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Blog du CDF/FCD - Afrique

Actualité de la Section Africaine du CDF/FCD (Chrétiens Démocrates Fédéraux / Federale Christen Democraten) de Belgique. Infos : http://cdfliege.lalibreblogs.be/

09 décembre 2007

Une négrophobie académique ou la banalisation de la Traite ?

© Odile Tobner | Jeudi 6 décembre 2007

Source: http://www.indigenes-republique.org/spip.php/spip.php?article1145

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Depuis le Code noir (1685), rares sont les intellectuels français qui ont remis en question le socle raciste sur lequel repose notre regard sur « les noirs », africains ou antillais. Les récentes saillies négrophobes d’Hélène Carrère d’Encausse, Alain Finkielkraut ou Nicolas Sarkozy ne sont pas de malheureux dérapages mais la continuité désolante de préjugés nourris depuis quatre siècles [1]. Qui, en France, sait que Saint-Simon, Bossuet, Montesquieu ou Voltaire ont commis, sur ces questions, des pages monstrueuses ? Que Renan, Jules Ferry, Teilhard de Chardin, Albert Schweitzer ou encore le général De Gaulle leur ont emboîté le pas ? C’est pourtant ce que vient nous rappeler Odile Tobner dans son livre Du racisme français. De ce livre salutaire nous publions un extrait consacré à l’historien-fétiche des grands médias : Olivier Pétré-Grenouilleau, et à la manière plus que douteuse dont il revisite l’histoire de la Traite des Noirs.

Les médias viennent de mettre en vedette un historien, Olivier Pétré-Grenouilleau, présenté religieusement comme un oracle. Il avait déjà, il y a quelque temps, dans un ouvrage de vulgarisation consacré à la question (La Traite des Noirs, paru dans la collection « Que sais-je ? » [2]) présenté le sujet à sa façon :

« Concernant les idées, presque rien n’a en effet été véritablement inventé depuis le XIXe siècle, époque à laquelle les abolitionnistes faisaient de la traite la cause du malheur de l’Afrique, tandis que leurs détracteurs n’y voyaient que la conséquence de son anarchie. »

Renvoyer dos à dos les uns et les autres est déjà scandaleux ; mais l’auteur penche en réalité du côté le plus malhonnête :

« Il serait exagéré, à la faveur d’une lecture européocentriste dépassée de l’histoire africaine, de voir dans les effets démographiques de la traite l’une des raisons essentielles du mal-développement africain. »

Qu’est-ce à dire ? Où est cette lecture européocentriste dépassée qui aurait, dit-on, exagéré les effets de la traite ? C’est un pur fantôme que l’on désigne vaguement, sans apporter la preuve de son existence. Toutes les lectures européennes sans exception minimisent au contraire les chiffres, dans des proportions évidemment différentes. On aimerait par ailleurs savoir ce que serait une « lecture non européocentriste » : une lecture faite par des Européens comme M. Olivier Pétré-Grenouilleau, se mettant à la place des noirs et faisant leur Histoire à leur place pour dire que les Européens n’étaient pas racistes ? On est dans la divagation.

Il est hasardeux d’affirmer que la traite n’a pas eu d’influence sur la démographie africaine : la thèse est cependant soutenue avec aplomb. On va même jusqu’à évoquer « l’ensemble des phénomènes positifs et négatifs » de la traite, sans prendre conscience apparemment de la monstruosité d’une telle phrase, qu’aucun commentateur autorisé n’a, il est vrai, relevée. Quel phénomène « positif » peut bien être induit par tant de douleurs et de morts, sauf pour les bénéficiaires bien entendu ?

Suit une assertion qui fera bien rire les démographes :

« Cependant la nature polygame des sociétés africaines a sans doute eu pour effet d’atténuer voire d’annuler en bonne partie cet éventuel déficit des naissances. »

La natalité – c’est assez facile à comprendre – se mesure au nombre d’enfants par femme et non au nombre de femmes par mari. Que les unions soient monogames ou polygames, les femmes ne peuvent faire qu’un nombre déterminé d’enfants. La polygamie réduit au contraire le nombre d’enfants par femme, en instituant un délai d’isolement après chaque naissance. Le mari polygame est certes le père putatif d’un grand nombre d’enfants, mais c’est au prix du célibat forcé des jeunes et des pauvres. Par ailleurs, aucune société n’est par nature – toujours cet essentialisme raciste – monogame ou polygame. La polygamie est liée à une conjoncture historique et culturelle. On la trouve soit dans des sociétés guerrières où les hommes sont décimés, où les femmes sont un butin, comme chez les Grecs de l’époque homérique, soit dans les sociétés décimées par l’esclavage. Olivier Pétré-Grenouilleau prend les effets pour la cause. Avec la disparition de tant d’hommes – on a vu que les femmes étaient très minoritaires dans les cargaisons –, comment la polygamie n’aurait-elle pas été une réaction obligée de la société ?

Le simple bon sens permet de comprendre que la saignée de la traite a été pour l’Afrique une catastrophe, humaine, culturelle, économique, démographique. Dans un livre remarquable, Louise Marie Diop-Maes remet à leur place bien des aberrations intéressées – et d’abord elle pose la seule question pertinente :

« Les effets de la traite des humains en Afrique noire sont-ils évaluables ? » [3]

Entre les fanatiques de l’innocuité, voire des bienfaits de l’esclavage, à la suite d’un certain Philip Curtin, qui ne craint pas d’affirmer, par exemple, que l’introduction du maïs en Afrique aurait « compensé les pertes humaines » – comme si l’Afrique manquait de plantes comestibles, comme si l’alimentation remplaçait les bouches manquantes [4] –, et la majorité des universitaires français, considérés par les premiers comme des extrémistes de l’interprétation sévère de la traite parce qu’ils limitent l’effet négatif à une stagnation de la population, il n’y a pas une grande différence.

On est obligé de les laisser à leurs chicaneries si l’on veut commencer à parler raisonnablement du passé de l’Afrique. Marie-Louise Diop-Maes conclut :

« J. Inikori (Nigeria), Walter Rodney et moi-même, par des méthodes d’analyse différentes, sommes arrivés à la conclusion que les répercussions de la traite ont provoqué une diminution de la population entre 1500 et 1900 et que, parallèlement, l’Afrique noire s’est progressivement sous-développée durant la même période. »

Le dépeuplement de cette période s’est accompagné de l’éclatement d’importants ensembles politiques, culturels et sociaux et d’un repli sur les unités de base : famille, clan, tribu. C’est l’image de l’Afrique contemporaine.

« Il ne s’agit pas d’un sous-peuplement chronique, d’un tribalisme perpétué depuis la Préhistoire, sur une terre étouffante et maudite, ou trop clémente, mais bien d’un dépeuplement et d’une atomisation qui ont débuté au XVIe siècle. »

Après la mise en cause des Arabes à égalité avec l’Occident, l’autre pilier de la science blanche pour tenter d’exonérer l’Histoire de France d’un chapitre peu glorieux est la collaboration des Africains à la traite. On sait [5] que Voltaire dit, dans le chapitre de Candide sur Le nègre de Surinam, que la mère vend son enfant, ce qui est bien sûr une calomnie manifeste à l’égard des Africains. La demande d’esclaves par les Européens a causé certes des expéditions destructrices. Dans toute situation de domination, il y a des collaborateurs dans le groupe dominé. Il faut simplement poser la question : dans un crime, est-ce que le recrutement de complices est une circonstance atténuante ou aggravante ? La responsabilité du complice vient-elle diminuer celle de l’artisan principal ? Des Africains sont-ils venus proposer en Europe leur collaboration et leur marchandise ? Encore une fois ce sont des questions de simple bon sens.

