06 juillet 2007
Ntuyahaga condamné à 20 ans de prison en Belgique
© Le
Soir en Ligne
La
cour d'assises de Bruxelles a condamné l'ex-major rwandais Bernard Ntuyahaga,
reconnu coupable hier de l'assassinat de dix casques bleus belges, en 1994,
ainsi que d'homicides commis à Kigali durant le génocide.
Le plus : dossier spécial Rwanda.
La cour d'assises a condamné jeudi l'ex-major rwandais Bernard Ntuyahaga à
20 ans de prison. L'ex-major rwandais avait été reconnu coupable, mercredi
soir, de l'assassinat de dix casques bleus belges, tués le 7 avril 1994, ainsi
que d'un nombre indéterminé d'homicides commis à Kigali entre cette date et le
6 juin 1994. Le procureur fédéral avait requis la perpétuité.
La cour et le jury lui ont
néanmoins accordé deux circonstances atténuantes. Dans son arrêt, la présidente
Karin Gérard a estimé qu'il fallait tenir compte du contexte socio-historique
du Rwanda, qui se traduisait par des « tensions
profondes et des discriminations régionales. Quel que soit le rôle joué par
l'accusé, il y avait des appels à la haine diffusés quotidiennement par des
médias »,
comme la radio RTLM, a fait remarquer la présidente.
Une deuxième circonstance
atténuante lui a été retenue, à savoir le fait qu'il a sauvé la vie de Tutsis,
non pour un profit personnel mais par amitié. « Bernard Ntuyahaga n'est qu'un maillon d'une
chaîne importante », a dit la présidente. « Ce n'est pas une peine désespérante. Elle peut
s'inscrire dans une possible réconciliation de la société rwandaise », a-t-elle conclu à l'adresse
de l'accusé avant de clore le procès.
Le procureur avait requis la
perpétuité
Dans son réquisitoire, le
procureur fédéral Philippe Meire n'a vu aucune circonstance atténuante dont
pourrait se prévaloir l'accusé. Il a mis en avant l'atrocité des faits, les
circonstances de leur mort, la position sociale de l'accusé, son absence de
compassion, de regrets, de repentir ou d'excuses. « M. Ntuyahaga n'était pas un lampiste, un faire-valoir, un second couteau,
un rond-de-cuir », a souligné M. Meire. Pour
le procureur fédéral, il ne peut bénéficier de clémence : « Demandez-vous si les victimes, des femmes parfois enceintes, des
hommes, des enfants, ont eu droit à un geste de clémence, de pitié ou de compassion », a-t-il dit à l'adresse du
jury et de la cour. « Il n'a jamais eu de
regrets, de remords, d'excuses envers les victimes, accusées de mentir jusqu'à
la fin », a fait valoir le procureur fédéral.
« Le tableau de chasse de M. Ntuyahaga
est impressionnant », a dit M. Meire, en citant sa
culpabilité pour la mort des dix paras, de cinq autres personnes identifiées,
de la famille de trois d'entre elles, et d'un nombre indéterminé de personnes.
« La peine prévue par la loi, c'est la
réclusion à perpétuité et c'est la peine que je vous demande », a-t-il conclu.
Dans sa plaidoirie, le
conseil de la défense, Me Luc de Temmerman, n'a pas invoqué de circonstances
atténuantes. Il n'a pas parlé de la peine et s'en est pris au magistrat
fédéral, parlant de « réquisitoire de haine ». Il a répété, comme il
l'avait fait tout au long du procès, que les dix casques bleus sont morts à
cause d'une guerre qui avait été lancée en 1990. Pour les casques bleus, « il a pris ses responsabilité
Interrogé pour savoir s'il
avait quelque chose à ajouter, l'accusé a simplement répondu « non ».
D'après Belga
© http://www.lesoir.
Le témoignage de Deus Kagiraneza
Qui est Deus KAGIRANEZA ?
Le témoignage de Kagiraneza Deus lors du Procès du Major des anciennes Forces armées rwandaises, Bernard Ntuyahaga
Mon témoignage
(Traduction
du Kinyarwanda par Eugène SHIMAMUNGU – Texte original en Kinyarwanda )
Je m’appelle Kagiraneza Deus. Je me suis fait enrôler par le FPR-Inkotanyi pendant la guerre en 1990. J’étais chargé surtout des services de renseignement au DMI (Directorate of Military Intelligence), ensuite j’ai été Préfet ad intérim, puis Député du FPR et par la suite je suis retourné à l’armée. Je suis actuellement réfugié en Belgique. Dans tous mes services j’ai été témoin des crimes commis par le DMI depuis que nous étions dans le maquis même après la prise du pouvoir.
Au maquis
Les jeunes
qui venaient se faire enrôler en provenance du Burundi, du Rwanda ou du Zaïre la
plupart se sont faits exécuter parce qu’ils étaient suspectés d’espionnage ou
d’être hutu surtout ceux qui venaient du Rwanda. Le tort de certains de ces
jeunes gens c’est qu’ils avaient fait des études et qu’ils étaient pressentis,
à l’avenir, diriger au niveau militaire.
Ceux qui
étaient suspectés étaient présentés au DMI pour interrogatoire serré sur leur
qualité d’espion ou sur le fait d’être hutu qui leur été reproché. Lorsque la
décision était prise, ils étaient exécutés avec la douille d’une houe usagée
sur la tête pour éviter le bruit du fusil dans notre cachette mais surtout
c’était pour le secret pour que leurs camarades ne sachent ce qui leur était arrivé.
Ceux qui
dirigeaient le DMI à ce moment-là étaient :
- KAYUMBA NYAMWASA (actuellement Général Major et Chef d’Etat Major de l’armée)
- RWAHAMA Jackson (actuellement Lieutenant Colonel et Président de martiale)
- NZIZA Jack (actuellement Lieutenant Colonel et Chef du DMI)
- MUNYUZA Dani (actuellement Major)
- NZABAMWITA Joseph (actuellement Major et l’un des dirigeants de l’Auditorat militaire chargé d’accusations de militaires devant les juridictions)
- MUPENZI Jean-Jacques (actuellement Major, il dirigeait il n’y a pas longtemps les services de renseignements de la gendarmerie)
Tous
ceux-là sont des Rwandais venus d’Ouganda, des privilégiés qui dirigent
actuellement l’armée depuis que nous avons quitté le maquis.
