans de travaux forcés, pour avoir voulu
transférer 103 enfants tchadiens vers la France.
Voir le Reportage
"Mon papa était parti ramasser du bois avec sa
charette. Il y a des Blancs qui sont venus avec un traducteur noir.
Ils m'ont donné des bonbons et après ils m'ont emmené dans une maison à
Abéché"
09 décembre 2007
Arche de Zoé: Breteau charge Rama Yade et Bernard Kouchner
A.V. | vendredi 7 décembre 2007 | © Libération
Dans une lettre mise en ligne par France Info, le président
de l'Arche de Zoé fustige l'«imposture» de la secrétaire d’Etat aux Droits de
l’homme et l'«étonnant silence» de l'ex-French doctor
Eric Breteau a repris sa plume pour critiquer le
gouvernement Sarkozy. Dix
jours après avoir défendu son action au Tchad et nié avoir agi «clandestinement» pour évacuer 103
enfants vers la France, le président de L’Arche de Zoé s’en prend à Rama Yade.
Dans une lettre diffusée par le site de France Info, il
fustige l’«imposture» de la
secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme et ses «déclarations contradictoires et calomnieuses» qui ont «conforté les nationalistes tchadiens».
Rama Yade avait affirmé que l’opération de l’Arche de Zoé était «illégale» et «clandestine».
Dans
cet extrait de cinq pages mis en ligne, Eric Breteau critique aussi vivement la
«manipulation politique et médiatique
actuelle du ministère des Affaires étrangères». Le président de
l’Arche de Zoé vise nommément Bernard Kouchner, son «étonnant silence» sur l’affaire, lui qui avait fait du «drame du Darfour» la «priorité de son mandat».
La
lettre mentionne également une rencontre en juin dernier entre Eric Breteau et
un proche conseiller de Bernard Kouchner,
«Laurent Contini». Ce dernier aurait déclaré à l’époque: «Votre projet de sauvetage des orphelins du Darfour
est intéressant, il va sans doute provoquer une crise internationale et une
réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui donnera une nouvelle légitimité
au ministre Kouchner de s’exprimer sur le sujet du Darfour après le fiasco du “corridor
humanitaire”» que l’ex-French doctor avait évoqué.
Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères
rappelle qu’il a «fait connaître à
plusieurs reprises aux membres de l’organisation comme au public»
son «opposition à ce projet. L’opération
menée au Tchad sous le nom de l’organisation “Children Rescue” n’a elle jamais
été portée à la connaissance des autorités françaises. Elle a été dissimulée de
bout en bout dans sa finalité».
Le
Quai d'Orsay souligne qu’il n’a «jamais
caché qu’il y a eu plusieurs entretiens de représentants de l’association Arche
de Zoé avec des représentants du ministère […], au cours desquels nous avons constamment exprimé nos
réserves et notre opposition.» Le ministère ajoute: «C’est le 9 juillet que le quai d’Orsay a saisi la
justice pour “faits d’exercice illicite de l’activité d’intermédiaire pour
l’adoption”. Les propos rapportés dans votre lettre et attribués à des agents
de ce ministère n’ont jamais été tenus.»
http://www.liberation.fr/actualite/monde/296471.FR.php
15 novembre 2007
Le Haut Commissariat aux Réfugiés dénonce l'opération "écoeurante" de l'Arche de Zoé
Craig Johnstone, numéro un du Haut Commissariat des Nations
unies pour les Réfugiés (HCR), estime que la tentative de l'ONG l'Arche de Zoé
d'évacuer des enfants africains en Europe est une opération
"écoeurante" à l'origine d'un climat de suspicion qui entrave les
activités de l'Onu dans la région.
La tentative de l'ONG l'Arche de Zoé d'évacuer des enfants
africains en Europe était une opération "écoeurante" à l'origine d'un
climat de suspicion qui entrave les activités de l'Onu dans la région, a
déclaré mardi le numéro un du Haut Commissariat des Nations unies pour les
Réfugiés (HCR).
"Ce qu'ils ont fait était véritablement
écoeurant", a dit Craig Johnstone, un ancien diplomate américain en poste
depuis avril, lors d'une conférence de presse à N'Djamena.
"Pour le moment, cela a assurément un impact négatif
parce que la population locale est devenue très soupçonneuse. Mais je pense
qu'à long terme, la situation se calmera et je pense que les choses
s'amélioreront assez vite."