L’inventaire des ouvrages qui répandent des aberrations racistes sur l’histoire de la traite et de l’esclavage serait infini. On se contentera d’un seul, qui n’est pas marginal puisqu’il s’agit d’un banal et récent livre de vulgarisation, où les perles abondent, telle celle-ci :

« Sur place aux Antilles, les Noirs avaient conservé le culte du Vaudou, qui aggravait les mentalités de certains d’entre eux. Les “nègres marrons” armés de machette (sabre à couper la canne à sucre) étaient enrôlés par les plus criminels d’entre eux pour les massacres des Blancs. Mais tout cela n’empêcha pas les nombreuses unions hors mariage qui engendrèrent une nouvelle ethnie : les mulâtres. » [6]

Un véritable bouquet en quelques lignes. Des hommes qui, dans une situation d’écrasement et d’humiliation absolus, trouvent le courage surhumain de se révolter sont-ils des criminels ou des héros ? Pourrait-on, dans un ouvrage historique d’aujourd’hui, appeler « criminel » un homme évadé d’un camp de concentration, tuant quelques gardiens au passage, sans provoquer le plus grand scandale ? On est obligé de poser cette hypothèse si l’on veut donner le sentiment d’une monstruosité qui échappe manifestement aux lecteurs de pareils ouvrages, tant le racisme imprègne le subconscient. User du doux euphémisme de « unions hors mariage » pour désigner le crime le plus lâche par sa facilité et son impunité – le viol systématique des esclaves noires –, est-ce faire oeuvre d’historien ? Depuis quand les enfants nés hors mariage constituent-ils une « ethnie », sauf à adhérer à des distinctions racistes ?

On ne résiste pas à l’envie de citer quelques perles de la même origine :

« Quelques années plus tard [7] , il ne resta rien des richesses accumulées dans ces îles et nombre de négociants métropolitains furent ruinés. Mais on peut considérer que ces derniers auront été le vecteur de l’implantation de l’ethnie noire. Par voie de conséquence, sans doute que les descendants de celle-ci auront ainsi échappé à d’autres fléaux. »

Ainsi les richesses se seraient évaporées. Cela n’existe pas, sauf dans des croyances magiques. Les richesses ont changé de main, elles ont servi à développer des industries, armement, accastillage, industries du luxe, etc. Mais le comble du cynisme ou de la stupidité, on ne sait, c’est d’indiquer comme seul bénéfice de cette période d’avoir permis aux Africains de quitter leur enfer d’origine… et en plus le transport était gratuit !

D’autres jugements, dans des ouvrages hautement scientifiques, laissent tout aussi pantois :

« Le chapitre qui venait de se clore en 1848 n’était pas complètement négatif. Une indéniable prospérité économique s’était traduite dans les faits dès les débuts de la traite des noirs. » [8]

Autant s’extasier de ce que le prodigieux effort de guerre allemand, entre 1940 et 1945, fut fi nancé par le pillage des pays occupés et l’extermination de la main d’œuvre déportée. Ce qui est escamoté avec la plus grande désinvolture dans ce jugement de « valeur », qui affiche de façon obscène la primauté de l’argent, c’est ce que certains appellent pudiquement la question morale. C’est avouer que le traitement réservé aux noirs ne relève pas de la moralité, comme le disait Montesquieu.

On ne recommandera jamais assez au lecteur de l’historien de faire preuve d’esprit critique face à une Histoire qui n’est jamais parfaitement objective. L’Histoire ment toujours d’une certaine façon, au moins par omission, puisqu’on ne saurait inventorier la totalité des faits. Surtout l’Histoire est une matière d’autorité, et l’autorité, en l’occurrence, est celle des vainqueurs. Un ensemble de faits aussi bien établis et documentés que la Révolution française a connu et connaîtra diverses présentations et interprétations dont aucune ne peut prétendre s’imposer comme dogme. Il y a eu la Révolution tueuse : guillotine, tricoteuses, tribunaux révolutionnaires. Les images de la terreur révolutionnaire sont bien ancrées dans la tradition scolaire. Cette terreur a causé, de 1792 à 1794, de trente-cinq à quarante mille morts dans toute la France, qu’ils aient été exécutés sommairement ou qu’ils aient fait l’objet d’une condamnation à la peine capitale. Mais l’Histoire a refusé une célébrité analogue aux trente mille communards que les Versaillais tuèrent pendant la seule « semaine sanglante » de mai 1871 [9] : les morts faits par la Révolution comptent toujours beaucoup plus que ceux dus à la répression.

Autre exemple : c’est l’Histoire qui a fait de la prise de la Bastille – une horde populeuse, type racaille de banlieue assiégeant un commissariat, se fait ouvrir les portes d’une forteresse quasi vide et tue sauvagement les gardes et le gouverneur – le mythe national par excellence. Tout est dans l’interprétation.

Si un événement aussi important de notre Histoire nationale peut donner lieu à de telles distorsions, combien doit être problématique l’histoire de l’esclavage et de la colonisation ! L’Histoire de l’Afrique qui nous est racontée en France est celle des conquérants : c’est son premier défaut. Il ne s’agit pas d’un procès d’intention mais d’un constat. C’est une première et fondamentale distorsion. Tout comme les peuples africains ne sont toujours pas émancipés de la tutelle politique de l’Occident, ils ne se sont pas encore emparés de leur Histoire pour leur propre usage et pour en imposer la vision au monde.

Les Traites négrières

La dernière et très douteuse contribution à cette Histoire dominée est l’ouvrage d’Olivier Pétré-Grenouilleau intitulé Les Traites négrières, essai d’histoire globale. Le titre, à lui seul, a son éloquence. Que peut bien vouloir dire d’abord une « histoire globale » ? Il s’agit apparemment de noyer les phénomènes un peu crus dans un ensemble flou. C’est le contraire d’un comparatisme critique. On pourrait ainsi, si on l’osait, faire une histoire globale de l’antisémitisme qui dissoudrait et relativiserait la Shoah dans les millénaires persécutions contre les juifs.

L’expression « les traites négrières », quant à elle, annonce la thèse et le sophisme fondamental du livre. Par ce pluriel l’auteur prétend qualifier trois traites : la traite arabo-musulmane, la traite interne à l’Afrique et la traite européenne. Il n’y a eu en fait qu’une seule traite négrière, c’est-à-dire à fondement exclusivement raciste, c’est celle pratiquée par les Européens. La traite arabo-musulmane, succédant à celle pratiquée par l’Empire romain dans toute son aire, a frappé des captifs de toutes origines non musulmanes [10]. Quant au servage ou au rapt pratiqués dans certaines sociétés africaines, comment pourraient-ils recevoir la qualification de négrier, qui traduit par essence la subjectivité du regard « blanc » ?