Les jeunes
Tutsi que nous avons exécutés pendant l’entraînement à Gishuro, leur mort doit
être imputée au Major Dani Munyuza et au Lt.Col. Jackson Rwahama. Ces
exécutions n’étaient pas seulement faits par le DMI, elles se passaient même
dans les Unités, les jeunes gens en provenance de pays francophones surtout
ceux qui avaient fait des études (ils étaient appelés par dérision « intellectuals
») étaient persécutés, et étaient exécutés sous le moindre prétexte. A un moment
donné, les jeunes en provenance du Burundi se sont évadés et sont retournés
chez eux en nombre. Leurs parents ont dû envoyer un émissaire pour demander si
ce que les jeunes gens racontaient était vrai. Kagamé les a rassurés mais aucun
dirigeant de l’armée n’a été puni pour cela.
Après la prise du pouvoir
Nous avons
reçu des directives pour éliminer tous ceux qui déviaient de la ligne du FPR en
premier lieu les hutu. Cela s’est passé à Ruhengeri où j’étais Préfet et
c’était pareil dans d’autres préfectures pendant cette période puisque
plusieurs préfectures étaient dirigés par des militaires.
Cela s’est
vu à Gitarama où le Préfet Major SEWANYANA a jeté des corps de hutu dans des fosses
communes à Kabgayi. Cela s’est vu à Gitarama où le Préfet Major ZIGIRA a fait
exécuter des hutu à Save et à Kabutare. Nous faisions cette besogne avec l’aide
des dirigeants de l’armée. Le Col. IBINGIRA doit répondre des exécutions faites
sur son passage par les soldats qu’ils dirigeaient depuis Kibungo, Bugesera,
Butare et Gikongoro. Il doit répondre également des massacres de Kibeho dans
les camps de réfugiés.
Très
récemment en 1999, les soldats tutsis du clan abanyiginya au nombre de 70 ont
été exécutés à Nasho ainsi qu’à Kibungo. Leur mort doit être imputée au Col.
BAGABO (un handicapé en béquilles, qui était encore récemment Chef d’état-major
adjoint de la Gendarmerie
et qui dirige actuellement la
Cour martiale) ainsi qu’au Major ZIGIRA John qui dirige la Police Militaire.
Je demande pardon
A cause de
tous ces crimes dans lesquels j’ai trempé sous l’autorité de mes dirigeants,
j’ai pris la décision de fuir ce pouvoir du mal de Kigali et je demande pardon
pour tout ce que j’ai fait et je suis prêt à fournir de plus amples
explications dès qu’on me le demande.
Je me joins à tous les Rwandais qui
aiment leur pays qui ont pour objectif de renverser le régime sanguinaire du Général
Major Kagamé Paul.
© Kagiraneza Deus
05 juillet 2007
Rwanda : aux origines du génocide
Rwanda :
aux origines du génocide.
Un
commandant de la Mission
des Nations Unies (MINUAR) par le Colonel Marchal
Plusieurs
données et témoignages récents permettent de mieux comprendre les circonstances
du déclenchement du génocide de 1994 au Rwanda. Ainsi le témoignage du
Lieutenant Ruz Ibiza sur l’implication directe du général Kagamé dans
l’attentat contre l’avion des présidents du Rwanda et du Burundi constitue-t-
Officier
supérieur belge, j’ai exercé les fonctions de commandant du secteur de Kigali
au sein de la MINUAR
(Mission des Nations Unies pour le Rwanda) de décembre 93 à avril 94. Je
souhaite apporter ma pierre à la compréhension de ce qui s’est passé avec les
éléments suivants, qui ont étayé ma propre évaluation :
- les responsables des Forces Armées Rwandaises (FAR), avec lesquels le Général
Dallaire (commandant de la composante militaire de la MINUAR) et moi-même nous
sommes retrouvés en réunion deux heures après l’attentat, étaient, de toute
évidence, totalement étrangers à cet acte. Les sentiments qui prévalaient à ce
moment là étaient la stupéfaction, l’inquiétude, la crainte que la situation
n’échappe à tout contrôle, et surtout la volonté de mettre sans retard les
institutions de transition en place. En outre, aucun dispositif particulier,
destiné à garantir la réussite d’un éventuel coup d’Etat, n’a eu lieu durant la
nuit du 6 au 7 avril 1994 ;
- par contre l’offensive du FPR a bel et bien débuté durant cette même
nuit ; or pour amorcer un tel mouvement il est indispensable que des
ordres aient été donnés au préalable et qu’une mise en place des unités de
première ligne ait été effectuée 24 à 48 heures avant le déclenchement des
opérations ;
- aucune offensive militaire de l’ampleur et de la durée (plus de trois mois) de
celle du FPR ne peut être menée sans la constitution de stocks importants
d’équipements et de matériels pour en assurer l’élan et la continuité ;
- si le FPR a été capable d’infiltrer dans Kigali au moins trois bataillons entre
le 7 et le 12 avril, sans le moindre combat avec les FAR, il aurait aussi été
capable d’arrêter, si du moins cela avait été sa volonté, les massacres de
civiles innocents ;
- au contraire, toutes les tentatives d’aboutir à un cessez-le-feu, pour
précisément mettre un terme à ces massacres, ont essuyé une fin de non recevoir
des autorités du FPR ;
- la pugnacité avec laquelle ces mêmes autorités ont exigé le départ des troupes
étrangères venues évacuer les expatriés, plutôt que de requérir leur
collaboration pour stopper net les massacres, est éminemment suspecte ;
comme si le FPR craignait se voit contré dans ses plans de conquête par la
communauté internationale ;
-
tout aussi interpellant est la durée de la guerre alors que la haute valeur
militaire du FPR aurait dû permettre une issue beaucoup plus rapide et donc un
niveau de pertes dans la population nettement moindre.
La liste n’est pas exhaustive, mais je pense qu’elle est suffisamment explicite
pour admettre qu’il y a plus qu’une troublante corrélation entre l’attentat,
l’offensive du FPR et les légitimes interrogations que l’on peut avoir sur la
stratégie du général Kagamé.
Quand
va-t-on enfin comprendre que l’on se trompe de combat dans la polémique en
cours contre l’action de la
France au Rwanda ? Afin d’éviter que l’honneur des
soldats français et belges soit mis en cause, les autorités politiques de nos
pays devraient exiger de l’ONU qu’une commission d’enquête internationale soit
chargée d’identifier les commanditaires de l’attentat du 6 avril 1994. Qu’est
ce qui justifie qu’un mois et demi à peine après l’assassinat de l’ex-Premier
ministre libanais Rafic Hariri, l’ONU décide la mise sur pied d’une commission
d’enquête, alors que douze ans après l’assassinant de deux chefs d’Etat et,
dans son sillage, la mort de plusieurs millions d’êtres humains, rien n’a été
fait pour savoir qui est à l’origine de cet holocauste ?