Inculpés de fraude et enlèvement, six membres de l'ONG
française sont incarcérés à N'Djamena. Ils ont été arrêtés le 25 octobre
dernier à Abeche, dans l'est du Tchad, alors qu'ils s'apprêtaient à évacuer par
avion une centaine d'enfants qu'ils présentaient comme des orphelins du
Darfour, région soudanaise frontalière.
Arrêtés dans le même temps, trois journalistes français
couvrant la mission de même que les sept membres d'équipage de l'avion espagnol
affrété pour l'occasion ainsi qu'un pilote belge ont été libérés depuis.
Johnstone a accusé les responsables de l'ONG française
d'avoir trompé à la fois le gouvernement tchadien et les représentants de l'Onu
en prétendant évacuer des petits orphelins malades et sans ressources du
Darfour pour qu'ils puissent être soignés en Europe.
Selon le HCR, il s'agissait en fait pour la plupart
d'enfants tchadiens en bonne santé et ayant au moins un de leurs deux parents
encore en vie.
Différentes agences de l'Onu opèrent dans l'est du Tchad pour tenter de faire face à la crise humanitaire consécutive au conflit au Darfour, qui a fait quelque 200.000 morts et 2,5 millions de réfugiés.
LePoint.fr | 22h09 | 13/11/2007 - © Reuters / Photo prise le 23 juillet 2007/REUTERS/Handout
- © REUTERS
13 novembre 2007
Parler d'un génocide au Darfour, c'était offrir un terreau à l'Arche de Zoé
« Nicolas Sarkozy est allé au Tchad parce que l’Arche de Zoé plombait sa
propre opération militaro humanitaire » explique Antoine Glaser, directeur
de la rédaction de la lettre du Continent, qui révèle sur son site l'existence
d'un courrier du secrétariat d'Etat aux droits de l'homme à Rachida Dati
dénonçant « l'illégalité de l'opération de
l'arche de Zoé».
Ce courrier est en ligne sur Africa intelligence (lire "la preuve de Rama
Yade")
Antoine Glaser dirige la Lettre du continent - l'une des publications du
groupe Indigo, éditeur d'"Intelligence online" et de la "Lettre A" et il est,
entre autres, l'auteur de Ces messieurs
Afrique (1992 et 1997) et Comment
la France a perdu l'Afrique (en 2003) avec Stephen Smith.
Vous venez de révéler à vos abonnés que le ministère français de la
justice a effectivement été alerté, début août de l’illégalité, et de
l’imminence de l’opération l’arche de Zoé. Vous en avez une preuve?
C’est
une lettre de Brigitte Collet [directrice de cabinet de Rama Yade, secrétaire
d'Etat aux droits de l'homme] qui s’adresse au directeur de cabinet de Rachida
Dati en lui expliquant, en deux paragraphes extrêmement précis, qu’il va y
avoir de trois cent à mille enfants qui vont être sortis illégalement du Tchad.
C’est étonnant qu’à la suite de cette lettre il n’y ait eu aucune intervention.
Bien sûr, les autorités tchadiennes sont maîtres de décider quelles sont les
ONG qui doivent opérer ou pas chez elles. C’est étonnant qu’en France, il n’y
ait pas eu de suites judiciaires. Puisque des démarches avaient été engagées
auprès du procureur. Cette lettre montre bien les dysfonctionnements survenus
en France et sur le terrain dans l'affaire de l’Arche de Zoé".
Pourquoi l’Etat n’a pas empêché l’opération?
On
sous-estime la situation sur le terrain et la perte d’influence et le manque de
moyens de la France en Afrique. A l’ambassade de France, il doit y avoir une
dizaine de personnes. Sur le terrain, l'on voit bien que les militaires ne
parlent pas aux diplomates et vice-versa. Ce genre de problème peut arriver,
parce que chacun reste sur son pré carré. Mais il y avait la possibilité de
faire, ici, des pressions sur cette association. Ne serait-ce que de convoquer
Eric Breteau qui s’apprêtait à commettre un acte illégal.
Que pensez-vous des questions posées par Rony Brauman sur la
responsabilité de l’Etat, et la surdramatisation de la situation au Darfour?