Dès le titre, la fonction idéologique du livre apparaît donc clairement. On s’explique alors le lancement médiatique dont il a bénéficié, sans précédent pour un ouvrage aussi indigeste, de facture lourdement universitaire [11]. On vit l’auteur accueilli par un chorus d’applaudissements sur tous les plateaux de télévision, et son livre, loin d’être l’objet d’un quelconque débat, fut unanimement porté aux nues par des critiques qui n’en avaient certainement pas lu dix pages, mais qu’importe. C’est à l’idéologie professée par le livre qu’allait leur enthousiasme : ils ne pouvaient que faire un triomphe. La véritable croisade entreprise alors pour le défendre contre toute contestation a atteint des sommets d’indécence.

Par un artifice assez grossier, l’auteur prétend débarrasser l’histoire de l’esclavage de ses « clichés » et de ses « poncifs » [12] – c’est ainsi qu’il qualifie aimablement les travaux de ses prédécesseurs, prétendument pervertis par leurs bons sentiments. Ceux-ci auraient, selon lui, dramatisé la traite et l’esclavage, qu’il se charge, lui, de banaliser.

En réalité, cette histoire telle qu’elle a été racontée par les Européens est toujours restée bien en deçà de l’horreur de la traite transatlantique et de l’esclavage tels que les ont vécus les noirs. Cette description, devant laquelle ont reculé les historiens blancs, même « bienveillants », est encore à faire.

Le racisme a en effet joué un rôle essentiel dans le déchaînement de ce que Rosa Amelia Plumelle-Uribe appelle « la férocité blanche » [13]. Cet aspect de l’étude de l’esclavage est et a toujours été, sauf chez quelques auteurs haïtiens, largement tabou. La rouerie consiste à présenter au contraire comme taboue la description adoucie et relativisée de l’esclavage, qui est pourtant la norme. Mais jamais on n’était allé aussi loin dans l’atténuation. Ainsi Pétré-Grenouilleau dénonce-t-il « le portrait apocalyptique » [14] qui aurait été fait du transport des captifs, le « taux d’entassement », « souvent exagéré par les abolitionnistes » [15], sans qu’aucune preuve ou référence soit apportée à l’appui de ces appréciations éminemment subjectives. C’est le second défaut majeur de l’ouvrage : des affirmations subjectives jamais étayées de la moindre preuve. C’est ce que l’on présente en France comme une grande oeuvre d’historien !

Pétré-Grenouilleau parvient, dans un livre consacré à la traite négrière, à prouver l’excellence de la moralité blanche : loin que l’esclavage raciste puisse être reproché spécifiquement aux Européens, l’abolitionnisme prouve leur supériorité. En effet le mouvement abolitionniste est, selon lui, né par génération spontanée. Nulle part n’est formulée l’hypothèse, pourtant la plus vraisemblable, que l’abolitionnisme est né de l’atrocité toute particulière de la traite atlantique, l’opinion européenne s’émouvant légitimement des conditions terrifiantes du transport, et des débordements de cruauté de l’esclavage. À l’explication de bon sens on substitue une thèse hautement improbable mais flatteuse. La distorsion par une interprétation tendancieuse est ici manifeste.

Il est bizarre, à ce propos, que personne n’ait relevé ce grave défaut de rigueur historique : ce dont l’ouvrage se prétend une réfutation n’est jamais clairement désigné, il s’agit d’une sorte de nébuleuse historique sans auteurs, sans titres, sans citations. En l’espèce, les « exagérations » incriminées par l’auteur seraient le fait d’un groupe désigné vaguement par le terme « les abolitionnistes ».

D’une façon générale, des assertions très douteuses ne sont pas étayées. Ainsi cette affirmation pour le moins étrange :

« Ajoutons que l’introduction d’Africains favorisa l’apparition d’épidémies chez les Indiens. » L’auteur explique la disparition des Indiens d’Amé rique essentiellement par le « choc microbien ». [16]

C’est faire bon marché des témoignages les plus anciens sur la question, à commencer par ceux de Las Casas, relayés par Montaigne, dès le XVIe siècle :

« Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions de peuples [17] passés au fil de l’épée. »

Un autre thème récurrent du livre est la récusation de la question morale :

« L’aspect moral mis à part, peu de choses distinguaient le trafic négrier des autres grands commerces maritimes » [18]

« La traite ne doit pas être réduite à une simple affaire de morale ». [19]

Il se trouve que, comme l’auteur lui-même le note, ce trait caractérise le discours des négriers :

« Ce type de discours [économique] permettait d’évacuer les dimensions morales et intellectuelles du débat. » [20]

Il s’inscrit donc directement dans l’héritage de l’idéologie négrière, dont tout le livre constitue une tentative de réhabilitation qui semble avoir porté ses fruits.

L’engagement idéologique, au détriment de la prudence du savant, est confirmé par le caractère catégorique des assertions. Bien loin que les chiffres de la traite et de l’esclavage soient connus avec certitude, ils sont toujours hautement hypothétiques et risquent de le rester définitivement. On s’étonne même de la pauvreté des connaissances derrière l’apparence de savoir produite par les répétitions. D’un ouvrage à l’autre, les mêmes informations sont présentées sans aucun recul critique. L’inventaire, évidemment partiel, des expéditions n’est qu’un élément qui devrait, loin d’être sacralisé, être complété par bien d’autres points de vue.

Dans la plupart des colonies américaines, notamment caraïbes, la population des esclaves était cinq à dix fois plus élevée que celle des colons. Ces chiffres pourraient utilement être commentés et se prêter à des projections. Mais non, on fait comme si on savait tout et comme si le dernier mot avait été dit : l’Histoire est définitivement établie sur ce point. L’acharnement à soutenir cette clôture est en lui-même suspect, aucune question historique ne pouvant être considérée comme définitivement connue. C’est cette assertion qui a été largement diffusée dans le public, sans aucune réserve critique.

On en sait encore moins sur les traites arabes, mais l’imagination et les « projections mathématiques » aidant on aboutit à des chiffres aussi péremptoires. Peu importe que l’on compare, entre autres sophismes, quatorze siècles de traite arabe et trois siècles de traite occidentale, l’important est de produire deux chiffres, lesquels seront ressassés jusqu’à plus soif par tous les mass médias. On est au coeur de la fonction idéologique du livre. Les deux chiffres, largement arbitraires – celui de la traite atlantique et celui des razzias arabes – ont été compulsivement martelés en effet sur tous les plateaux de télé, débats et même dans les bulletins d’information.

Une histoire se prétendant globale et comparatiste aurait pourtant dû souligner bien des différences. Les Arabes, nous dit-on, razziaient souvent pour lever des troupes. Ces razzias devaient donc ressembler assez aux rafles que faisaient les Français pour recruter des troupes coloniales au XXe siècle. L’histoire de ces « enrôlements forcés » reste à faire ; mais on ne les range pas pour autant sous l’appellation de trafic d’esclaves, même si cela lui ressemblait fort. Par ailleurs les noirs se sont fondus dans les populations arabes. Cela signifie qu’ils étaient peu nombreux par rapport à la population globale et que, même s’il y avait probablement des sentiments xénophobes à leur égard, il n’y avait pas de doctrine ni de législation racistes et ségrégationnistes.