Les
responsables actuels du Rwanda, qui ont systématiquement évincé la
quasi-totalité des hutus présents au sein des organes du FPR lors de leur prise
de pouvoir, ont au contraire tout fait pour que la vérité soit cachée.
« Insupportable vérité » écrivaient récemment à ce sujet, MM
A.Guichaoua et S.Smith…
Quand la
vérité sera connue, et seulement à ce moment là, on pourra en connaissance de
cause porter un jugement de valeur sur les motivations de l’engagement de la France au coté des
Rwandais. A défaut de preuve contraire irréfutable, je conserverai l’intime
conviction que la France
fût un allié loyal du Rwanda, ce qui ne fût pas le cas de tout le monde.
© Colonel
Luc Marchal
04 juillet 2007
Procès de Bernard Ntuyahaga
NKB
en kinyarwanda à 19h et en français à 20h sur Radio Contact,
À propos du procès de Bernard Ntuyahaga.
Un Rwandais jugé coupable du meurtre de dix casques bleus belges
Un Rwandais jugé
coupable du meurtre de dix casques bleus belges
© Reuters
BRUXELLES (Reuters) - Un tribunal belge a jugé un ancien major (commandant) de
l'armée rwandaise coupable du meurtre de dix casques bleus belges aux premiers jours
du génocide de 1994 dans la république d'Afrique centrale.
Le jury a cependant innocenté Bernard
Ntuyahaga du meurtre d'Agathe Uwilingiyimana, le Premier ministre rwandais de
l'époque.
Les soldats belges de l'Onu avaient été
tués le lendemain de la mort du président rwandais Juvénal Habyarimana (6 avril
1994) dans l'attentat qui a détruit son avion - événement qui avait
déclenché le massacre, en un mois, d'environ 800.000 Tutsis et Hutus modérés par
l'armée gouvernementale et des milices hutues.
Selon l'accusation, Ntuyahaga avait fait sortir les casques bleus de la
résidence du Premier ministre, qu'ils s'efforçaient de protéger, et les avait
remis à des militaires dans une caserne de Kigali, la capitale, où ils avaient
été frappés à mort, abattus ou massacrés à coups de machettes.
Les avocats de la défense ont présenté Ntuyahaga comme un bouc émissaire qui
était passé par hasard devant la résidence du Premier ministre et avait pris
les Belges à bord de son véhicule à leur
demande.
"Tôt ou tard, la vérité éclatera
(...) Je garde patience et je garde confiance", a dit l'accusé au tribunal
quelques instants avant que le jury se retire pour délibérer.
Les douze jurés se réuniront jeudi pour prononcer leur sentence. Ntuyahaga peut
faire appel du verdict sur des points de procédure mais non sur le fond.
Christine Dupont, veuve du casque bleu belge Christophe
Dupont, a déclaré à Reuters que les familles des victimes étaient soulagées qu'un
procès éprouvant sur le plan émotionnel touche à sa fin.
"C'est un jour
très important, un jour que nous attendions depuis treize ans", a-t-elle dit avant l'annonce du
verdict.
Le meurtre des casques bleus avait provoqué
le retrait des troupes de l'Onu, ouvrant la voie à l'extension du génocide.
"Si les troupes belges étaient restées, on aurait pu sauver quelques centaines
de milliers de gens", a déclaré le Premier ministre belge Guy Verhofstadt
au tribunal en mai.
Lettre ouverte à Colette Braeckman, membre du club “Les amis de l’Afrique”
Lettre ouverte à
Colette Braeckman,
Membre du club “Les amis de l’Afrique”
Colette,
Le 1er juillet, dans le Soir (le journal belge), j’ai lu
avec intérêt mais sans surprise, car il est de la même veine que ceux que vous
publiez d’habitude, votre article intitulé Rwanda: « Le Pays des Mille
Collines et des Mille Règlements »!
Dans votre article vous touchez à des sujets divers et
variés mais je suis certaine que vous ne le faites pas avec les mêmes yeux et
la même plume que lorsque vous abordez ces sujets dans des pays comme le vôtre.
En effet, je jurerais que chez vous, vous défendez le reboisement, la lutte
contre l'érosion et la déforestation.
Mais pour le Rwanda au contraire, vous suggérez qu’il ne
faudrait pas interdire de continuer à faucher les arbres pour avoir du combustible
pour cuisiner alors que si nous continuons à perdre des arbres à ce rythme,
dans quelques décennies notre pays sera transformé en Sahel. Ce serait un
désastre écologique, mais vous trouvez peut-être qu’il est prétentieux pour un
pays du Sud d’avoir une vision au delà des années 2020 ?
Vous semblez négative au port du casque pour nos motards,
est-ce la même chose quand il s’agit des motards bruxellois ? Ou
alors, seuls les gens du Nord auraient droit à la sécurité routière ?
Ironisez-vous sur le port de la ceinture de sécurité dans les pays du
Nord? Votre article ne peut s’expliquer que si les pertes économiques
provoquées entre autre par les accidents de la route, l’appauvrissement des
paysans à cause de la mort du grand et petit bétail par l'ingestion des déchets
des sacs plastiques est une normalité à ne surtout pas changer au Rwanda ?
Il semble aussi que le fait d'embellir nos villes avec des
fleurs vous paraisse hors propos, vous qui prenez sur votre temps de
« Grande journaliste » pour signaler ce tout petit fait, dans un
pays, une sous région et une région où il y a tant à dire d’un point de vue
journalistique !
Est-ce parce que pour vous, des villes propres, sans
amoncellement de sacs plastiques inaltérables, fleuries et enjolivées par un
urbanisme qui aligne les murs et interdit de construire sans un plan, tout ça
soit trop beau pour nous dans le Sud. Avez-vous jamais écrit contre cela dans
votre pays ?
A Bruxelles, il est même interdit de percer une fenêtre dans
un mur de façade sans autorisation et on installe de coûteux systèmes de
collecte et recyclage des déchets en plastique? Ou alors pour vous, la beauté
des villes n’est pas pour nous les Africains ?
Une question que j'aimerais vous poser: avez-vous jamais
écrit sur les coupures d'eau et d’électricité dans les villes rwandaises sous
le régime génocidaire ? Ou alors vous êtes soudain et brutalement
concernée par l’accès à l'eau et à l’électricité pour les Rwandais? Et
aussi à votre avis, ces coupures sont-elles plus fréquentes maintenant
qu'avant? Vraiment Colette, y a-t-il moins de Rwandais qui ont accès à
l'eau et à l'électricité aujourd’hui plus qu'avant ou c'est le contraire? Quel
message voulez-vous réellement donner ?
