14 février 2009
Londres-Moscou : regards croisés sur la RDC
Le Potentiel | 12/02/2009 | Source
Quelque chose se prépare en République
démocratique du Congo. Pour s’en convaincre, il faut
observer la succession des faits depuis le début de cette
année. Mardi, les ambassadeurs de Grande-Bretagne et de Russie
en RDC ont tenu respectivement en leur résidence deux points
de presse. Les questions d’actualité en République
démocratique du Congo ainsi que les relations bilatérales
ont été au centre des entretiens. La pertinence des
questions et surtout cette coïncidence n’ont pas échappé
à l’attention des observateurs. Puisqu’au même
moment, le ministre des Affaires étrangères réunissait
en son cabinet les ambassadeurs des pays membres permanents du
Conseil de sécurité des Nations Unies pour s’appesantir
sur la normalisation des relations entre la RDC et ses voisins ainsi
que l’évolution des opérations militaires conjointes
entre la RDC, l’Ouganda et le Soudan, d’une part, et de l’autre,
entre la RDC et le Rwanda. Des signaux diplomatiques manifestes qui
constituent en eux-mêmes des messages. Comme pour dire que
l’heure a sonné pour le réajustement
diplomatique.
Mardi 10 février, journée spéciale
à Kinshasa. Elle n’est pas passée inaperçue
aux yeux des observateurs avertis de la politique congolaise et de
l’Afrique. Une journée que l’on qualifierait de «
diplomatique » pour autant qu’elle a émaillé
des faits importants. Particulièrement par deux points de
presse donnés respectivement par l’ambassadeur de
Grande-Bretagne à Kinshasa, Monsieur Nick Kay, et son
homologue russe, Anatoly Klimenko.
Que ces deux points de
presse se tiennent le même jour, voilà qui est
intéressant. Que les deux diplomates s’attardent sur des
questions pertinentes et d’actualité en République
démocratique du Congo, c’est comme si tout simplement ils
tenaient à livrer un message. Un message sans équivoque
pour dissiper tout malentendu ou anticiper sur certains événements.
Pour le diplomate britannique, les FDLR doivent rentrer chez
eux. En plus, la Grande-Bretagne ne soutient nullement « un
plan anglo-saxon » visant la balkanisation de la République
démocratique du Congo. Que cela vienne du représentant
de la Grande-Bretagne est révélateur. Car de tous
temps, ce pays s’est montré le plus souvent dubitatif devant
les résolutions prises au Conseil de sécurité,
donnant l’impression de soutenir le Rwanda. Mais depuis la
publication du rapport des experts de l’Onu sur le soutien de
Kigali au CNDP, Londres figure parmi les pays qui ont menacé
ou suspendu leur aide au Rwanda. Et à en croire des
recoupements, Londres aurait pesé de tout son poids pour
obtenir ce « revirement » de situation observé
dans la région des Grands Lacs. Tant mieux.
Quant au
diplomate russe, sa déclaration constitue une première
dans les relations avec la RDC et surtout en ce qui concerne la
situation qui prévaut en RDC. Pour une fois, ce pays reconnaît
implicitement que la guerre en RDC a des enjeux économiques.
D’où « l’opposition de son pays à
l’exploitation illégale des ressources naturelles du Congo à
partir de l’Est ».
Jamais la Russie n’a été
si loin et si précise dans ses propos pour condamner
l’exploitation illégale des richesses congolaises, quand on
sait que l’un de ses compatriotes, Viktor Boute, même à
titre individuel, s’est distingué dans le trafic d’armes
dans la région des Grands Lacs, alimentant ainsi les groupes
négatifs en armes et occasionnant de smillions de morts. Soit.
Mais la Russie figure désormais parmi ceux qui veulent «
participer à l’extraction du niobium dans le Nord-Kivu ».
Encore des propos révélateurs.
Le vent de
changement
Ces propos révélateurs suscitent de
nombreuses interrogations. Pourquoi maintenant et pas avant, au
moment où la RDC avait besoin d’un soutien clair et sans
équivoque ? Ces points de presse constituent-ils des démentis
au regard de certains « Plans » visant la balkanisation
de la RDC ? S’agit-il là d’une nouvelle vision de la
politique européenne avec l’arrivée au pouvoir de
Barack Obama ? Seraient-ce là des messages en direction de «
ceux qui veulent prendre le pouvoir par la corruption et la
répression de la dissidence et qui sont de mauvais côté
de l’Histoire », comme l’a si bien souligné Barack
Obama dans son discours d’investiture ?
Il n-y a pas de
doute. Ces points de presse ne tombent pas du ciel. Ils s’inscrivent
dans un contexte précis de profondes mutations qui s’annoncent
à l’horizon et exigent des Etats un réajustement de
leur politique tant national qu’international pour ne pas être
du « mauvais côté de l’histoire ».
Et
ce ne sont pas les nations européennes qui vont se faire prier
par deux fois pour saisir ce vent de changement qui souffle depuis la
grande Amérique. Washington a promis de dialoguer et
d’améliorer ses relations avec l’Iran, la Russie ; qu’elle
n’a pas peur de la guerre mais refuse des « guerres idiotes »
et que tous les gouvernements étrangers qui déstabilisent
la RDC seront tenus pour responsables.
Mieux choisir ses
partenaires
Ces points de presse révélateurs
doivent interpeller les autorités de la République
démocratique du Congo. Qu’il est temps de réajuster
notre diplomatie et de l’adapter aux circonstances actuelles de
l’environnement international
Certes, l’on ne choisit
point ses voisins ni ses ennemis. Mais l’on choisit bien ses amis.
Ces guerres d’agression et du Nord-Kivu ont prouvé, si
besoin en est encore, que la RDC est au centre des enjeux économiques
tant régionaux qu’internationaux. Qu’il existe
effectivement un vaste complot international visant sa balkanisation.
Il ne faut plus en pleurer.
Le mieux à faire consiste
maintenant à savoir choisir ses « amis » dans
cette volonté politique d’établir des relations d’un
partenariat adulte et responsable. Aussi, dans un premier temps, il
importe de bien gérer cette crise qui ne dit pas encore son
nom au sujet des « opérations militaires conjointes »
qui secouent déjà toute la classe politique. L’objectif
est de crédibiliser les institutions nationales pour en faire
des « institutions fortes » à même de bien
refléter la bonne image de la République démocratique
du Congo. Cette préoccupation, les ambassadeurs des pays
membres permanents du Conseil de sécurité des Nations
unies l’ont exprimée au cours de l’audience que le
ministre des Affaires étrangères, Thambwe Mwamba, leur
a accordée.
Certes, le Congo ne pourra faire face aux
défis, aux différents plans de déstabilisation
et de balkanisation qu’au travers des institutions fortes et
crédibles.
Au demeurant, ces deux points de presse
sont interprétés par d’autres comme un signal fort :
celui du déliement des langues.
Pour mieux apprécier
ces instants déterminants, il faut savoir lire les signes des
temps.
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