La différence fondamentale est là. C’est une différence qualitative essentielle, qui ne tient pas dans la comparaison des chiffres. La dénégation péremptoire d’Olivier Pétré-Grenouilleau – « Les anciens poncifs (du type : la traite est la conséquence d’un racisme à l’encontre des Noirs) étant aujourd’hui complètement dépassés, il serait utile de les remplacer par des hypothèses plus scientifiques » – est d’ailleurs, par son insistance même, l’aveu que l’on a affaire non à une intelligence mais à une volonté. L’énormité de cette allégation, démentie par trois siècles de textes racistes – il est vrai passés sous silence –, n’a choqué personne. Notons, dans cet ordre d’idées, la curieuse présentation de la communauté noire américaine :

« Aux États-Unis […] la force de la minorité noire s’explique surtout par la tendance à l’endogamie et par une forte natalité depuis la guerre de Sécession » [21]

Cette « tendance à l’endogamie », comme euphémisme de la ségrégation raciste, est vraiment une trop belle perle historique. Que penserait-on d’un historien de l’Inde qui noterait une « tendance à l’endogamie » chez les Intouchables ? Il sombrerait sûrement dans le ridicule.

Les thèses développées par Pétré-Grenouilleau ne sont pas nouvelles, elles rejoignent celles exposées beaucoup plus grossièrement et avec beaucoup moins d’efficacité par l’historien raciste [22] Bernard Lugan, notamment dans son ouvrage Afrique, l’histoire à l’endroit. Elles s’inscrivent dans un courant minoritaire de l’historiographie américaine. Ce qui est nouveau, c’est la diffusion forcenée de ces thèses dans les médias à l’occasion de la sortie de ce livre.

Le florilège des titres de presse est éloquent en lui-même :

« La vérité (sic) sur l’esclavage » [23]

« Quelques vérités gênantes (sic) sur la traite des Noirs ». [24]

S’y ajoutent les déclarations tous azimuts d’un historien déchaîné. La plus idéologique, sous le titre :

« Traite négrière : les détournements (sic) de l’histoire » [25]

Avec, en bandeau : « 11 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques de 1450 à 1867. Les traites orientales conduisirent à la déportation de 17 millions de personnes ». [26]

Pétré-Grenouilleau y stigmatise, entre autres, en toute objectivité scientifique, « une certaine gauche tiers-mondiste », au long d’un article qui est un chapelet d’assertions virulentes non étayées et qui, avec un peu de recul, paraîtra bientôt assez époustouflant. La plus scandaleuse de ces assertions est passée comme une lettre à la poste, devant un public extasié :

« Il faut admettre qu’il s’agit du premier exemple de grand commerce international entre Blancs, Noirs et Arabo-Turcs, rentable pour toutes les parties. » [27]

Après ce tir groupé assorti d’une tournée télévisuelle complète sur les talk-shows supposés culturels, peut-être enivré par tant d’exhibitions solipsistes pendant plusieurs mois, Pétré-Grenouilleau se surpasse enfin et dénonce la loi Taubira dans une déclaration haineuse où il confond (bêtement ? intentionnellement ?) « crime contre l’humanité » et « génocide » et s’en prend explicitement aux noirs et à leurs « choix identitaires » [28]. Un collectif d’Antillais ose enfin protester et porter plainte pour négation de crime contre l’humanité. Mal leur en a pris. On assiste alors à une mobilisation massive contre les fanatiques persécuteurs des honnêtes scientifiques. Rebelote dans tous les médias, sur tous les plateaux de télévision, de la troupe des historiens indignés se portant au secours du malheureux injustement persécuté, pétitions pour l’abolition de la loi Taubira, pilonnage de la bonne parole. N’en jetez plus, la cour est pleine ! Piteusement, le collectif des Antillais retire sa plainte. Force reste à l’autorité, à sa « bêtise au front de taureau ».

Post-scriptum Ce texte est extrait du livre d’Odile Tobner, Du racisme français. Quatre siècles de négrophobie, paru aux Éditions Les Arènes en novembre 2007. Nous le reproduisons avec l’aimable autorisation de l’auteure et des éditeurs. le titre Une négrophobie académique ? est le fait du collectif Les mots ont importants.

Notes

[1] Voici, à titre indicatif, un Florilège négrophobe non-exhaustif tiré du livre d’Odile Tobner :

« Défendons à nos sujets blancs de contracter mariage avec les Noirs. ». Code noir, édition de 1724

« Les nègres sont si naturellement paresseux que ceux qui sont libres ne font rien. » Montesquieu

« Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes et comme les singes le sont aux huîtres. » Voltaire

« Les Noirs vivaient à un stade de civilisation inférieur parce qu’ils étaient biologiquement inférieurs aux Blancs. » Saint-Simon

« La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise […] ; une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre […] ; une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. » Ernest Renan

« Je vous défie de soutenir jusqu’au bout votre thèse qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. » Jules Ferry

« Voici à peu près trente mille ans qu’il y a des Noirs en Afrique, et pendant ces trente mille ans ils n’ont pu aboutir à rien qui les élève au-dessus des singes… Les nègres continuent, même au milieu des Blancs, à vivre une existence végétative, sans rien produire que de l’acide carbonique et de l’urée. » Charles Richet, physiologiste français, prix Nobel de médecine en 1913.

« La privation de la lumière du Christ, et même de tout reflet de cette lumière, a permis à l’esprit mauvais de s’établir en maître sur cette terre déshéritée de l’Afrique… Les Noirs sont de temps immémorial livrés sans contrôle à une sensualité abjecte, à la cruauté, au mensonge. » Teilhard de Chardin

« Quant à l’effort intellectuel que représentent les conquêtes techniques, l’indigène n’est pas capable de l’évaluer. » Albert Schweitzer, prix Nobel de la paix en 1952.

« Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or la ville de Paris et les autres villes d’Europe, ce ne sont pas des villages africains. Par exemple, tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C’est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et vingt-cinq enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues. », Hélène Carrère d’Encausse, académicienne française.

« En fait, l’équipe de France est aujourd’hui black-black-black, ce qui provoque des ricanements dans toute l’Europe. Si vous faites remarquer cela en France, on vous jette en prison, mais il est toutefois intéressant de noter que l’équipe nationale de football est composée presque exclusivement de joueurs noirs. » Alain Finkielkraut

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. » Nicolas Sarkozy

[2] PUF, 1997

[3] Louise Marie Diop-Maes, Afrique noire. Démographie, sol et histoire, Présence africaine, 1996

[4] Malgré une assertion aussi peu sensée, Philip Curtin a fait des disciples dans l’histoire de l’esclavage, dont Olivier Pétré-Grenouilleau, qui ne jure que par lui

[5] Cf. Odile Tobner, Du racisme français, chapitre 2, « Sacraliser le commerce »

[6] Raymond Marin-Lemesle, Le Commerce colonial triangulaire, XVIIIe-XIXe siècle, PUF, « Que sais-je », 1998

[7] C’est-à-dire après l’abolition de l’esclavage

[8] Jean Pouquet, Encyclopaedia Universalis, article « Antilles ».