Vous signalez dans votre article, la grande conférence sur
le SIDA qui s’est tenue à Kigali, avec 1500 visiteurs étrangers. Y
étiez-vous ? Je ne le pense pas sinon il faudrait vraiment se questionner
sur la profondeur de votre sérieux et de votre professionnalisme. En effet,
vous auriez su qu’il y avait plus de quarante pays présents et malgré vos
sarcasmes vous n’auriez pas omis de signaler les vraies causes de la réussite
de cette rencontre internationale, la première du genre au Rwanda.
Le succès et l’engouement des participants ne sont pas
seulement dus à la sécurité dans laquelle ils ont vécus durant quelques jours,
à la qualité de notre accueil, à ce qui vous appelez notre dégaine de Barack
Obama (un compliment car il est bel homme), mais à tout cela couplé
entre autre à la qualité du travail de préparation et au contenu des
présentations scientifiques.
Vous dites aussi sur ces étrangers venus pour cette
conférence qu’ils n’ont pas vu le vrai Rwanda en profondeur, mais il m’apparaît
surtout que ce soit vous qui désirez glisser en surface. Si vous alliez dans la
profondeur, vous sauriez que nos policiers sont polis et disciplinés en ville
comme à la campagne, que la propreté est urbaine aussi bien que rurale, mais je
comprend que vous suggérez le contraire au cas où un Rwanda propre, poli et
discipliné dérange.
Vous nous comparez à Singapour, pour moi c’est un compliment
mais là encore vous passez le message négativement, peut-être aimeriez-vous
mieux nous voir affamés, pauvres et sales. Il est vrai que cela rassure
certains esprits que vous connaissez bien et que vous qualifiez parfois si
durement.
Je parle de cette catégorie de personnes qui nous aime
à jamais misérables, qui pensent qu’un pays ambitieux est suspect dans le Sud,
alors que chez vous c’est un compliment ?
Peut-être vivez-vous le déchirement des ambiguïtés des
enfants des anciennes puissances coloniales quand tantôt comme vous, sont
contre l’entassement des prisonniers dans les prisons, mais jettent sur papier
des critiques à peine voilées quand on les libère ? Quand ils écrivent
contre la gacaca qui permet au pays de se reconstruire en donnant la
justice aux victimes, ils sont contre mais ne proposent rien comme solution.
Sachez Colette qu’à ce jour, au Rwanda, si vous ou une
autre personnes avez des suggestions pour un meilleur avenir pour le Rwanda,
vous êtes les bienvenus.
Personne n'a de solution idéale pour trouver le temps et les
moyens d’appliquer au Rwanda une justice qui ressemble à celle de votre
vie quotidienne, et, de toute façon, la justice des pays développés a ses
limites aussi quand elle absout un policier qui tue de son arme de service un
jeune dans sa cellule avec une balle dans la tête en voulant juste lui faire
peur.
Quand vous décrivez la peur de certains Rwandais de voir un
dossier gacaca s’ouvrir pour eux sous prétexte qu’ils relèvent la tête, cela me
rappelle la réaction vive des supports des anciens Nazis actuellement en
politique dans votre continent, lorsque les victimes ou leurs descendants
demandent leur démission.
C’est comme quand vous écrivez sur nos enfants de la rue que
l’on essaye d’emmener loin de la rue! Puis-je vous rappeler ce qu’on fait des
mineurs vagabonds dans votre pays ? Ils n’ont pas le droit de vivre ou bon
leur semble et les récidivistes sont mis en maison de correction !
Vous venez souvent chez nous, vous n’avez donc aucune excuse
de n’avoir pas vu plus loin que la surface. Notamment qu’aujourd’hui les
fonctionnaires rwandais ont une assurance de santé : cela n’existait pas
avant ; qu’un million de Rwandais vulnérables en milieu rural ont une
mutuelle de santé couvrant les cinq premières causes de
mortalité : c’est nouveau aussi et ça change la vie des familles; que
le SIDA et la malaria régressent ; que l’accès à l’eau et l’électricité
s’améliore doucement ; que le nombre de scolarisés est multiplié par plus
de dix par rapport à avant 1994.
J’ai déjà perdu assez de temps avec les nombreux « amis
de l’Afrique » qui ne sont des amis que d’une Afrique pauvre, malade et
mendiante et qui perdent leur repères lorsqu’un pays comme le Rwanda prend
résolument le chemin du développement. Et je me demande si vous n’êtes pas
résolument de ceux-là ? Je pourrais continuer à commenter vote article point
par point mais je préfère arrêter ici.
Dr Agnès Binagwaho
Secrétaire Exécutif
Commission Nationale de Lutte contre le SIDA
Rwanda
ARI-RNA/Pol./ ARI/ 19. 07. 06/ 16 : 35 GMT
Rwanda News Agency/Agence Rwandaise d'Information (RNA-ARI)
P.O.Box 453 Kigali-Rwanda
Tel: (250) 587215/ 6
Fax: (250) 587216
Email: rna@rwanda1.com
Website: www.ari-rna.co.rw
03 juillet 2007
Rwanda : le pays des mille collines et des mille règlements

Dès l’arrivée à l’aéroport de Kigali, le ton est donné : les sachets plastique
ramenés d’Europe sont confisqués, remplacés par des sacs de jute ou de papier,
dont l’achat est obligatoire. Cette interdiction se retrouve dans les magasins
d’alimentation, les boutiques qui se sont multipliées autour du grand chantier
où se construit le futur marché central. Partout, des poubelles ont été
disposées, des parterres de fleurs sont soigneusement entretenus. Kigali, en
quelques années, n’est pas seulement devenue l’une des villes les plus sûres
d’Afrique, où l’on peut se promener à toute heure du jour et de la nuit, elle
est aussi l’une des plus propres.
Bien sûr, il y a des grincements de dents, car le pays des mille collines est
aussi devenu celui des mille règlements : les taxis- motos et leur passager,
dûment répertoriés, portent des casques obligatoires, les stationnements sont
payants, tous ceux qui possèdent des maisons le long des artères principales
sont priés de remplacer les clôtures de végétaux par des murs de briques et de
répondre à des normes urbanistiques de plus en plus strictes. Malheur aux
pauvres, qui se pressaient autrefois au cœur de la ville : le marché central a
été rasé, à la veille de chaque conférence internationale, les enfants des rues
sont raflés et emmenés dans des centres fermés du côté de Gikondo ; les
habitants des petites maisons basses qui se pressaient à flanc de colline sous
des toits de tôle et se contentaient de murs de terre sont priés de revendre
leur terrain, afin de permettre la construction d’immeubles à étages …
Si les
plus modestes reculent à regrets vers les collines les plus lointaines, où ils
sont victimes des coupures d’eau et d’électricité de plus en plus fréquentes,
en revanche cette « gentryfication » de Kigali ravit les visiteurs étrangers.