Depuis
plusieurs mois, une partie des French doctors sont sur cette ligne des
néoconservateurs américains et des évangélistes américains qui ont soutenu les
rébellions du Sud Soudan, consistant à dire qu’on était en présence d’un
génocide au Darfour et d’une inaction de l’Etat. Le candidat Sarkozy avait dit
qu’il fallait intervenir immédiatement. L’arche de Zoé, ce sont deux personnes,
qui semblent sortis d’une secte qui entendent ça, mobilisent quatre personnes
et partent en mission au Tchad se sentant investis d’une mission. Lors d’un
colloque qui s’était tenu à la Mutualité, Bernard Kouchner n’avait qu’une motivation:
ne pas laisser tomber le Darfour, il s’y déroule un génocide. Certains
parlaient même de Shoah. La réalité, c’est que s’il y a eu des crimes de
commis, s’il y a eu effectivement 200.000 personnes qui ont été tuées, on est
plutôt dans un phase descendante. Même si le président Omar El Béchir veut
garder le pouvoir et utiliser le Darfour dans les négociations futures au Sud
Soudan pour des enjeux pétroliers, personne ne croit qu’il y a un processus
d’extermination de toutes les populations noires du Darfour. C’est une
situation géopolitique extrêmement compliquée avec des antagonismes séculaires.
La simplifier en disant qu’il y a un génocide et qu’il faut parachuter toute
les ONG du monde, c’est un terreau favorable aux opérations du type Arche de Zoé.
Les enjeux politico-militaires ont joué un rôle ?
Ces
enjeux sont importants du coté de Paris, puisque Bernard Kouchner a persuadé
Nicolas Sarkozy qu’il fallait qu’il s’investisse personnellement sur le dossier
du Darfour pour peser dans le monde. Le Darfour intéresse les Etats-Unis, qui
exploitent deux cent mille barils de pétrole dans le Sud du Tchad. Les Chinois
exploitent 500.000 barils dans le Sud Soudan. Vous avez des enjeux pétroliers
importants. C’est un pays qui est à la charnière du monde arabe et du monde
africain. C’est aussi la charnière du monde anglo-saxon où les Français ont été
obligés de baisser pavillon devant les Anglais du temps de la colonisation. C’est
un pays clé. Stratégique.
L’investissement de Nicolas Sarkozy ce n’est pas
seulement d’aller chercher trois journalistes et quatre hôtesses de l’air
espagnoles. C’est aussi parce que cette affaire de l’Arche de Zoé est en train
de lui plomber sa propre opération militaro humanitaire, qui va se déployer ces
prochaines semaines à la frontière du Tchad. C’est une opération européenne
mais portée par la
France. Trois mille soldats, mille cinq cent soldats
français. Le quartier général sera au Mont Valérien. C’est une opération
importante pour Nicolas Sarkozy, destinée à sécuriser les camps de réfugiés, à
la frontière du pré carré français, du Tchad et de Centrafrique, avant
l’arrivée de l’appareillage lourd des Nations Unies, qui va se déployer, début
2008, avec 26.000 hommes.
Bernard
Kouchner et Nicolas Sarkozy veulent faire une opération pour montrer que la
France s’intéresse à nouveau à l’Afrique et draine ses partenaires européens.
Seul problème, dramatique, c’est que les Allemands ont refusé d’y aller, et le
cabinet de Bernard Kouchner a le plus grand mal à monter cette force européenne.
Le Soudan fait partie de l’axe du mal…
Cette
opération va se dérouler en territoire tchadien et centrafricain. Mais l’idée
derrière tout ça est de neutraliser à terme le pouvoir d’Omar El Béchir. Sur ce
plan, la France joue un double jeu. Au dernier sommet de Cannes, Jacques Chirac
avait invité lui même Omar El béchir. Total est actuellement en train de
récupérer un immense gisement de pétrole qui fera aussi 500.000 barils jours au
Sud Soudan. Donc les intérêts économiques de la France sont plutôt au Soudan
qu’au Tchad. Si l’on suit la politique américaine, le méchant c’est Omar El
Béchir. Soit on se met avec les Chinois avec Omar El Béchir. Soit avec les
Américains, contre lui."
Propos recueillis par Karl Laske | Liberation.fr | 05/11/2007 à 18:15 | Lien permanent
Arche de Zoé - "Ces voyous à qui Dieu a donné la peau blanche"
Quand des "aventuriers", sous prétexte de charité,
viennent "s’emparer" d’enfants, les fantasmes sont prompts à se
réveiller. Témoin ce texte du principal éditorialiste du quotidien camerounais
d’opposition.
Le scandale provoqué par une poignée d’aventuriers européens
qui ont affrété un avion pour aller s’emparer d’une centaine d’enfants, sous
prétexte d’action humanitaire, sans droit ni titre, sans morale ni raison, est
à lui seul tout un symbole de la contradiction dans laquelle baigne l’Occident.
Comment comprendre qu’au moment où les portes de tous les
pays européens semblent se fermer à l’Afrique par le biais de législations
infernales contre l’immigration, on nous annonce que, par charité, une centaine de gamins nègres devaient être
accueillis par des familles blanches ?