[9] Chiffres donnés par Jean Derens, article « Terreur », Encyclopaedia Universalis, Thesaurus (2002)

[10] Ce que confirme d’ailleurs Pétré-Grenouilleau : « Le monde musulman, d’ailleurs, fut loin de ne recruter que des esclaves noirs. Tout au long de son histoire il puisa également très largement dans les pays slaves, le Caucase et l’Asie centrale. » On peut y ajouter aussi le monde méditerranéen

[11] L’historien Marcel Dorigny note cependant l’absence de bibliographie à la fin de l’ouvrage comme défaut rédhibitoire pour un ouvrage savant. Il est vrai qu’on aurait alors pu mesurer le caractère limité des sources de l’auteur, compilation d’historiens qui ont ses préférences – le contestable et contesté Philip Curtin en tête – ainsi que ses lacunes, toutes signifiantes. Pas un mot de l’ouvrage, capital et remarquablement documenté, d’Aimé Césaire : Toussaint Louverture, la Révolution française et le problème colonial, Présence africaine, 2004

[12] Ces termes sont récurrents et apparaissent dès l’introduction, (page 12).

[13] Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La Férocité blanche. Des non-blancs aux non-aryens, génocides occultés de 1492 à nos jours. Préface de Louis Sala-Molins, Albin-Michel, 2001

[14] Page 127

[15] Page 135

[16] P. 58. Ainsi ce sont les noirs qui sont la cause de la disparition des Indiens. CQFD. À vouloir en faire trop, on se dévoile.

[17] Au sens de « gens ».

[18] Page 176

[19] Page 124

[20] Page 261

[21] Page 465

[22] Bernard Lugan soutient en effet la thèse d’une hominisation multiple

[23] Le Nouvel Observateur, 03/03/2005

[24] L’Expansion, 29/06/2005

[25] Le Monde, 06-07/03/2005

[26] Pas de période pour le deuxième chiffre, en toute objectivité ; pas, non plus, l’élémentaire précaution de prudence d’un « selon O. P.-G. ». On a la foi ou on ne l’a pas

[27] L’Express, 14/03/2005

[28] Dans Le Journal du dimanche, 12/06/2005

 
Source : http://lmsi.net/spip.php ?article695

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27 octobre 2007

Première audition « Affaire tintin au Congo », Mardi 6 novembre à 9h00 au Palais de Justice de Bruxelles

tintin_2007Le juge d'instruction belge en charge de la plainte contre la société "Moulinsart" pour commercialisation de la bd raciste tintin au Congo va procéder à l'audition du plaignant le Mardi 06 novembre 2007 à 09H00 au Palais de Justice  de Bruxelles : Bâtiment PORTALIS, n° 4, rue des Quatre-bras à 1000 Bruxelles.

En vertu du Chapitre 5 du Code Pénal belge, des atteintes portées à l'honneur ou à la considération des personnes; dont le coupable : Art. 444, doit être puni d'un emprisonnement de huit jours à un an et d'une amende de vingt-six francs à deux cents francs francs belges, lorsque les imputations auront été faites : §4, soit par des écrits imprimés ou non, des images ou des emblèmes affichés, distribués ou vendus, mis en vente ou exposés aux regards du public.

Une conférence de presse est en principe prévue aux alentours de 11h30 au 78 chaussée de Wavre à 1050 Bruxelles (Matongé).

Salutations distinguées,

Bienvenu MBUTU MONDONDO
+ 32 486 924 565

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19 octobre 2007

Propos racistes tenus par James Watson, prix Nobel de médecine

James_WatsonLondres (AFP) — Le prix Nobel de médecine (1962) américain James Watson, coutumier des déclarations provocatrices, a créé une nouvelle polémique en Grande-Bretagne en affirmant que les Africains étaient moins intelligents que les Blancs.

Les Noirs sont moins intelligents que les blancs selon le DR. Watson.

Le généticien de 79 ans, arrivé à Londres cette semaine à l'occasion de la sortie de son dernier livre, s'est attiré une salve de critiques après une interview parue dimanche dans le Sunday Times.

Le scientifique, récompensé par le Nobel de médecine en 1962 en tant que co-découvreur de la structure de l'ADN, s'y disait "foncièrement pessimiste sur l'avenir de l'Afrique". "Nos politiques sociales se fondent sur le fait que leur intelligence est la même que la nôtre (Occidentaux blancs ndlr), alors que toutes les recherches disent que ce n'est pas vraiment le cas", expliquait dans cette interview le Dr Watson, qui dirige un important institut de recherches aux Etats-Unis.

Tout en affirmant qu'il souhaitait l'égalité des hommes, le scientifique assurait que "les gens qui ont affaire à des employés noirs trouvent que ce n'est pas vrai".

Les protestations ne se sont pas fait attendre. Le prestigieux musée des Sciences de Londres a annulé une intervention du Dr Watson, qui devait participer à un débat vendredi soir. "Nous savons que d'éminents scientifiques peuvent parfois provoquer des controverses et le musée des Sciences ne recule pas devant un débat sur des idées controversées", a expliqué le porte-parole. "Mais le musée des Sciences estime que les récents propos du prix Nobel James Watson ont dépassé les limites acceptables d'un débat et en conséquence nous annulons son intervention vendredi".

Le secrétaire d'Etat à l'Apprentissage, David Lammy, lui-même noir, a également condamné les déclarations "profondément choquantes" du Dr Watson. "Il est dommage qu'un scientifique aussi éminent puisse laisser ses propres préjugés ternir son travail", a commenté M. Lammy.

Pour le député travailliste et ancien ministre Keith Vaz, "il est triste de voir un scientifique d'un tel renom faire des commentaires aussi infondés, non-scientifiques et extrêmement choquants".La communauté scientifique a également rejeté les affirmations du chercheur américain.

Le Pr Steven Rose, neurobiologiste britannique, a rappelé que le Dr Watson était coutumier de ce genre de controverses. "Il est réputé pour ses déclarations à l'emporte-pièce (...) qui sont racistes, sexistes, homophobes, profondément choquantes", a-t-il déclaré jeudi sur la BBC.

La Fédération des scientifiques américains (FAS) s'est déclarée indignée par les propos racistes tenus par leur compatriote."A un moment où la communauté scientifique se sent menacée par des forces politiques cherchant à saper sa crédibilité, il est tragique que l'un des membres les plus éminents de la science moderne jette un tel déshonneur sur la profession", a déclaré dans un communiqué Henry Kelly, président de la FAS, soulignant que ces propos "montrent qu'il a perdu la raison".

Le Dr Watson avait déjà défrayé la chronique en affirmant que les femmes devraient avoir le droit d'avorter si des tests pouvaient déterminer que l'enfant à naître portait les gènes de l'homosexualité. Il avait également laissé entendre qu'il pouvait y avoir un lien entre la couleur de la peau et les pulsions sexuelles, ce qui expliquerait pourquoi les Noirs ont une libido plus développée que les autres, selon lui. Dans la même veine, celui qui est parfois considéré comme "le grand-père de l'ADN" a estimé qu'on pourrait un jour modifier la génétique pour créer des gens plus beaux. "Les gens disent que ce serait horrible si on pouvait faire en sorte que toutes les filles soient jolies", avait-il déclaré, selon la presse. "Moi je trouve que ce serait super".