Sans se demander s’ils ne se trouveraient pas en face d’un « village Potemkine
» où ce qui compte avant tout c’est l’apparence, ils s’émerveillent devant les
artères asphaltées et impeccables, les rues parallèles pavées de pierres
taillées à la main par ceux qui sont astreints aux « travaux d’intérêt
collectifs » prescrits par la gacaça, cette justice communautaire devant
laquelle comparaissent quelque 800.000 prévenus…Voici deux semaines, un grand
congrès consacré au SIDA a attiré à Kigali plus de 1500 visiteurs étrangers,
surtout américains. Tous, au moment du départ, se sont jurés de revenir dans un
pays où ils avaient été accueillis avec tant d’efficacité souriante par des
Africains qui avaient la dégaine de Barack Obama…Bien rares sont ceux qui sont
allés voir au-delà du décor, dans les campagnes par exemple, où les gens sont
tellement pauvres que la circulation monétaire a reculé et où la cuisson des
aliments pose problème car il est désormais interdit de couper les arbres pour
faire du charbon de bois…
Cependant, les voitures assurées, contrôlées, les policiers polis et
disciplinés, une impression générale d’ordre et de discipline amènent à se
demander si le Rwanda, dans sa capitale en tous cas, n’est pas en train de
devenir un autre Singapour, un jeune « tigre »aux dents longues. Autre
ressemblance : la goût pour la technologie, les sciences de la communication.
Partout, des cafés Internet, mais surtout des cours du soir où jeunes et moins
jeunes s’initient à l’informatique. Des militaires hutus rentrés du Congo, qui
s’attendaient à d’interminables recyclages politiques, sont confrontés à des
défis bien plus concrets : apprendre, au plus vite, à se servir d’un
ordinateur.
Cependant, ces progrès, spectaculaires, ont leur revers : les citadins se
plaignent du coût de la vie, des taxes qui s’additionnent. Partout, de grandes
affiches estampillées « Rwanda revenue authority » rappellent que « payer ses
impôts c’est contribuer à construire le pays » et chacun sait que, la
corruption étant farouchement combattue, les recettes de l’Etat sont réellement
utilisées à bon escient. Mais il n’empêche que le poids des taxes est lourd et
que les pauvres se font de plus en plus discrets. Quant aux survivants du
génocide, ils se cachent pour exprimer leur amertume : désormais, ils ne sont
plus considérés comme une catégorie à part, celle des « rescapés » mais comme des
nécessiteux auxquelles s’appliquent les mesures de la lutte contre la pauvreté,
et leur inlassable combat pour être indemnisés de la perte de leurs proches,
époux, enfants, famille entière bien souvent, n’a toujours pas abouti… Les
services sociaux étant ainsi limités, il n’est pas rare de voir des femmes
engagées dans des travaux de construction, dans des tâches agricoles naguère
réservées aux hommes. Parfois, la fatigue s’exprime : « trop de travail, de
réunions, de mots d’ordre… »
Officiellement, il n’y a plus de Hutus, plus de Tutsis. Rien d’autre que des
citoyens rwandais, tous engagés dans la bataille pour le développement. La
réalité est cependant plus subtile : des Tutsis rentrés d’exil se sont
constitué de grosses fortunes, reposant entre autres sur l’élevage ou sur
l’immobilier, et ils tiennent le haut du pavé, tandis que des projets de
développement dans les campagnes ont été abandonnés au profit de travaux dits à
« haute intensité de main d’œuvre » mais où les salaires sont dérisoires, de
l’ordre de un dollar par jour… Les séquelles du génocide sont toujours là :
40.000 prisonniers ont été libérés, ce qui inquiète les rescapés, mais en même
temps la gaçaça, cette justice communautaire dans laquelle les accusés n’ont
pas d’avocats et doivent se reposer sur les témoignages de leurs anciens
voisins, nourrit beaucoup d’angoisses chez les Hutus. A tort ou à raison,
nombre d’entre eux estiment être à la merci d’un faux témoignage et assurent
que, lorsqu’un Hutu « relève la tête », que ses fonctions ou sa réussite
économique suscitent des jalousies, un dossier peut subitement être ouvert, qui
lui fera perdre son emploi ou l’amènera en prison…
En chuchotant, des Hutus murmurent : « ils nous est interdit de pleurer nos
morts, même si nous en avons eu, durant la guerre ou pendant l’exil et, quelle
que soit notre situation sociale, à tout moment, la gaçaça peut nous rattraper
et nous faire chuter… »
Tel est le paradoxe du Rwanda : à première vue, l’armée, la police assurent une
sécurité inconnue ailleurs en Afrique, qui amène les Etats-Unis à préparer de
grands projets d’ordre militaire. Mais au sein d’une grande partie de la
population, la peur persiste, alimentée par un sentiment de surveillance
constante, par la crainte d’une jalousie, d’une vengeance, d’une dénonciation …
02 juillet 2007
Le mystère Corneille
Compliqué ... le cas Corneille Nyungura
L’actualité de Corneille
En avril 1994, la famille de Corneille Nyungura vivait à Kicukiro, dans la
périphérie sud est de la capitale du Rwanda. Kicukiro... le quartier de l’Ecole
technique officielle (ETO) dont traite le film Shooting Dogs. C’est l’histoire
de Tutsis et Hutus de l’opposition qui se sentant menacés se sont réfugiés dans
une zone sous protection des forces de l’ONU. Jusqu’à ce que ces troupes se
retirent et les abandonnent aux miliciens Interahamwe qui les massacreront
après une marche forcée de la mort vers Nyanza, au sommet de la colline, sur la
route en (...)
Les accusations du héros d'Hotel Rwanda" contre le FPR sont des "ouï-dire" ?
Toute personne, toute organisation qui réfute le bien–fondé des accusations et/ou déclare que les accusations de Paul Rusesabagina reposent sur des ouï-dire devrait demander qu'une enquête indépendante soit mise sur pied pour en clarifier les faits. Nous trouvons choquant le silence de l'ONU, le silence du Conseil de Sécurité de l'ONU et des ONG qui ont travaillé et au Rwanda, dans les camps de déplacés, dans les prisons puis dans les camps des réfugiés en Afrique Centrale, RDC, Burundi, République du Congo et en Afrique de l'Est en Tanzanie, en Uganda, au Kenya, etc. et dans les pays de l' Afrique Australe.
Durant leur séjour dans ces endroits ci haut
cités, ils ont pu se rendre compte de la situation réelle des violations des droits
de l'homme, et des crimes dont sont responsables les dirigeants du FPR.