S’agit-il d’en faire des esclaves dans des maisons closes,
des jouets pour petits Blancs, de la bonne chair pour des fauves de cirque ?
Combien d’enfants ont-ils déjà été victimes de ces rapines, comdes victimes
africaines innocentes dont le seul tort est d’avoir été condamnées à la misère
?
Le gouvernement tchadien a pu stopper l’opération, en arrêtant ces aventuriers
et en confiant les enfants à la garde de l’UNICEF. Mais de quel gouvernement
tchadien s’agit-il ? Celui qui est protégé, supervisé et tenu à bout de bras
par la France ? Bien évidemment, il ne faut avoir aucune illusion : la
libération de ces voyous à qui Dieu a donné la peau blanche sera finalement
arrangée. Ils sont citoyens des pays maîtres qui écument le continent, et le bon
petit soldat tchadien n’échappera pas à la règle.
Sans doute inspiré par les histoires et les images qui emplissent les bulletins
d’informations à travers le monde sur la misère totale du continent africain,
un véritable commerce de la pitié s’est mis en place dans les pays riches.
L’excitation a dorénavant gagné toutes les couches sociales. Il y a ceux qui se
sont assignés pour mission, sans que mandat leur soit donné pour quoi que ce
soit, de sauver des enfants africains traités à tort ou à raison d’orphelins.
Il y a ceux qui se battent pour inventer des programmes de sauvetage, tantôt
pour la Somalie, tantôt pour l’est du Congo démocratique en proie à une
rébellion sans fin, tantôt pour le Tchad et la Centrafrique, où des accords de
paix succèdent aux accords de paix sans jamais faire taire les armes. On se bat
donc partout au nom de l’Afrique.
Mais, et c’est édifiant, on cherche aussi, pour comprendre, pour cadrer, pour
dompter la misère, à donner une couleur aux souffrances, à affecter une religion
à la pauvreté et même à inventer une génétique de la violence. Où
faudrait-il dorénavant orienter les recherches sur les causes de la misère de
l’Afrique ? Faudrait-il continuer dans une critique intellectuelle des systèmes
de gouvernance ou recourir à une étude approfondie des traits génétiques des
peuples africains ?
Le monde ne parle plus que de nous, de l’Afrique. Le monde ne voit plus que
nous comme le problème, la honte éternelle de l’espèce humaine, l’humiliation
des continents, la source de toutes les maladies. Il y a une trentaine
d’années, alors que je résidais à Washington, je découvris un article fort
significatif dans le très sérieux Washington Post, sans doute un des plus
prestigieux et des plus importants quotidiens des Etats-Unis. L’auteur de
l’article, que l’on présentait comme un scientifique éminent, décrivait les
différentes espèces de cafards en prenant soin de mentionner leurs capacités de
nuisance, leur dangerosité et leur origine. Une bonne dizaine de ces bêtes
étaient ainsi répertoriées, provenant de tous les continents. La plus douce, la
plus fine et en même temps la moins nuisible était arrivée aux Etats-Unis dans
les bagages des immigrants européens. La plus nuisible, la plus grossière, la
plus méchante et plus envahissante provenait d’Afrique, importée dans les
baluchons des esclaves.
Avant cela, mon séjour d’étudiant en Occident fut très souvent troublé par les
injures des marchands de sommeil, qui, pour nous refuser la location de leurs
minuscules chambres insalubres, expliquaient que les mets africains étaient
trop épicés et dégageaient une forte odeur, gênante pour les voisins.
Aujourd’hui, en 2007, nouveau siècle, nouveau millénaire, et alors que le
monde a évolué dans toutes les branches de la recherche scientifique, de la
technologie et de l’information, alors que les peuples s’inquiètent de leur
place dans la mondialisation, l’Afrique se voit rappeler brutalement ses
insuffisances. Nous entrons dans la phase finale du procès cruel fait aux
peuples, lequel mettra à mort les continents misérables et les races maudites.
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Shanda Tomne | Le
Messager
© Courrier international 2007 | ISSN de la publication
électronique : 1768-3076
Courrier international - n° 888 - 8 nov. 2007 | France
12 novembre 2007
Vidéos concernant l'Affaire de l'Arche de Zoé
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Reportage de Marc Garmirian diffusé sur M6
Reportage diffusé sur TF1
Interview de Marc Garmirian sur TF1
Interview du Médecin de l'Arche de Zoé