Cette nouvelle polémique devrait en tout cas assurer une publicité efficace au dernier livre du scientifique, à paraître la semaine prochaine en Grande-Bretagne, et intitulé "Evitez les gens ennuyeux"...

Auteur : © AFP

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31 août 2007

Les violences racistes en hausse dans l'Union Européenne

racismeLe nombre des incidents à caractère raciste est en augmentation dans plusieurs pays de l'UE, dont l'Allemagne et la France, estime l'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA) dans un rapport publié mardi à Vienne.

Davantage de progrès sont également nécessaires pour combattre la discrimination raciale en matière d'emploi, de logement et d'éducation, estime également l'organisation dans son premier Rapport sur le racisme et la xénophobie dans les États membres de l'UE depuis sa création en mars 2007.

La FRA signale une hausse des crimes et violences racistes en 2005 et 2006 dans huit des onze pays ayant fourni des données judiciaires en la matière - Allemagne, Danemark, Finlande, France, Grande-Bretagne, Irlande, Slovaquie et Pologne.

Le rapport regrette en général un manque de statistiques pénales de la part des 27 Etats membres, inexistantes dans cinq d'entre eux.

Selon un communiqué, "l'Agence constate que la législation communautaire sur l'égalité raciale se traduit progressivement par une évolution positive", "la classe politique, les médias et l'opinion publique étant mieux sensibilisés aux questions de discrimination".

Mais "fin 2006, un grand nombre de pays n'avaient toujours pas mis en oeuvre l'intégralité des règles communautaires en matière d'égalité raciale. De plus, les contrevenants échappaient à toute sanction dans environ la moitié des États membres".

Le rapport se réfère aussi à un récent sondage Eurobaromètre, selon lequel en moyenne, à peine 32 % des citoyens de l'UE affirment connaître leurs droits au cas où ils seraient victimes de discrimination ou de harcèlement.

Copyright © L'Echo | 16:27 - 28/08/2007

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Migrations, intégration et Xénophobie : La face cachée de l’Europe

NoirAvec des vols de rapatriement de plus en plus nombreux et des additifs aux lois sur l’immigration de plus en plus répressifs, l’Europe installe le doute et le malaise même chez ceux aux yeux desquels elle était la vertu personnifiée. L’intégration y reste un vain mot et l’exclusion une réalité permanente pour les minorités allogènes qui ont eu la naïveté de croire que ce continent était ouvert à tous les souffles du monde.

En effet, à travers un paternalisme bon enfant et de fracassantes déclarations d’intention, l’Europe arrive à se persuader et à persuader le reste du monde qu’elle est la terre d’élection des droits de l’Homme, non pas en niant les violations concrètes et historiques de ces droits mais plutôt en mettant en avant des mécanismes d’auto-absolution qui laissent la place à l’auto-glorification. Au sein de l’Union européenne, tout un commissariat est consacré à l’aide au développement et l’assistance aux plus défavorisés prend des voies multiformes.

Ces argumentaires qui ne sont que superficiellement connectés à la réalité sont en fait conçus pour séduire et faire illusion car si l’Europe est un empire, c’est bien celui de l’illusion, mais une illusion érigée au rang d’évidence.

Fonds débloqués mais non dépensés, fonds autorisés mais non débloqués résultent, au sein de l’Union européenne, de tergiversations sur les modalités d’une aide aux pauvres qui en fait, est une forme de négation de ces pauvres sinon une aliénation de leur spécificité. Ce monde ambivalent constamment écartelé entre ses valeurs idéales et ses valeurs réelles a su façonner l’Européen type à l’image du Dr JEYKELL et de mister HYDE, une même personne qui présente d’un côté une face lisse qui proclame son humanisme et s’érige même en champion des droits de l’Homme, d’un autre côté une face hideuse qui dévalorise haineusement l’autre et viole systématiquement et impunément ses droits.

L’Europe a donc su mettre en place, avec le fascinant esprit de système qui le caractérise, un astucieux mécanisme de blanchiment d’idées grâce auquel elle éclaire les façades avec les valeurs humanistes tandis que restent dans l’ombre les valeurs réellement vécues qui servent de moteur et qui, elles, n’ont rien d’humaniste.

Bûchers de l’inquisition, sables exterminateurs contre les Indiens, Traite et Esclavage génocidaires des Noirs, colonisations meurtrières, fours crématoires Nazis... l’histoire et les penchants de l’Europe vont rarement dans le sens du respect de la personne humaine. C’est cette réalité historique qui encore aujourd’hui, établit la cohérence entre les déclarations d’intention et les valeurs réellement vécues.

Le racisme, l’exclusion et la xénophobie sont une caractéristique constante de l’Europe et l’impossible assimilation des minorités n’est que la manifestation visible des valeurs essentielles mais cachées de cette Europe championne des droits de l’Homme.

La France par exemple, a beau dénoncer des partis d’extrême droite comme le Front National, il n’en demeure pas moins que ces partis, racistes et xénophobes, font partie de l’ordre démocratique.

Si les valeurs qu’ils véhiculent ne sont pas celles des démocraties occidentales, pourquoi ne les proclame-t-on pas anticonstitutionnels et donc illégaux ? Il y a une grande hypocrisie à laisser fleurir sur son sol des partis fascisants et à les trouver subitement incompatibles avec l’ordre démocratique lorsque, très démocratiquement ces derniers gagnent des élections. C’est cette hypocrisie-là qui, en attendant pire, a déjà fait brûler des banlieues.

Wendpanga N. | L’Opinion © Copyright L'Opinion

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23 août 2007

Naomi Campbell en guerre contre la discrimination dans la Mode

Naomi_CampbellMode et Racisme

Naomi a lâché une bombe sur l’industrie internationale de la mode en déclarant une guerre ouverte au magazine VOGUE et l’industrie d’une manière générale qu’elle traite de raciste. De plus, elle parle de son intention de s’établir au Kenya et de monter une Agence International ainsi que d’autres projets dans la région .

Guerre Ouverte Contre les Magazines "British" en particulier VOGUE

Dans une interview à paraître dans un magazine US pendant son séjour au Kenya, Naomi reproche aux magazines de mode anglais (et en particulier VOGUE) de ne pas lui donner de "couverture" a cause de sa couleur de peau ...

Elle déclare que des mannequins beaucoup moins connus et moins expérimentés qu’elle reçoivent de meilleures conditions de travail ainsi que de meilleures opportunités, et que tout cela est simplement une conséquence de sa couleur de peau.

Giving Back To Mama Africa

Dans un autre registre, tout de même complémentaire, elle serait sur le point d’ investir dans plusieurs projets d’entreprises et d’organisations a vocation charitable au Kenya . Entre autres, une Agence Internationale pour des Top Models d’origine Afro ainsi qu’une école pour filles à Malindi. Par ailleurs, elle déclarait au magazine qu’elle se voit bien vivre au Kenya avec ses "futurs enfants". Mais, elle a au moins le mérite d’essayer.