Jusqu'aujourd'
En fin de compte, s'il fallait répertorier tous les
crimes commis par les Nazis pendant la seconde guerre mondiale, l'on se rend
compte que, non seulement le FPR a fait la même chose s'il
fallait examiner le caractère systématique de ces crimes,
le FPR a utilisé les mêmes méthodes mais aussi est allé trop loin pour en faire
sa marque déposée. Ce ne sont pas les preuves qui manquent. C'est pour cette
raison que nous lançons un défit à toutes ces ONGs pour que le mal soit
combattu si elles veulent /souhaitent que leur crédibilité ne soit plus mise en
cause (problème soulevé à La Haye
lors de conférence organisée par Dallaire, lui aussi mis en cause dans le
dossier rwandais). Ce ne sont pas les témoins oculaires qui manquent, ils
sont recueillis beaucoup de témoignages à ce sujet.
Les Nations unies et la communauté internationale doivent
mettre un terme à leur complicité silencieuse et résoudre le problème rwandais
reposant tout pour tout sur l'impunité dont jouit actuellement le FPR, son
armée et sa milice. 3.500.000 morts, c'est trop. Nous ne parlons pas de
3.500.000 dollars, nous parlons de 3 millions et demi d'êtres humains dont leur
vie a été mis fin selon la volonté de Paul Kagame (mouillé jusqu’au cou dans l’utilisation
de la torture) de son FPR qui ont utilisé toute une série de moyens
de torture dont l'akandoya, de moyens de mise à mort y compris le gendercide,
le SIDA , enterrement des personnes vivantes, le fait de forcer les victimes à
s'entretuer, le fait de faire manger les foetus à leurs parents après que
la mère ai été éventrée. Rusesabagina n'a pas dit Ca. Mais qui prend ce
procureur au sérieux? Toutes ces crimes ont été commis dans les
préfectures de Byumba (Kinihira), et de Ruhengeri.
S'il faut combattre tous les obscurantismes, tous les
crimes, il ne faudrait pas faire exception pour les criminels du FPR. Si Rusesabagina était membre du FPR, on verrait
immédiatement en lui le procureur qui sommeille ou qui l'invite chaque
fois que de besoin pour enfoncer encore plus les accusés tout simplement parce
qu'ils sont nés Hutus. Combien de fois a-t-il été invité pour éclairer
le TPIR? Et pourtant, cette tragédie, il l'a vécue. Son problème est un
problème que rencontrent la majorité des Rwandais : être Rwandais et avoir
refusé d’être membre du FPR être Rwandais et ne pas être sympathisant du
FPR. Voilà le pourquoi de l'acharnement de ce procureur, homme de paille
de Paul Kagame décidé à servir de mégaphone pour les criminels du FPR et qui
s’acharne contre Rusesabagina, cet homme intègre reconnu comme tel par les
Rwandais. Ce procureur est payé pour Ca et doit mentir pour Ca. Nous
voulons que la situation au TPIR change et que les criminels du FPR soient
poursuivis pour les actes commis contre les Nôtres. Les survivants des
crimes du FPR ne rient plus. Ils se contentent de sourire.
© Jean-Christophe Nizeyimana,
01 juillet 2007
Génocide rwandais : ce que savait l'Elysée

Il est
question de massacres, de réfugiés et de soldats français en ce 29 juin 1994,
dans la salle où se tient un conseil des ministres restreint autour de François
Mitterrand. Il est question du Rwanda, où la France vient de lancer l'opération humanitaire "Turquoise".
La machine génocidaire, lancée le 6avril et qui fera entre 700 000 et 900 000
morts, tourne encore.
"Historiquement,
la situation a toujours été périlleuse, dit François Mitterrand lors de ce conseil. Avant
l'assassinat du président Habyarimana [dans l'attentat du 6 avril], on
ne m'avait pas signalé de drames à l'intérieur du pays."
C'est
faux. A partir de la fin de l'année 1990, plus de trois ans avant le
déclenchement du génocide, l'Elysée avait reçu des signaux d'alerte
diplomatiques et militaires.
Des
signaux aussitôt négligés, au nom d'une vision conservatrice façonnée par
l'histoire coloniale de la politique africaine de la France. La preuve en
est fournie par plusieurs volumes d'archives de l'Elysée transmis au tribunal
aux armées, dont Le Monde a eu connaissance.
Ces
archives dessinent bien une France "mithridatisée" à son
sommet, c'est-à-dire accoutumée volontairement au poison, selon le mot de la
mission parlementaire à deux questions-clés : Que savait la France des préparatifs de
l'entreprise génocidaire ? Quelle était la nature de la coopération militaire
décidée par l'Elysée ?
13 octobre
1990
"Des
groupes d'autodéfense armés d'arcs et de machettes"
La version
officielle de l'Etat français a toujours été la suivante : la présence
militaire au Rwanda, à partir du dernier trimestre 1990, avait pour but non pas
de soutenir unilatéralement le régime d'Habyarimana, mais de le pousser à un
partage du pouvoir, tout en empêchant l'avancée militaire du Front patriotique
rwandais (FPR) de Paul Kagamé, soutenu par l'Ouganda.
Le 3
octobre 1990, le régime rwandais sollicite l'appui de la France contre l'offensive
conduite par le FPR. François Mitterrand décide de l'envoi d'une compagnie du
2e régiment étranger de parachutistes afin de protéger, voire d'évacuer, les
Français sur place. Le détachement Noroit restera trois ans. Ses effectifs
monteront jusqu'à 680hommes, soit quatre compagnies.
Déjà, les
prémices du génocide étaient visibles. En ce début octobre 1990, plusieurs
milliers de personnes sont arrêtées arbitrairement dans la capitale; elles ont
le tort d'être tutsies ou d'avoir des intérêts communs avec des Tutsis. La France fournit néanmoins
des munitions en masse à l'armée régulière, les Forces armées rwandaises (FAR).
Le 12
octobre, le colonel Galinié, attaché de défense à Kigali, s'alarme dans un
télégramme diplomatique de la multiplication de ces arrestations. "Il
est à craindre que ce conflit finisse par dégénérer en guerre ethnique",
ajoute-t-il.
Le
lendemain, son supérieur, l'ambassadeur Georges Martres, précise : "Les
paysans hutus organisés par le MRND [parti du président] ont intensifié
la recherche des Tutsis suspects dans les collines. Des massacres sont signalés
dans la région de Kibilira." Les paysans, fidèles au régime, "participent
de plus en plus à l'action militaire à travers des groupes d'autodéfense armés
d'arcs et de machettes".
Février
1991
La France décide de "durcir le dispositif rwandais"
Et à
l'Elysée ? On pense stratégie, front contre front. Il faut aider Habyarimana
coûte que coûte et endiguer l'influence anglo-saxonne dans la région portée par
l'Ouganda qui soutient la rébellion tutsie.