© Grioo world

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21 août 2007

France : Directive d’expulsions massives

Sans_papiers« Libération » révèle la note qui annonce les arrestations à domicile
© KARL LASKE | Libération

« Vous avez reçu ou vous recevrez des listes d’étrangers en situation irrégulière », prévient une circulaire diffusée début juillet par une préfecture de la région Ile-de-France. Ce document, dévoilé par Libération, précise les nouvelles ­modalités « d’exécution des mesures d’éloignement» des sans-papiers et demande à la hiérarchie policière de « traiter prioritairement » ces dossiers. Il contredit ainsi les déclarations du ministre de l’Immigration et de l’identité nationale, Brice Hortefeux, qui contestait hier l’accélération des procédures d’expulsion cet été. Guillaume Larrivé, son directeur adjoint de cabinet, a démenti l’existence de directives écrites du ministre, mais il a confirmé « la tenue début juillet d’une réunion de travail des services de l’administration, autour de Patrick Stéfanini, conseiller de Brice Hortefeux, sur ces questions de procédure ». D’où la circulaire préfectorale publiée par Libération.

Ce document recommande à la police d’effectuer des vérifications du domicile des sans-papiers, et de « solliciter le procureur de la république afin d’obtenir la coercition » en cas de « non-défèrement » des personnes convoquées. « Je trouve particulièrement inquiétant que les magistrats du parquet soient ainsi utilisés par le ministère de l’Intérieur pour servir sa politique », a commenté Jean-François Zmirou, vice-président du Syndicat de la magistrature (SM). « On a constaté une augmentation sensible des arrestations d’étrangers que la police venait chercher à leur domicile, a indiqué à Libération Laurent Giovannoni, secrétaire général de
la Cimade. Ce document prouve que les préfectures diffusent des consignes en ce sens. L’existence d’objectifs chiffrés d’expulsions entraîne des pratiques de plus en plus dures de la police. Cela conduit les étrangers à être terrorisés par les interventions policières, comme cela vient d’être le cas à Amiens ».
La diffusion de ces consignes a provoqué l’indignation des responsables de RESF, hier. « Cela ressemble à l’organisation d’une rafle, a commenté, hier, Brigitte Wieser. On part d’un fichier, et l’on va chercher les gens où l’on est sûr de les trouver ». « Cela montre qu’au début de l’été, le 11 juillet, l’expulsion est devenue un axe prioritaire, relève aussi Jean-Pierre Fournier, de RESF. Le fond de cette lettre est terrible, parce qu’on y voit noir sur blanc une mécanique finir de se mettre en place ».

Le dispositif prévoit, enfin, « de faire inscrire l’étranger au FPR » - le fichier des personnes recherchées. Aux côtés des délinquants.

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11 août 2007

Lettre de Roger Puati au Conseiller Fédéral Suisse concernant la Traite des Esclaves Noirs

Roger_puatiMonsieur le Conseiller fédéral,

LAUSANNE – ( Suisse) - La presse fait état de propos que vous auriez tenus à l’égard des Africains, lors d’une séance d’une commission du Conseil National, s’agissant de l’aide au développement accordée aux pays africains. J’ose croire que ces propos ne sont pas de vous. Car dans l’hypothèse contraire, je trouverais gravissime un tel dérapage verbal, de la part d’un ministre du gouvernement. Je crois savoir que vous êtes une référence pour un certain nombre de citoyens de ce pays. De ce fait, vos propos peuvent avoir de lourdes conséquences en termes de paix civile.

Dans cette même hypothèse, je me permets de rappeler des faits historiques indéniables, quant à la paresse supposée des Africains et aux causes de la situation économique actuelle de l’Afrique. Vous auriez dit que les Africains sont « paresseux », et dans la même lancée, vous auriez nié la responsabilité des pays colonisateurs et industriels par rapport à la situation économique actuelle de l’Afrique.

Soit ! Monsieur le Conseiller fédéral, je ne me permets pas d’enseigner une histoire connue, juste la rappeler.

Je rappelle que depuis 1441, des pays comme le Portugal, l’Espagne puis la France ont pratiqué la traite des Noirs vers l’Europe pour leurs travaux agricoles, dans la construction et dans la domesticité. Vers le milieu du 16ème siècle, la traite avait pris une telle ampleur que 10% de la population de Lisbonne était noire. Je passe outre la période de la présence arabe et le travail des Noirs dans la partie méridionale de l’Europe.

Je rappelle que dès 1503, après la découverte de l’Amérique, jusqu’à la fin du 19ème siècle, les Européens ont pratiqué la traite des Africains et les ont asservis dans les plantations américaines. Je rappelle qu’après 1713, parmi les actionnaires de la Compagnie des mers du Sud, société à laquelle l’Angleterre revendit le monopole de la traite des Noirs, il y avait entre autres, des membres de la famille royale anglaise, Isaac Newton et … le canton de Berne. Cette Compagnie « traitait » 4'800 Noirs par an.

Je rappelle qu’en 1675, l’hôpital de Genève n’acheta qu’un kilo de sucre pour toute l’année. En 1750, un Genevois consommait entre quatre et cinq kilos de sucre par an. Cette augmentation de la consommation concerne aussi le café, le cacao, le coton et l’indigo. Monsieur le Conseiller fédéral, pourriez-vous me dire si vous avez des ancêtres qui plantaient la canne à sucre, travaillaient jour et nuit pour augmenter ainsi la production du sucre, et ravitailler Genève ou d’autres villes européennes ?

Je rappelle que l’Europe, après avoir massacré près de 80 millions d’Amérindiens, a déporté plus de 25 millions de Noirs vers les Amériques comme main d’œuvre gratuite pour les besoins de son économie. Et que sur un Noir arrivant en Amérique, entre cinq et sept Noirs mourraient en route. Multiplions 25 millions (hypothèse la plus basse faute de statistiques) par 5 et non par sept, et vous avez le génocide le plus effroyable que l’humanité ait jamais connu.

Je rappelle que le capitalisme européen est né et s’est nourri du travail des Noirs aux Amériques pendant quatre siècles et plus tard, après l’abolition de l’esclavage, en Afrique pendant un siècle. Ce sont les larmes, le sang et la sueur des Noirs qui produisaient les denrées coloniales dont l’Europe avait besoin. Leur chair était une marchandise. L’essor économique de l’Europe, meurtrie par la peste, tient au commerce négrier. Ce ne sont pas les Africains qui ont recherché l’Europe, ce sont les Européens qui ont profité de l’Afrique.

Monsieur le Conseiller fédéral, voyez-vous à quel point l’Europe est empêtrée dans le crime jusqu’au cou par rapport à l’Afrique ? Après avoir mis en pièces tout un continent, jugez par vous-même, qu’il n’y a aucune grandeur morale de la part de l’Europe de vouloir s’en tirer à moindre frais. Les Africains ont travaillé pour vous comme des Nègres ! Et si aux yeux de certains ils déméritent, ce n’est pas parce qu’ils fainéantisent, mais parce qu’ils sont noirs des pieds jusqu’à la tête, comme l’écrit Montesquieu. L’Europe est indéfendable et doit répondre de ses crimes vis-à-vis de l’Afrique noire.