Une
assistance militaire technique a été décidée. Ses effectifs seront portés à 80
conseillers, qui jouent un rôle actif dans la formation des forces armées
rwandaises. Le lieutenant-colonel Gilbert Canovas exerce même la fonction de
conseiller du chef d'état-major.
Le 30
janvier 1991, François Mitterrand suggère par écrit à son homologue rwandais
plusieurs conditions à un règlement politique de la crise. Cette approche non
contraignante est accompagnée d'un soutien militaire massif.
Le 3
février, l'amiral Jacques Lanxade, chef d'état-major des armées, soumet à
François Mitterrand les différentes options envisagées, notamment l'envoi d'un
détachement d'assistance militaire et d'instruction (DAMI) qui devrait "renforcer
la coopération" et "durcir le dispositif rwandais".
Ces
mesures, note le haut gradé, comportent le risque d'être interprétées par les
autorités rwandaises comme un "soutien inconditionnel à leur
politique". Le 21 mars, le DAMI est envoyé.
Mais la
situation se dégrade. Le soutien français au régime n'apporte pas de résultats.
"La guerre déstabilise et radicalise de plus en plus" le
Rwanda, affirme même Paul Dijoud, le directeur des affaires africaines du Quai,
dans une note du 11 mars 1992 qui appelle à un renforcement de l'appui de la France à Kigali. Les
livraisons d'armes s'accélèrent.
19
janvier 1993
Le
pouvoir de Kigali voudrait "procéder à un génocide systématique",
écrit l'ambassadeur
Face à
l'avancée de la rébellion, Juvénal Habyarimana est contraint d'envisager des
négociations. La position de la
France n'est guère aisée. Le 19 janvier 1993, l ambassadeur Martres
envoie un télégramme après sa rencontre avec Jean Carbonare, président du
mouvement Survie et membre de la
Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH).
Celle-ci
est sur le point de publier un rapport accablant. Elle dispose, explique M.
Martres, du témoignage d'un ancien membre des escadrons de la mort chargés des
exactions, du nom de Janvier Afrika.
Selon ce
dernier, le président rwandais aurait lui-même donné le signal de départ de
massacres après une réunion avec ses collaborateurs. Il aurait intimé "l'ordre
de procéder à un génocide systématique en utilisant, si nécessaire, le concours
de l'armée et en impliquant la population locale dans les assassinats",
écrit l'ambassadeur.
Février
1993
"Exactions
malheureuses commises par les extrémistes hutus", pour l'Elysée; "programme
de purification ethnique ", selon la DGSE Comme tout
l'entourage du président Mitterrand, obsédé par la préservation de l'influence
française dans la région, le diplomate Bruno Delaye décèle une autre urgence
que ces alertes.
Dans une
note du 15 février 1993, le conseiller Afrique de l'Elysée s'alarme du fait que
le FPR est "en mesure de prendre Kigali", bénéficiant entre
autres de la "complicité bienveillante du monde anglo-saxon"
et d'un "excellent système de propagande qui s'appuie sur les exactions
malheureuses commises par les extrémistes hutus".
La notion
d'"exaction malheureuse" n'est pas développée. "Nous
sommes aux limites de la stratégie indirecte d'appui aux forces armées
rwandaises", note-t-il. Il faudra évacuer Kigali "à moins de
devenir cobelligérants".
Les
analyses provenant du terrain sont de plus en plus inquiétantes. Le 18 février, la DGSE signe
une note sur les "véritables massacres ethniques" et les
300morts dénombrés au cours des semaines précédentes. Une des explications
avancées par le service extérieur français est glaciale : "Il s'agirait
d'un élément d'un vaste programme de purification ethnique dirigé contre les
Tutsis", fomenté au sommet de l'Etat.
Le
lendemain, le général Christian Quesnot, chef d'état-major particulier de
François Mitterrand, ainsi que le numéro 2 de la cellule Afrique de l'Elysée,
Dominique Pin, présentent différentes options au président.
La
première consiste à évacuer les Français et à retirer le dispositif Noroit. Les
auteurs la rejettent aussitôt : "C'est l'échec de notre présence et de
notre politique au Rwanda. Notre crédibilité sur le continent en
souffrirait."
Dans une
autre note, M. Pin assure que les massacres ethniques s'amplifieront si la
rébellion prend Kigali; il faut donc accroître l'effort comme jamais.
La France lance l'opération "Chimère". "Du 20février au 20mars 1993, la présence militaire française au Rwanda a franchi un cap qu'elle n'aurait pas dû dépasser", résumera la mission parlementaire en 1998, qui soulignera les "nouvelles missions" des soldats français : "Les patrouilles, les contrôles de zone autour de la capitale et les vérifications d'identité aux points d'accès" de la capitale.
3 mars
1993
"Exiger
une réorientation forte et immédiate des médias"
Cet
engagement radical de la cellule de l'Elysée ne fait pas l'unanimité. Le
malaise gagne les rangs du gouvernement. Dans une note au président du 26
février, Pierre Joxe, ministre de la défense, se dit "préoccupé"
par la position française et estime que l'envoi de deux compagnies
supplémentaires ne serait pas "la meilleure façon" d'amener le
président rwandais à "faire les concessions nécessaires".
Mais
autour de François Mitterrand, dans ce palais hermétique, on veut défendre une
autre perspective et justifier, à tout prix, la politique française. Le 3 mars,
pour renverser les charges, le général Quesnot propose au président
d'incriminer la rébellion en exigeant "une réorientation forte et
immédiate de l'information des médias [français] sur notre politique au
Rwanda en rappelant notamment (…) les graves atteintes aux droits de l'homme du
FPR : massacres systématiques de civils, purification ethnique, déplacement de
population…".
Le 7 mars
1993, un accord est enfin trouvé entre les deux parties en conflit. Il prévoit
un cessez-le-feu et le départ des deux compagnies françaises; il ouvre la voie
aux négociations politiques, qui aboutiront aux accords d'Arusha, le 4 août.
La France, elle, est entrée en cohabitation. Le 2avril, un conseil des ministres restreint a pour thème le Rwanda. La droite découvre un dossier sans issue. Le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, est tranchant. "Il y a des risques de massacres si nous partons et un risque de défiance africaine vis-à-vis de la France. Mais par contre, si nous renforçons nous nous enfonçons dans ce dossier. Nous ne pouvons pas partir."
Le premier
ministre, Edouard Balladur, envisage d'envoyer 1000 hommes de plus. François
Mitterrand est d'accord et théorise : "La règle est qu'il n'y a
d'intervention française que s'il y a agression extérieure et non pas s'il y a
un conflit tribal. Ici, c'est mélangé, car il y a le problème tutsi."
Après un
an de négociations infructueuses, les accords d'Arusha sont enfin signés. Ils
prévoient le partage du pouvoir et des élections dans les vingt-deux mois à
venir. Une force internationale neutre, sous égide des Nations unies, doit être
mise en place. Le 15 décembre 1993, la présence française retrouve son niveau
du 1eroctobre 1990, soit 24 assistants militaires. Pourtant, rien n'est réglé.
12
janvier 1994
"Eliminer
1000 d'entre eux dès la première heure"
Dans un télégramme
diplomatique du 12 janvier, l'ambassadeur à Kigali rapporte les confidences
d'un informateur du représentant des Nations unies. Celui-ci a livré les
détails "graves et plausibles" d'un plan de déstabilisation
radicale du pays. Il commencerait par des provocations contre les troupes du
FPR à Kigali, pour susciter une riposte.
"Les
victimes rwandaises que ne manqueraient pas de provoquer ces réactions seraient
alors le prétexte à l'élimination physique des Tutsis de la capitale, explique le diplomate. Selon
l'informateur de la Minuar,
1700 Interhamwe [membres des milices populaires] auraient reçu une
formation militaire et des armes pour cela, avec la complicité du chef
d'état-major FAR. La localisation précise des éléments tutsis de la population de
Kigali devrait en outre permettre d'éliminer 1000 d'entre eux dans la première
heure après le déclenchement des troubles."
Trois mois
plus tard, le 6 avril, un missile abat l'avion transportant le président
Juvénal Habyarimana. En quelques heures, la machine génocidaire se met en
marche comme prévu.
"Matignon
et le Quai d'Orsay souhaitent, dans cette nouvelle crise rwandaise, qui risque
d'être très meurtrière, que la
France ne soit pas en première ligne", écrit Bruno Delaye à François
Mitterrand, le lendemain de l'attentat. La priorité est l'évacuation des
Français. Elle s'effectue en quelques jours. La communauté internationale est
paralysée et aphone.
L'ambassadeur
de France au Rwanda, Jean-Michel Marlaud, lui, à l'instar de la cellule de
l'Elysée, refuse d'accabler seulement les Hutus : "Tant qu'ils auront
le sentiment que le FPR essaie de prendre le pouvoir, [ils] réagiront
par des massacres ethniques", écrit-il le 25avril.
Le
génocide est donc présenté comme une réaction spontanée, et non un plan. Trois
jours plus tard, Bruno Delaye reconnaît que les massacres se déroulent "avec
une ampleur horrifiante : de l'ordre de 100 000 morts, selon les responsables
du CICR (…). Les milices hutues, armées de grenades et de machettes, massacrent
les Tutsis qui n'ont pas pu trouver refuge dans la zone FPR ou bénéficier de la
protection de la Minuar".
6 mai
1994
Vers "un
Tutsiland avec l'aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux
intellectuels"
La ligne
française demeure marquée par ses pesanteurs historiques, quitte à nier la
réalité. Le 6mai, le général Quesnot résume le danger d'une victoire militaire
éventuelle du FPR, sa hantise. "Le président [ougandais]
Museveni et ses alliés auront ainsi constitué un Tutsiland avec l'aide
anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels,
remarquables relais d'un lobby tutsi auquel est également sensible une partie
de notre appareil d'Etat."
Quatre
jours plus tard, à la télévision, François Mitterrand résume la prudence
française en une phrase : "Nous ne sommes pas destinés à faire la
guerre partout, même lorsque c'est l'horreur qui nous prend au visage."
Pourtant,
la prise de conscience internationale commence à s'opérer. Le 17mai, à la
demande de la France,
une résolution de l'ONU est adoptée, imposant la création de zones humanitaires
sûres et un embargo sur les armes. Le lendemain, en conseil des ministres,
Alain Juppé brave l'interdit : "Au Rwanda, le mot de génocide n'est pas
trop fort."
Mais à
l'Elysée, l'entourage de François Mitterrand s'accroche à ses présupposés. Le
24mai, le général Quesnot s'alarme une nouvelle fois des ambitions du FPR. "L'arrivée
au pouvoir dans la région d'une minorité dont les buts et l'organisation ne
sont pas sans analogie avec le système des Khmers rouges est un gage
d'instabilité régionale."
Dans les
conversations informelles à l'Elysée, le général parle des "Khmers
noirs" de Kagamé.
21 juin
1994
"Le
passé est le passé"
La
pression diplomatique monte, face à l'ampleur des massacres. Les ONG mettent en
cause la France. Le
19 juin, l'Elysée publie même un communiqué exceptionnel, pour dénoncer les "procès
sommaires" qui lui sont faits. Les médias n'auraient rien compris : la France serait au contraire
à louer pour son engagement. L'opération
humanitaire "Turquoise" est lancée; elle va durer jusqu'au
22août. "Toute cette mission doit être présentée comme une étape
nouvelle de notre politique : le passé est le passé ", écrit Bruno
Delaye le 21juin.
Mais il
est difficile d'imposer l'idée d'une virginité en matière de politique
africaine, après plus de trois ans d'étroite coopération avec Kigali. Au cours
d'une réunion avec des représentants du FPR, le 22 juin, Philippe Baudillon,
conseiller à Matignon, assure que le gouvernement de droite a développé une
nouvelle approche vis-à-vis du continent.
Il
souligne la volonté d'Edouard Balladur d'établir des "relations
claires" avec les pays africains, rapporte Bruno Delaye dans une note
au président. "Votre interprétation des intentions françaises au Rwanda
n'est pas la bonne, aurait dit le conseiller du premier ministre à ses
interlocuteurs du FPR. Elle est en contradiction avec ce qui s'est fait depuis
un an." François Mitterrand enrage à cette lecture et ajoute à la main
: "Inadmissible. Protester à Matignon."
Le 14 juillet,
le président parle à la télévision à l'occasion de sa dernière fête nationale
en pleine lumière. François Mitterrand livre, une nouvelle fois, sa version de
l'histoire. "Les Français sont partis plusieurs mois avant le
déclenchement de ce génocide qui a suivi l'assassinat des présidents du Rwanda
et du Burundi. A ce moment-là, on nous a suppliés de revenir en nous disant :
Sauvez les casques bleus, ramenez les Français, les Belges, les étrangers qui
se trouvent au Rwanda , ce que nous avons fait. (…) Nous avons sauvé des
dizaines, des milliers de gens, de pauvres gens qui avaient déjà supporté
beaucoup de souffrances."
© Piotr
Smolar