« Il ne vaut pas la peine d’investir de l’argent sur le continent africain. » Ici, je suis d’accord avec vous, Monsieur le Conseiller fédéral. Pas parce que les Africains seraient des paresseux. Parce que votre « aide » ne sert pas aux Africains, mais à renforcer les dictatures de vos amis. Non, l’Afrique n’a pas besoin d’argent, elle a soif de liberté. Les Africains veulent que l’Europe leur fiche la paix ! Que les Etats européens cessent leur discours cynique qui veut que les Africains se prennent en main, et dans le même temps soutiennent à coup d’argent et d’armes, souvent à l’insu de leur opinion publique, des régimes que les Européens exècrent sur leur sol. Plus vite vous cesserez de donner votre argent, plus tôt l’Afrique trouvera sa voie. Ceci étant dit, je ne vous conteste nullement le rôle de gardien de l’argent suisse, mais je vous dénie le droit à l’outrage.

Pour terminer, permettez-moi, Monsieur le Conseiller fédéral, de vous demander où en est le dossier des millions détournés par Monsieur Mobutu, l’ami de la Suisse, et laissés sur des comptes bancaires en Suisse ? Ce retour de l’aide au développement dans des coffres suisses et du produit des matières premières, avec la complicité des officiels suisses, fait le miel de tous sauf des enfants du Congo. Pendant ce temps, leurs parents travaillent dans les mines comme des Nègres, pour un salaire de misère. Les joailliers européens, quant à eux, attendent le fruit du travail de ces malheureux pour soutenir leur activité lucrative.

Monsieur le Conseiller fédéral, comme je ne vous imagine pas tenir les propos irresponsables rendus publics par la presse, je vous prie de montrer que vous êtes correctement informé sur les relations entre la Suisse et l’Afrique.

Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Conseiller fédéral, mes salutations distinguées.

© Roger Puati,
Théologien congolais et spécialiste sur la question de la traite négrière

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10 août 2007

Tintin au Congo, réservé aux seuls adultes ou interdit ?

tintin_2007Le Parquet belge vient de confirmer la plainte de Mbutu Mondondo Bienvenu
© Pierre Bénazet

Les préjugés des adultes sont souvent nés dans des têtes d'enfants : c'est pour cette raison que la Commission britannique pour l'égalité des races a jugé « dépassant l'entendement » que l'album Tintin au Congo soit toujours disponible pour les enfants, alors qu'il « contient des images ou des dialogues porteurs de préjugés racistes abominables ».

C'est aussi pour cette raison qu'un étudiant congolais vient de porter plainte à Bruxelles, ne demandant rien moins que le retrait pur et simple de l'album. Alors que beaucoup de fans dénoncent la dictature du politiquement correct et un débat disproportionné, d'autres prennent l'affaire très au sérieux.

« L'album Tintin au Congo est raciste et doit être retiré de la vente ». C'est pour cette raison que Bienvenu Mbutu Mondondo s'est adressé au Parquet de Bruxelles fin juillet ; cet étudiant originaire de République démocratique du Congo porte plainte contre X et contre la société Moulinsart, propriété des ayants-droits d'Hergé, qui édite les 23 albums de Tintin.

Publiée il y a 77 ans, cette deuxième aventure du petit reporter l'a entraîné au coeur du Congo belge d'alors. Les représentations des Congolais sont empreintes au minimum du paternalisme et de la condescendance qu'on imagine chez les coloniaux de l'époque.

En ce centième anniversaire de la naissance d'Hergé, c'est la deuxième fois que "Tintin au Congo" fait parler de lui. Il y a un mois, un grand groupe de distribution en langue anglaise a décidé de transférer l'album du rayon "enfant" au rayon "adulte" dans ses magasins britanniques et américains, après la sévère condamnation de la commission britannique pour l'égalité raciale. Hergé avait déjà été critiqué pour les préjugés racistes de cet album ainsi que pour les références antisémites de "l'Etoile mystérieuse" notamment ; le dessinateur avait d'ailleurs modifié les planches les plus contestables de ces deux albums dans des rééditions plus récentes.

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31 juillet 2007

Tintin au Congo s'acclimate mal en Afrique du Sud

tintin_au_congoAprès la Grande-Bretagne, l'Afrique du Sud. Tintin au Congo qui a récemment été retiré de certaines librairies britanniques, pourrait subir le même sort en Afrique. En cause, le "racisme" et le "colonialisme" de l'ouvrage. Le dessinateur sud-africain Zapiro parle, lui, de censure.

Le grand héros de bande dessinée Tintin et son fidèle compagnon sont accusés de racisme : leur créateur Georges Rémi, plus connu sous le nom de Hergé, est décrié pour avoir décrit, dans Tintin au Congo, les Africains comme des demi-sauvages et des sous-hommes stupides. Mais, en Afrique du Sud, le dessinateur primé Zapiro, de son vrai nom Jonathan Shapiro, estime que les éditeurs sud-africains du héros belge ne doivent pas censurer le livre pour ses propos racistes. Human and Rosseau, l'éditeur en afrikaans de la célèbre BD, a toutefois décidé de ne pas publier de version afrikaans de Tintin au Congo au motif qu'il présente "les Africains de façon stéréotypée et peu flatteuse", explique sa porte-parole Carina Diedericks-Hugo. Cet ouvrage est le deuxième volume des 23 aventures de l'intrépide reporter Tintin et de son chien Milou. La série, traduite dans 77 langues, s'est vendue à 220 millions d'exemplaires dans le monde entier.

Tintin au Congo est taxé de racisme depuis des années, aussi bien par les grands fans du reporter du Petit Vingtième que par ses détracteurs. Mais la controverse s'est réactivée récemment, lorsque David Enright, un avocat londonien spécialiste des droits de l'homme, est tombé dans une librairie du Royaume-Uni sur cette BD publiée en 1931 et y a vu un véritable dérapage raciste : "Ces propos suggèrent [aux enfants] que les Africains sont des sous-hommes, des imbéciles à demi sauvages," déclarait-il récemment dans un entretien. Hergé relate les aventures de son héros blanc au Congo avec, en toile de fond, une population noire inepte et semblable à une bande de chimpanzés, qui finit par considérer Tintin et son chien comme des divinités. Shapiro se dit un "grand défenseur de la liberté d'expression" et estime qu'il ne faut pas "interdire" cette bande dessinée. "Nous savons très bien aujourd'hui que Hergé a profondément regretté certaines de ses attitudes passées", explique Shapiro. "Moi aussi, je trouve ce livre arrogant et insultant, mais les gens changent."

Au début du mois, la chaîne Borders a annoncé le retrait du livre de la section enfants de ses magasins britanniques, suite à la plainte d'Enright. Des mesures semblables devraient être prises dans les 499 autres magasins de la chaîne aux Etats-Unis. Tintin au Congo sera désormais placé dans le rayon "romans graphiques". Shapiro souligne que, dans ses œuvres suivantes, Hergé a commencé à "manifester une profonde empathie pour les peuples qui ont été colonisés et brutalisés. Il a vécu certaines choses qui l'ont fait évoluer, et cela se ressent dans ses histoires." Les contenus les plus polémiques ont été supprimés de certaines éditions de Tintin au Congo. Une version expurgée, publiée au Royaume-Uni en 2005, était vendue avec un avertissement rappelant le contexte colonial de la création de cette œuvre. Shapiro est favorable à la publication de la bande dessinée "avec une sorte de notice expliquant les regrets d'Hergé. Je préférerais qu'on en parle plutôt que de le voir censuré", conclut-il.

© Natasha Joseph | Cape Times

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